Tribune 28/01/2010 à 00h04

Si la burqa était chrétienne, comment réagirions-nous ?


Si un groupuscule, formé depuis une soixantaine d'années, expliquait à tous les chrétiens qu'ils n'ont rien compris à leur Bible, que ferait-on ? Si ce groupuscule prétendait que dorénavant, les femmes doivent enrouler leur tête dans une écharpe violette pour être plus près de Dieu, ouvrirait-on un débat sur la laïcité ?

Ferait-on le procès de la chrétienté ? Menacerait-on les croyants de ne plus obtenir la nationalité française s'ils adoptent une « pratique radicale de leur religion » ?

Non, on se demanderait pourquoi certains jeunes écoutent ce type de discours archaïque. On se demanderait aussi pourquoi ils ont besoin de s'identifier à Jésus pour exister. Les psychologues expliqueraient qu'un discours « fait autorité » sur quelqu'un lorsqu'il donne du sens à sa vie Un ou deux hommes politiques auraient la hardiesse d'envisager une remise en question sociale et politique de la gestion des banlieues…

Les spécialistes des sectes remarqueraient qu'ils utilisent la religion (qui veut dire « relier ») pour mener les jeunes à l'auto-exclusion et à l'exclusion des autres et analyseraient les ressorts des discours de ces « prédicateurs-gourous » afin d'envisager une véritable prévention…

Peut-être se dirait-on aussi qu'il faut revoir le niveau de culture générale sur l'histoire chrétienne auprès de la jeune génération... et des professionnels de la jeunesse ! Et chacun interviendrait auprès des jeunes pour leur demander ce qui ne va pas, pourquoi ce besoin de rupture ?

Et on interdirait sans doute ce drap violet, mais pas au nom du respect de la République. On l'interdirait au nom du respect de la culture chrétienne qui exige que chaque être humain possède une identité, un visage différencié et différenciable, bref un contour identitaire particulier.

Les musulmans pris la main dans le sac

Mais lorsqu'il s'agit de l'islam, il n'y a plus de bon sens et tous les penseurs et décideurs perdent leur latin, ou plutôt perdent leur grille de lecture psychologique, sociale, économique, psychanalytique. Le débat sur ce drap noir est venu raviver les représentations négatives sur l'islam.

C'est comme si on avait pris les musulmans la main dans le sac : on savait bien que votre Coran fourmille de trucs ignobles sur les femmes ! Et voilà que les députés se mettent à énumérer la liste des comportements machistes des « garçons de cités » dans le rapport sur le voile intégral, comme si c'était le résultat de « l'application de l'islam ».

Et voilà que les députés appellent ce drap noir « une pratique radicale de la religion ». C'est ainsi que la République valide les interprétations des radicaux. Au lieu de désamorcer leur autorité en les traitant comme de simples groupuscules sectaires qui instrumentalisent la religion auprès de jeunes qui ne la connaissent pas, les voilà promus « musulmans », voire « musulmans fondamentalistes », comme si les fondements de l'islam consistaient à enfermer les femmes dans un drap noir !

Ceux qui prônent la burqa jubilent puisque le débat public est en train de valider leur comportement comme musulman. Ceux qui veulent éradiquer l'islam jubilent aussi puisque la preuve est faite : cette religion est définitivement archaïque.

Etre choqué par une burqa, c'est respecter l'islam

Il existe bien un monde bipolaire avec d'un côté l'Occident qui a inventé la modernité et de l'autre, le monde arabo-musulman qui serait par essence incapable de produire la moindre lumière.

Pourtant, si l'on avait traité « la chose » avec des arguments de droit commun – atteinte à l'ordre public et au droit de la personne - , cela aurait pu faire avancer le débat.

Etre choqué par une burqa, c'est respecter l'islam, puisque cela revient à s'étonner et à être persuadé que la religion musulmane ne peut édicter ce type de conduite archaïque. Etre choqué par la burqa, c'est connaître toutes les richesses que cette religion a apporté aux civilisations.

C'est savoir que le Coran pose l'égalité de l'homme et de la femme devant Dieu et met en place toute une stratégie pédagogique pour conduire les Arabes du VIIème siècle à considérer les femmes comme des Sujets pensants et autonomes, en les incitant, pour commencer, à accéder au savoir. Rappelons tout de même que la première épouse du Prophète était sa patronne et qu'ensuite, son épouse préférée était la meilleure professeur de Médine !

Etre choqué par la burqa, c'est aussi tenter d'introduire une faille dans les certitudes de ces jeunes endoctrinés. C'est les obliger à élaborer une pensée sur ce que les prédicateurs-gourous veulent présenter comme une simple application de la religion. Et s'ils se remettent à « penser leur islam », ils passent du statut d'adeptes qui miment leur gourou à celui de croyants qui réfléchissent à ce que Dieu veut leur dire.

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  • Lauvergnate
    • Posté à 00h48 le 28/01/2010

    on ne peut pas mettre de côté les interprétations extrémistes du coran parce qu'elles ne nous plaisent pas.
    L'islam n'est pas que ça, mais c'est aussi ça.
    Il n'y a pas de bon ou de mauvais musulman.
    Il y a des musulmans.

  • niouze
    • Posté à 01h01 le 28/01/2010

    y a deja des chretien fan de la messe en latin et eux on en fait pas un cinema ! ! !

  • lally
    • Posté à 01h10 le 28/01/2010

    Bon article.
    Auquel j'ai envie d'adjoindre un autre article écrit il y a quelques mois par une féministe iranienne et qui me semble particulièrement bienvenu en la circonstance :

    Lien

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 09h27 le 28/01/2010
    • Internaute
      D'actualité, de dessin surtout

    Dounia Bouzar vous omettez je crois que chez les catholiques aussi on a voilé les femmes, et qu'on les voile encore. On peut ajouter qu'elles se voilent elles-mêmes, librement, parce qu'elles ont décidé de ne se consacrer qu'à dieu. On les appelle des bonnes-soeurs !

    Aussi il n'y a pas si longtemps en France les femmes ne pouvaient pas sortir « en cheveux ».

    C'est une forme d'extrêmisme comparable à la burqa ou au Niqab, quoique les musulmanes voilées ne se réservent pas uniquement à dieu puisqu'elles se marient, etc.
    Il me semble que chez les juifs les plus orthodoxes aussi, les femmes se couvrent les cheveux.

    Ici on peut voir tout le problème des religions du livre qui disent tout et son contraire, et incite parfois à faire n'importe quoi.
    Selon celui qui lit et qui interprête elles peuvent se montrer ouvertes ou régressives.

    Si je prends le cantique des cantique dans la bible je peux y lire une formidable ode à l'extase de l'acte amoureux et plus étrangement une invitation à l'adultère !
    Dans le coran je peux trouver une hallucinante indulgence à l'endroit du père incestueux, etc.

    D'une manière générale elles sont bien plus dangereuses que les philosophies qui n'aliènent ni ne juxtaposent un rite et des commandements à une pensée.

  • Iv
    Iv répond à Lauvergnate
    Roboticien utopiste
    • Posté à 10h32 le 28/01/2010
    • Internaute
      Roboticien utopiste

    Mais si on peut.
    Plus personne ne cite les passage de la Bible qui recommandent la lapidation envers plein de crimes comme le fait de ne pas obéir à son père ou la noyade (jeter dans la mer avec une meule autour du coup) des gens qui détournent les enfants de Jésus (les instituteurs laïcs ? )
    Si on peut séparer la foi chrétienne des croisades et des buchers, on peut séparer les musulmans d'al-quaeda.

  • Heyk
    Heyk
    Colporteur de nouvelles
    • Posté à 10h58 le 28/01/2010
    • Internaute
      Colporteur de nouvelles

    C'est vrai si la burqa était chértienne ça choquerait moins, d'ailleurs ce n'est pas un débat de faits mais d'opinions. Les dérives et tentations qu'induisent les détracteurs de la burqa ne se sont jamais manifestées : la peur d'avoir un individu masqué ce qui devant la république pourrait être un biais à identifier la personne en cas d'infraction grave, pourtant ces gens s'accordent à dire qu'ils sont fondamentalistes religieux qui appliquent trop rudement les règles de leur foi (ne pas voler, ne pas tuer, etc.).

    Si je réduis, les femmes à burqa sont inoffensives mais si un jour elle venaient à commettre un délit ou crime on ne pourrait pas les juger. Pour moi c'est une prise de position incohérente...

    C'est un danger que de faire des raccourcis de logique et de compréhension pour établir des jugements qui se veulent de fait mais qui ne sont que des opinions extrêmes qui ont pour but de pondre des résolutions générales et globales.

    Heikel,
    Un musulman-français qui a d'autres qualificatifs à son identité non réduite à la simple nation