A DEBATTRE 30/01/2010 à 18h02

A-t-on vraiment besoin d'un certificat d'orthographe ?

Marie Kostrz | Journaliste Rue89


Un panneau de parking (Môsieur J./Flickr)

Le certificat d'orthographe va-t-il devenir une nécessité ? C'est ce que parie l'entreprise à l'origine de Voltaire, un examen en 300 questions. Le but : évaluer le niveau de français des candidats et faire un test aussi classique que le TOEFL et le TOEIC.

Les douze candidats présents vendredi lors du lancement de la certification Voltaire n'ont pas rempli la grande salle qui leur était réservée à la Maison des examens d'Arcueil, près de Paris. Pascal Haustaschy, co-créateur du test, en attendait le double.

« C'est la faute du RER B, il a été bloqué », explique le directeur de Woonoz, entreprise de logiciels, devant une rangée de journalistes venus aussi nombreux que les postulants.

Malgré le peu de candidats, il défend la création d'un certificat d'orthographe :

« Nous travaillons beaucoup avec les entreprises. Depuis trois ans, de nombreux dirigeants se plaignent du faible niveau de leurs employés en orthographe. Nous avons donc mis en place un programme de remise à niveau sur Internet. La certification Voltaire est la dernière étape, il s'agit d'un référentiel qui pourra être présenté lors d'un recrutement. »

Valoriser son CV

Parmi ceux qui sont là, Baptiste, étudiant en troisième année d'école d'ingénieur, venu tester son niveau de français :

« L'orthographe est importante dans n'importe quel secteur et un diplôme peut mettre en valeur cette faculté. J'ai reçu un mail de la “junior entreprise” de mon école il y a quelques jours, il était bourré de fautes. J'espère que son rédacteur n'en a pas fait autant lorsqu'il a contacté l'entreprise avec laquelle l'association est en contact pour un projet. »

L'objectif de Pascal Haustachy est que la certification soit reconnue, au même titre que le TOEFL (test d'anglais).

« Nous sommes en pourparlers avec quelques grandes entreprises, mais nous avons déjà conclu un partenariat avec une vingtaine d'universités, dont la faculté catholique de Lyon et l'IUT de Nancy, ainsi que certains lycées. Nous voudrions également développer nos relations avec les collèges. »

Concurrence ou complément à l'Education nationale ?

L'annonce de la création du test Voltaire n'a pas enthousiasmé le ministère de l'Education nationale. Une personne de référence dénonce l'inutilité d'une telle certification :

« Le ministère met déjà en place un système pour pallier au manque de connaissances de base des élèves en orthographe. L'aide personnalisée proposée au primaire et au collège en fait partie. Voltaire rentre en complète concurrence avec ce que l'Education nationale propose. »

Pascal Haustachy rétorque, lui que « la langue française n'appartient pas seulement à l'Education nationale ».

Si cette première journée était gratuite, à l'avenir chaque candidat devra s'acquitter de la somme de 59,90 euros pour passer l'évaluation de deux heures et demie. La formule ne plaît pas à tout le monde.

Xavière Le Roy, étudiante, s'étonne qu'une entreprise privée s'en charge :

« Un tel certificat est discriminant. S'il devient reconnu, chaque étudiant devra le valider pour entrer dans la norme, sauf que tout le monde n'a pas les moyens de payer 60 euros pour prouver que son niveau d'orthographe est correct. »

Page suivante, vous pouvez faire un des exercices du test.

Parmi les mots soulignés, quelles-sont les fautes ? Réponse demain dimanche à midi dans les commentaires.

Extrait de la 1ère partie de la Certification Voltaire : difficultés courantes

Je vous serais gré de me rappeler sans tarder.

S'en est trop ! Je vous saurais gré de quitter les lieux sur-le-champ !

Aurait-il du respecter tous les ordres de son chef ?

C'est un tort de laisser croire à tout les enfants que cette fête leur est dûe.

Extrait de la 2ème partie de la Certification Voltaire : difficultés d'un niveau plus élevé

Nous commémorons l'anniversaire de la Révolution ; il s'en suit des cotillons par milliers.

De la commémoration de la chute du mur de Berlin s'en sont suivis de nombreux évènements.

Une foule de pèlerins se pressaient devant les portes de l'église dont je sortais.

La majorité des villages dont nous sommes originaires sont victimes de l'exode rural.

  • 37481 visites
  • 199 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Désinscrit le 25 mai
    • Posté à 18h11 le 30/01/2010

    C'est un certificat qui peut avoir son utilité, c'est vrai que quand on voit un étudiant en fac aligner 5 fautes sur deux lignes, ça fait peur...
    Par contre, le fait qu'il vienne d'une entreprise privée (et donc qu'il soit payant) me gêne énormément... Payer 60€ pour valider le fait qu'on ne soit pas à la ramasse avec la langue française ? ?

    C'est l'Education Nationale qui devrait s'en charger, en mettant en place un certificat d'orthographe qu'on passerait au lycée, de la même manière que le C2I pour l'informatique.

  • Séverine Barthes-Vignes
    • Posté à 18h20 le 30/01/2010

    Malheureusement, quand on voit les exemples donnés, on peut s'interroger sur la pertinence des résultats. Comme dans le cas des « Dictées de Mérimée » et autres « Dictées de Pivot », c'est l'exception, et non la norme, qui est mise en avant (sauf dans la première partie des exercices, mais on ne peut savoir, avec les seuls éléments présents ici, comment sont répartis les exercices et les difficultés).

    Cela semble une spécificité bien franco-française : on privilégie les constructions les plus rares ou les plus marquées par l'histoire de la langue et les mots techniques ou rarement employés au détriment des fonctionnements « de base » de la langue, qui peuvent être irréguliers, mais sont au moins souvent utilisés. Ainsi, les accords des participes passés, avec toutes les configurations possibles, sont plus importants que de savoir conjuguer correctement s'ensuivre ou échoir.

    Il y a quelques années, on m'avait demandé de refondre totalement l'épreuve d'orthographe d'un concours de recrutement de fonctionnaires de catégorie C. En effet, les épreuves des années précédentes étaient, en fait, une compilation des exercices les plus difficiles sur les leçons les moins utiles du Bled : conjuguer surseoir au passé simple, absoudre au présent du subjonctif... Des connaissances utiles en soi, mais guère pertinentes pour le recrutement en question, où il vaut mieux avoir des gens qui connaissent les règles de construction des phrases, la logique des accords (adjectifs, participes passés, sujet/verbe...) et la construction d'un texte cohérent plutôt que des candidats qui ont avalé leur Bescherelle.

  • mandarines
    • Posté à 18h58 le 30/01/2010
    • Internaute

    Les fautes d'orthographe partout, et surtout dans un cv ou une lettre de motivation, c'est lamentable. Sans être un pro de la langue française, éviter des fautes de base serait un minimum ! Secrétaire de formation, je me rappelle qu'à l'école, (il y a vingt cinq ans tout de même), les profs mettaient un point d'honneur à ce qu'on écrive correctement. Maintenant, les secrétaires s'en fichent. Vive les correcteurs orthographiques (loin d'être fiables d'ailleurs) !
    Je pense que c'est le travail de l'éducation nationale, dès le début de la scolarité, de mettre l'accent sur l'orthographe et cela jusqu'à la fin des études. Selon moi, les profs sont trop laxistes pour la plupart avec cette question.
    Quant à payer pour obtenir un certificat d'orthographe, je trouve que c'est uniquement un moyen pour des sociétés privées de faire de l'argent ; rien de plus. Libre à chacun, même adulte, de prendre des cours de remise à niveau pour pallier à ses défaillances. Il y a des ateliers pédagogiques personnalisés (les APP) et d'autres structures propres à chaque ville, moins coûteuses et, à mon avis, tout aussi efficaces. Créer un certificat d'orthographe payant risque de fermer des portes à bien des demandeurs d'emplois et d'étudiants qui n'auront pas les moyens d'entrer dans cette catégorie de personnes qui peuvent se permettre de gaspiller 60 euros pour un test d'orthographe. Je trouve ce projet malsain et discriminant !

  • marc44
    • Posté à 21h21 le 30/01/2010
    • Internaute

    Le TOEIC et le TOEFL sont des mécanismes très lucratifs. De manière générale, il est important de comprendre qu'il y a un fort lobbying d'entreprises sur les ministères de l'éducation nationale et de l'ens. sup. et de la recherche pour mettre en place un système de certification. Les mêmes entreprises vont ensuite conclure des marchés avec les établissements, pour faire passer les tests en questions. Il s'agira de batteries de QCM style code de la route, dont la correction est automatisable. Bref, peu de travail et grosse rente pour la boite qui organise cela. Il n'y a NUL besoin d'externaliser ce genre de certificat, même si les promoteurs expliqueront qu'une évaluation externe est gage de qualité (slogan puéril de perroquet appliquant le new public management).

    J'ai été dans une commission du ministère où j'ai pu voir ces enjeux de l'intérieur, c'est pas du joli, et les républicains qui restent dans cette administration prennent l'exemple des tests normalisés d'anglais comme ce qu'il ne faut surtout pas généraliser.

    Je vais faire mon Brighelli : dictée du CE1 à la Terminale, fermez les téléphones mobiles et ouvrez les livres.

  • Renée Greusard
    Renée Greusard répond à donquijota
    Journaliste Rue89
    • Posté à 20h44 le 31/01/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Journaliste

    Pas de panique ! Pas de panique ! Avec -nous nous en excusons- un peu de retard, voici les réponses tant attendues.

    Ce sont les mots en gras qui font insulte à l'orthographe et à la grammaire !

    Extrait de la 1ère partie de la Certification Voltaire : difficultés courantes

    Je vous serais gré de me rappeler sans tarder.
    S'en est trop ! Je vous saurais gré de quitter les lieux sur-le-champ !

    Aurait-il du respecter tous les ordres de son chef ?

    C'est un tort de laisser croire à tout les enfants que cette fête leur est dûe.

    Extrait de la 2ème partie de la Certification Voltaire : difficultés d'un niveau plus élevé

    Nous commémorons l'anniversaire de la Révolution ; il s'en suit des cotillons par milliers.

    De la commémoration de la chute du mur de Berlin s'en sont suivis de nombreux évènements.

    Une foule de pèlerins se pressaient devant les portes de l'église dont je sortais.

    La majorité des villages dont nous sommes originaires sont victimes de l'exode rural.