L'edito 27/01/2010 à 19h34

Sarkozy à Davos : beau discours, un peu « schizophrène »

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Nicolas Sarkozy pendant son discours à Davos, le 27 janvier (World Economic Forum/Flickr)

Nicolas Sarkozy venait de parler de « morale », et on entendit quelques modestes applaudissements. « Je remercie les deux personnes qui ont applaudi », a-t-il aussitôt ironisé... Les quelque 2500 banquiers, hommes d'affaires, et experts qui l'écoutaient au Forum économique mondial de Davos se sont sentis d'applaudir à leur tour.

A Davos, mercredi après midi, Nicolas Sarkozy a retrouvé ses accents quasi-altermondialistes -remise en cause du capitalisme mise à part- pour sermonner son public au sein duquel se trouvaient certains des principaux artisans de la crise financière et économique, appeler à la refondation du système, et à plus de régulation.

Un discours cohérent, dans lequel le président français prenait sciemment le contrepied du consensus traditionnel de Davos, se permettant même de faire grincer des dents en rappelant que lorsque les banques ou les entreprises mondialisées ont eu besoin d'aide, elles se sont souvenues qu'elles avaient une patrie : « personne ne s'est trompé de guichet ».

La schizophrénie du président

Cohérent, jusqu'à un point : Nicolas Sarkozy a parlé de « schizophrénie » à propos de l'attitude des Etats et des entreprises par rapport à la crise, mais le mot pourrait s'appliquer à lui aussi. Ainsi, en l'entendant dénoncer des « comportements indécents qui ne seront plus tolérés par les opinions publiques », qui pouvait imaginer qu'il s'agissait du même homme qui défendait il y a peu le double salaire exhorbitant d'Henri Proglio à la tête d'EdF-Véolia ?

Idem pour les banques, Nicolas Sarkozy s'est abstenu d'imposer aux banques françaises, à la faveur de leur renflouement au moment de la crise financière, les règles dont il se fait aujourd'hui le défenseur sur la scène internationale.

C'est, comme toujours, la limite du verbe présidentiel. Nicolas Sarkozy a entonné tous les registres, défendu toutes les positions depuis sa campagne électorale de 2007 et ses deux ans et demi d'exercice du pouvoir, qu'on ne sait plus quand il est lui-même, quand il est en posture électorale, quand il roule son auditoire dans la farine avec les mots de son speechwriter ?

Pourtant, on aimerait croire qu'il y croit, tant son discours de Davos contient certaines remarques bienvenues :

  • Quand il appelle à sortir de la « civilisation des experts » ;
  • Quand il propose de « remettre l'économie au service de l'homme » ;
  • Quand il met en garde contre la reprise des comportements financiers d'avant la crise ;
  • Quand il dénonce les Etat membres de l'Organisation internationale du Travail qui n'en ont pas ratifié les règles sociales de base ;
  • Quand il demande que le droit du travail, de l'environnement, de la santé, soit mis à égalité avec le droit du commerce ;
  • Quand il dénonce la « spéculation financière » ;
  • Quand il dénonce les « manipulations monétaires » qui empêchent un commerce équitale ;

Et surtout, quand il met en garde son auditoire qu'« il faudra compter avec les citoyens de nos pays », et que c'est « sain ».

Ce n'est évidemment qu'un discours. Mais un discours prononcé à une tribune de choix, celle d'un Forum qui, par le passé, a incarné l'intégrisme libéral, et qui a sacrément perdu de son poids et de son influence à la faveur de la crise.

Intervenant quelques jours après le discours d'Obama sur les banques, qui a fait plonger les bourses mondiales, et quelques heures avant le discours sur l'état de l'Union du même Obama, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas être en reste, et sembler complaisant vis-à-vis des tenants du capitalisme mondial. De ce point de vue, il a bien joué son rôle.

Ce n'est effectivement qu'un discours. Comme nous en aurons beaucoup lorsque Nicolas Sarkozy -il l'a de nouveau confirmé jeudi- sera président du G8 et du G20 en 2011, et qu'il usera et abusera de cette tribune internationale de choix. Un tremplin international à destination nationale, à l'approche de l'élection présidentielle de 2012.


Dessin de Chimulus

Photo : Nicolas Sarkozy pendant son discours à Davos, le 27 janvier (World Economic Forum/Flickr)

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  • Pascal Riché
    Pascal Riché
    Redchef Rue89
    • Posté à 21h29 le 27/01/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Redchef

    Le chef de l'Etat n'est pas encore « Che Sarkozy ». Selon lui, il y a pire que les dérives du capitalisme, c'est « l'anticapitalisme » :

    Lienenvoyé par Lien. - Lien

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 21h35 le 27/01/2010
    • Internaute
      Dessinateur de presse
  • mecheri
    • Posté à 22h37 le 27/01/2010

    Puisqu'il faut toujours commencer et conclure par une note optimiste, je rejoints ici la synthèse de notre Président Sarkozy, qui consiste à espérer de tout cœur que cette crise sera le début d'un monde meilleur.

    Toutefois, et après tous les bouillons que viennent de « boire » les petits porteurs, les tsunamis qui frappent de plein fouet notre économie réelle et notre modèle social ; comment peut-on aujourd'hui, pudiquement, se plaindre des contraintes de transparence, qui imposent dans les comptes annuels une juste valeur des actifs ?

    Expert-comptable de formation, devenu Avocat fiscaliste, ce qui est rarissime et en recherche d'emploi depuis ( sourire ), j'ai été très directement témoin de la mise en circulation de ces instruments spéculatifs que sont les options, les swaps ou pire encore les ABS ( asset backed sécurities ).
    Encore et toujours sans aucune retenue, j'ai pu voir quelques « merveilleux financiers » mettre en place ces « fabuleux » leviers que sont les ventes à découvert ou bien encore les putt ou les call ..., qui permettent aux élites bien renseignées de toujours gagner, y compris lorsque le cours de bourse s'effondre !

    Au-delà, ce qui me laisse réellement perplexe, c'est bien de constater que les politiques n'ont pas cru devoir stopper à temps ce jeu de dupes et de massacre... Or, là encore ils ne peuvent pas dire qu'ils ne savaient pas ! Fort heureusement il existe encore aujourd'hui dans notre beau pays des hommes politiques de grande valeur, qui naviguent dans les milieux financiers, qui ont des réseaux et des antennes. Alors Pourquoi ? ….
    En tout cas : plus jamais cela !

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 22h49 le 27/01/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « “ Je remercie les deux personnes qui ont applaudi ”, a-t-il aussitôt ironisé… Les quelque 2500 banquiers, hommes d'affaires, et experts qui l'écoutaient au Forum économique mondial de Davos se sont sentis obligés d'applaudir à leur tour ».

    J'ai souligné le mot « obligés » que j'ai choisi d'insérer dans le vide...de sens...
    (peut-être volontairement ménagé par Pierre Haski.)
    ¤ Je pourrais aussi choisir le mot « forcés »...qui serait bien sur moins subtil !

    Trois sens distincts à ce mot « obligé »
    • Redevables, reconnaissants (nous sommes vos obligés)
    • Commandés par une obligation, une nécessité
    • (fam.) C'est obligé : c'est forcé, c'est obligatoire.

    Les trois conviennent, finalement, car les banquiers savent en fait ce qu'ils doivent ou qu'ils devront aux initiatives de Nicolas Sarkosy.
    Rien en tout cas qui pourraient vraiment les gêner, surtout si par leurs applaudissements, ils font hypocritement allégeance au Maître du jeu

    Mais tout de même, le fait d'avoir « obtempéré » après la remarque ironique du Grand Manitou - prouve s'il était besoin que ces gens sont un peu lèche quelque chose, et qu'ils en ont finalement peu dans le froc ! ...sauf s'ils ont choisi d'ironiser aussi ...

  • hagalma
    • Posté à 23h25 le 27/01/2010
    • Internaute

    Un peu schizophrène, voire. Pas pour dire que : beaucoup. Non, s'il fallait caractériser le style de notre élu, j'évoquerais plutôt la perversion. Notre élu dit le blanc, et son contraire, et ne semble pas plus que cela concerné par respecter le principe de non contradiction. Il peut par exemple soutenir de sa haute autorité morale le fiston, et le même jour expliquer aux lycéens que nul dans ce pays ne progresse par le seul fait d'être bien né. Le schizophrène ne cherche pas une tribune, trop empêtré avec ce qu'il aurait à y signifier. Le pervers, lui, c'est autre chose. Il vient, il monte à la tribune, il dit tout et son contraire, il demande juste à ce qu'on le croit, à rester l'orateur principal. Il dit : certes, c'est difficile, mais quand même, c'est fastoche. Il nous fait jouir : de l'argent, de l'emploi, de la liberté d'entreprendre. Voyez Proglio, combien sont fondés ses revenus mirobolants, emploi privé, emploi public, mais quand même, hein, quelle stratégie gagnante ! Il nous fait jouir, donc. Mais attention : lui le rendant de service, lui au ton si doux sur le plateau de télé, ne vous avisez pas de sortir de son rêve partagé. Il essaiera par tous les coups de vous refiler la charge de la faute... Comme il dira : on ne lui aura rien épargné !

  • padiran
    padiran répond à Pierrrrre
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h29 le 27/01/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    J'ai cru qu'il allait entonner l'Internationale à la fin de son discours.

  • Sinouhé
    • Posté à 08h17 le 28/01/2010

    Ce n'est plu à Davos que se prennent les grandes décisions pour la construction du NWO. Le NWO est construit il n'y à plus rien à rajouté. Ou peut être si, juste une petite chose ,l'instauration d'une religion planétaire avec l'arrivé programmé de son Maitreya afin de mettre toutes les brebis dans le même camp d'extermination.
    Davos est une sorte de club med de super friqués , ils viennent là désormais pour nous faire croire que finalement tout est transparent dans leurs décisions.
    Tout est OK , il y à même des spectacles ou ils prennent tour à tour la parole afin de bien montré au monde qu'ils sont vraiment préoccuper par la situation mondiale.
    Le dire n'importe quoi fait parti du jeux, c'est d'ailleurs celui qui ouvre le bal qui doit faire le meilleurs spectacle.
    Bien venu dans le NWO ....