Decryptage 28/01/2010 à 20h18

Après Clearstream, le tango à trois de Copé, Villepin et Sarkozy

Pascal Riché | Redchef Rue89


Jean-François Copé et Dominique de Villepin en 2006 (Charles Platiau/Reuters)

J'ai croisé ce jeudi un député influent, fidèle de Sarkozy, qui venait d'apprendre, comme moi, la relaxe de Villepin. « C'est une journée importante pour tout ce qui va se passer d'ici 2012 », a-t-il déclaré. Poussé à détailler davantage, il a ajouté un élément plus intéressant : « Lisez le bouquin sur Copé, tout ce qui va se passer y est écrit. »

Jean-François Copé est un personnage absent de l'affaire Clearstream. Il n'est concerné ni de près, ni de loin, par les coups de pinces donnés dans ce panier de crabe. Mais l'affaire le concerne au premier chef. Car, il ne s'en cache pas, Copé veut être calife à la place du calife.

Il jure qu'il vise 2017, mais un coin de sa tête est obsédé par ce qui va se passer en 2012. Ce qu'expose très bien le livre évoqué par notre interlocuteur : « Copé, l'homme pressé » (éd. L'Archipel, 2010), enquête minutieuse des deux journalistes Solenn de Royer et Frédéric Dumoulin, qui travaillent respectivement à La Croix et à l'AFP. Pressé, trop pressé, Copé a un problème de calendrier à résoudre : si la droite gagne en 2012, la demande d'alternance sera forte en 2017 ; la gauche aura donc de fortes chances de l'emporter.

Villepin peut aider à changer la donne.

« A l'Elysée, ils connaissent notre capacité de nuisance »

Une alliance explicite n'est pas à attendre. Copé est trop calculateur pour cela, et ne prendra pas le risque de se couper d'une partie des députés UMP, dont il dirige le groupe à l'Assemblée. Le député François Goulard constate, dans L'Express, la prudence de Copé vis-à-vis des petites troupes villepiniennes dont il fait partie :

« Jean-François Copé est assez habile pour n'être ni hostile ni complaisant. »

Mais Copé cultive discrètement le terrain villepiniste.
Ainsi, lorsque Villepin avait été renvoyé devant la justice dans l'affaire Clearstream, il avait ostensiblement choisi de déjeuner avec lui. Et toutes les six semaines, apprend-on encore dans le livre de Solenn de Royer et Frédéric Dumoulin, il déjeune avec trois chiraco-villepinistes de sa génération :

  • le député-maire de Troyes François Baroin
  • l'ancien directeur de cabinet de Villepin à Matignon Bruno Le Maire
  • le député de Seine-et-Marne Christian Jacob

« C'est une réunion de ceux que Nicolas Sarkozy n'aime pas, mais qui existent »

Les auteurs expliquent :

« [C'est] un déjeuner de “stratégie” pour préparer la deuxième partie du quinquennat. On étudie la meilleure manière de se positionner par rapport au chef de l'Etat.

“C'est une réunion de ceux que Nicolas Sarkozy n'aime pas, mais qui existent dans le groupe”, explique Baroin. “Nous avons une autonomie, tout en restant dans la famille. A l'Élysée, ils connaissent notre capacité de nuisance”. »

On comprend que Villepin, de son côté, soit presque tendre pour Copé :

« Il est stratège, il a choisi de ne pas faire comme tout le monde. Il a choisi l'intransigeance face à Nicolas Sarkozy, alors que la plupart des autres s'écrasent devant lui. Copé a tiré les leçons de 2007 : Sarkozy a conquis le pouvoir en s'opposant... »

Une « fascination réciproque », selon Jean-Louis Debré

C'est à un jeu subtil qu'il faut s'attendre désormais. A suivre le député UMP évoqué au début de cet article, la relaxe de Clearstream n'ouvre pas un tango Sarkozy-Villepin, mais une plus complexe danse à trois, Copé et Villepin s'appuyant l'un sur l'autre pour faire trébucher le locataire de l'Elysée.

Les deux hommes se connaissent bien, ils ont même travaillé ensemble au ministère de l'Intérieur en 2004. L'année suivante, Copé a soutenu Villepin contre Sarkozy dans la lutte interne pour la succession de Chirac... Ils auraient l'un pour l'autre une « fascination réciproque », à croire Jean-Louis Debré, cité dans le livre.

Contre Sarkozy, chacun des deux est désormais mû par un moteur différent mais puissant, que notre député UMP résume ainsi :

« L'un la vengeance ; l'autre le goût de la belle aventure. »

Les deux hommes pourtant, ne devraient pas se faire trop d'illusion : même si la cote de Nicolas Sarkozy est faible dans les sondages, il reste puissant, notamment au sein de l'UMP. Ces deux-là ne sont pour l'instant que des nuisances secondaires ; du moins tant qu'ils ne parviennent pas à reconstituer un véritable courant chiraquien, qui passerait forcément par un troisième larron, Juppé.

►Mise à jour 4.2.2010 : précisions sur les problèmes de calendrier de Copé.

  • 38586 visites
  • 79 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • lancetre
    • Posté à 20h39 le 28/01/2010
    • Internaute

    Ce qui demeure fascinant, dans cette affaire, c'est l'extraordinaire accumulation de maladresses commises par sarkozy, pourtant censé avoir étudié un peu de droit.

    1) Parler de « coupable » alors que le procès vient juste de commencer.

    2) Affirmer maintenant qu » il ne fera pas appel, alors qu'en tant que partie civile, il ne le peut pas.

    3) Accorder une publicité énorme à Villepin, sans qu'on perçoive bien le bénéfice qu'il pouvait lui-même attendre d'une hypothétique condamnation.

    4) Permettre à Villepin, grâce à des propos délirants ( le « croc de boucher ») de se présenter comme une victime.

    Précisons aussi que le procureur Marin, qui avait demandé la condamnation de Villepin au terme d'un réquisitoire abracadabrantesque (comment condamner quelqu'un pour n'avoir rien fait ? ), est le même que Juilen Dray qualifie de « grand magistrat », puisqu'il n'a pas jugé utile de poursuivre l'ami des horlogers.

    Terminons en rappelant que Denis Robert, que Philippe Val poursuit de sa haine, sort relaxé, au nom de la liberté de la presse.

    Sarko,son employé Val et son subalterne Marin ridiculisés dans un seul jugement : une bien belle décision, comme on aimerait en lire plus souvent !

     : -)))))

  • miles.v
    miles.v
    Matheux
    • Posté à 20h54 le 28/01/2010
    • Internaute
      Matheux

    Merci pour cet article, tant j'en ai assez de ces médias « dominants » qui voudraient nous faire croire que les basses manœuvres et querelles d'égos sont l'apanage du PS. (voir le tapage sur George Frèche alors que l'UMP a son compte de cadavres dans le placard dans ce domaine)

  • loustaud
    loustaud
    consultant
    • Posté à 21h36 le 28/01/2010
    • Internaute
      consultant

    Très bonne analyse, je pense qu'on a reparlera. Effectivement 2 hommes très intelligents, d'ailleurs du temps où D. Villepin était aux affaires étrangères, la France avait une place sur la scène internationale qui n'a jamais été égalée depuis.

  • survivant
    • Posté à 22h04 le 28/01/2010

    Copé est un poids lourd de la politique c'est indéniable. Juppé a lâché ses bottes mais reste malgré tout un impopulaire, il ne pourra agir qu'en coulisses. De Villepin manque d'expériences et n'a jamais été élu par une élection ; mais reste favori grâce à sa pomme de bellâtre, qui lui assure un franc succès auprès de la gente féminine quinquagénaire politiquement inculte. Ce serait quand même étonnant qu'un gaulliste sorte en 2012. La droite se déploie pour ratisser large c'est sûr. Le seul avantage pour le moment s'ils ne se tirent pas dans les pattes entre temps pour la gauche, c'est qu'ils ont les verts de dany et ça agace sérieusement la droite, qui n'a personne pour tenir la queue du poireau.

  • Hodie
    • Posté à 00h37 le 29/01/2010

    Un « fidèle de Sarkozy » vous informe de ses soupçons quant à une hypothétique alliance Copé-Villepin visant à nuire à l'actuel président de la République. Donc, en gros, un « fidèle de Sarkozy » vous pointe d'un doigt quasi accusateur deux hommes réputés ne pas porter dans leur coeur l'élu du sien, lequel (Sarkozy - je précise au cas où vous n'auriez pas suivi) est connu pour ne pas franchement aimer (cas de désamour réciproque) ceux-là que son « fidèle » vous dit de surveiller. Je ne sais absolument pas ce qu'il en est des relations Copé-Villepin, mais à mon avis un peu de distance critique vis-à-vis des propos du « député influent » n'aurait pas été mal venue.
    J'ajoute que le déjeuner qui a lieu toutes les six semaines pourrait tout aussi bien s'interpréter comme une manière pour Copé de protéger et assurer ses arrières (bonne tactique politicienne quand on vise à rassembler le plus grand nombre). Question bonus : Avec qui Copé déjeune-t-il tous les autres jours ?

  • WALTER le Suisse
    • Posté à 19h37 le 29/01/2010

    Ouais, ça rappelle un peu le western Le Bon, la Brute et le Truand.
    A chacun d'attribuer les rôles aux trois protagonistes...