tribune 27/01/2010 à 12h10

Silvio Berlusconi mon amour (et celui de l'Italie)

Giorgia Castagnoli | journaliste italienne

Il n’a aucune gêne : c’est bien la plus grande des qualités de mon bien-aimé président du Conseil, Silvio Berlusconi.

Il n’a pas honte d’obliger ses avocats à inventer des expédients toujours plus imaginatifs pour le sauver de la confrontation avec la mère Justice, à l’image du « procès abrégé » ou de l’« empêchement légitime », pour ne pas répondre au « peloton d’exécution » (sic) constitué par le « parti des juges rouges ».

Il ne semble éprouver aucun effort à convaincre la conscience de ses parlementaires de voter des résolutions visiblement « ad personam » pour échapper aux procès Mills et Mediaset aujourd’hui en cours.

Le Sénat vient d’approuver son projet de loi. 163 votes favorables, 130 contre et 2 abstentions pour une loi qui réduit d’un coup à six ans les procédures (première instance, appel et cassation) pour les peines inférieures à 10 ans. Si les procès sont plus « âgés », ils tombent en « prescription » : une « manne céleste » pour tous les accusés !

La patate chaude doit désormais passer à la Chambre des députés. Les papiers préparés par l’IdV (Italie des valeurs) annonçant la « mort de la justice » sont restés lettres mortes dans l’Assemblée sénatoriale, mais ils réclament vengeance aux députés.

Une législation malléable selon les désirs du Cavaliere

Une réforme judiciaire est sans aucun doute nécessaire pour rendre plus efficace le fonctionnement de la justice italienne et réduire ainsi les temps messianiques des procès, mais pourquoi ne pas prendre du temps, une fois pour toute, pour bien la concevoir, avec l’aide des gens compétents ? Parce que... « tempus fugit » et les magistrats réclament l’accusé Silvio Berlusconi à la barre ?

Berlusconi a commencé sa carrière en racontant des blagues à bord d’un bateau, maintenant il les raconte au congrès du PPE (Parti populaire européen) à Bonn. Il a fait indubitablement une excellente carrière.

Mais le problème est bien plus grave que ses blagues, son comportement sexuel, sa vie privé ou ses fêtes nudistes à Villa Certosa. Le problème est qu’en Italie, il est considéré comme un chef, un personnage charismatique, quelqu’un capable de tout et à qui tout est permis.

« Il s’est fait tout seul, donc c’est le seul à pouvoir sauver l’Italie », pensent ses électeurs. « Il est mon chef, je vote pour lui » ; « Il va faire des lois qui me conviennent, donc je voterai pour lui » ; « Pour qui d’autre voter ? la gauche est ridicule » : voici un petit florilège des raisons pouvant expliquer l’inexplicable succès de Berlusconi aux urnes.

Astérix et la zizanie au pays des spaghettis

Les journaux étrangers ont prévu sa chute à la sortie de chaque scandale, mais il est toujours là, toujours plus populaire. Un fou lui a lancé en plein visage une petit statue du magnifique Dôme de Milan, il a craché deux dents mais son image a gagné en sympathie.

« Heureusement que Silvio est là », aime à répéter il Cavaliere, mais il est clair que sans son empire économique, l’Italie serait bien plus faible.

La gauche existe en tant que mouvement anti-Berlusconi, car au fond, elle n’a pas grand chose à proposer. De plus, les divisions entre plusieurs leaders l’affaiblissent encore plus : Astérix et la zizanie au pays des spaghettis... Seule une potion magique pourrait les aider à lutter contre l’énorme propagande des médias contrôlés directement ou indirectement par il Cavaliere.

Les anciens nous expliquent que la dégénérescence de la démocratie s’appelle démagogie : vous, comment appelleriez-vous aujourd’hui ma République ?

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  • joundi-
    joundi-
    sylviculteur
    • Posté à 12h40 le 27/01/2010
    • Internaute 48269
      sylviculteur

    « » » » »« comment appelleriez-vous aujourd’hui ma République ? » » » » » »

    Royaume de Cosa nostra

    • Azza
      Azza répond à joundi-
      Ingénieur en informatique (...)
      • Posté à 13h46 le 27/01/2010
      • Internaute 25467
        Ingénieur en informatique (...)

      « comment appelleriez-vous aujourd’hui ma République ? »

      La France de Sarkozy ?

      • karlM
        karlM répond à Azza
        Précaire
        • Posté à 17h25 le 27/01/2010
        • Internaute 21378
          Précaire

        c est pareil chez nous, le notre a des casseroles à la pelle, le même QI et la même gauche souverainiste càd la droite molle

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 12h49 le 27/01/2010
    • 49273
      Petit agité

    « Pour qui d’autre voter ? la gauche est ridicule »

    À méditer.

  • Lebartek
    Lebartek
    Journaliste
    • Posté à 12h53 le 27/01/2010
    • Journaliste 100949
      Journaliste

    Lien, qui n’a rien à envier au lipdub de l’UMP, et qui illustre bien le culte de la personnalité, si cher aux régimes totalitaires...

  • Lozardèche
    Lozardèche
    Musicien
    • Posté à 13h31 le 27/01/2010
    • Internaute 100487
      Musicien

    Les électeurs européens en ont assez de tous ces hommes politiques de gauche incolores, inodores et sans saveur, du genre de Romano Prodi. Il leur faut des condottieres, de la gaillardise, du rigolard, de la gouaille, du fringant, du napoléonien. Les pisse-froid, nenny ! Des hommes qui ont du tempérament, pas des herma....

    • A déménagé le 1-6
      • Posté à 13h48 le 27/01/2010
      • Internaute 61755

      mais oui tagada...mais oui...allez, un peu de bromure, et puis file sous la douche froide ! !
      non mais !

    • LienRag
      LienRag répond à Lozardèche
      • Posté à 14h19 le 27/01/2010
      • Internaute 34767

      Vous êtes en train d’expliquer que les électeurs du Sarkoberlusconisme sont fondamentalement des homosexuels passifs et honteux ou refoulés ?

      • Pseudo
        Pseudo répond à LienRag
        Enfin libre : -)
        • Posté à 14h46 le 27/01/2010
        • Internaute 25947
          Enfin libre : -)

        On dirait. Il a l’air tout excité. : -))

  • a déménagé le 20 août 2010
    • Posté à 13h19 le 27/01/2010
    • Internaute 97772
      on s en fout

    en fait ils nous ressemblent beaucoup de l autre coté des alpes , un pays malade de longue durée , un chefaillon agité a sa tete , des citoyens deboussolés et fatigués par 2 decennies de politique et de mauvaise gestion , une gauche en dessous de tout

  • Maxime PINARD
    Maxime PINARD
    Etudiant en Master d'histoire à (...)
    • Posté à 14h19 le 27/01/2010
    • Internaute 80497
      Etudiant en Master d'histoire à (...)

    La justice italienne est dans un triste état mais ses représentants semblent malgré tout incarner une sorte d’opposition à ce mégalo.
    L’article explique bien le phénomène de distorsion de l’image du Cavaliere, détesté en France et en Europe mais aimé par ses citoyens. Rappelons que Silvio avait fait participer l’Italie à la guerre en Irak...

    • patoune
      patoune répond à Maxime PINARD
      non connue
      • Posté à 19h08 le 28/01/2010
      • Internaute 35756
        non connue

      Aimé par tous ses citoyens ? ils ne sont pas tous maffieux ?

  • Lugi
    • Posté à 14h21 le 27/01/2010
    • Internaute 28945

    Les anciens nous expliquent que la dégénérescence de la démocratie s’appelle démagogie : vous, comment appelleriez-vous aujourd’hui ma République ?
    Si je pouvais me permettre, je l’appellerais la comedia del raté, mais vu ce qui se passe ici je vais m’abstenir.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 17h44 le 27/01/2010
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Sans remonter au XIV siècle comme le font les chercheurs du CERPPI, l’Italie a été depuis longtemps le laboratoire des idées en Europe.
    Le XX ème vit l’invention du fascisme fils du Futurisme de Marinetti avec Mussolini. Puis en 1956, après Budapest, Togliatti invente un PCI qui s’émancipe de Moscou. Berlinguer dans les années 70 consommera la rupture puis s’alliera avec les « sociaux-traitres » de la sociale-démocratie même s’il échoue à nouer une alliance avec le centre droit, le fameux compromis historique.
    L’Italie au XX siècle s’est toujours voulue « moderne » avec toutes les ambivalences du terme. Dans les années 20-30 pas plus moderne que l’Italie, dans l’autre après-guerre pas plus moderne que le PCI...
    La question qui se pose est Berlusconi est il fasciste ?
    La reponse est non, comme pour Eskabo I malgré les dérives ou les oeuilllades faites aux gens de l’extreme-droite.
    Pour étayer mes dires, une bonne critique du livre de Massimo Gianinni intitulé Lo statista. Il ventennio berlusconiano tra fascismo e populismo sur nonfiction et publiée aussi par Rue 89 :
    Lien
    Le site du CERPPI :
    Lien

  • Éric  Perrin
    Éric Perrin
    Ginkonaute
    • Posté à 19h06 le 27/01/2010
    • Internaute 51185
      Ginkonaute
  • kebra
    kebra
    Bisounours killa
    • Posté à 02h48 le 28/01/2010
    • Internaute 8550
      Bisounours killa

    Cela fait plusieurs années que je parle de la peste Berluscozyste en Schengennie. Cela s’aggrave de jour en jour. Aujourd’hui, c’est le contrôle des vidéos du Net, elles font de l’ombre financières et politiques à l’empire médiatique de Sylvio le mafioso.

    Sylvio est au top de l’obscénité mais son disciple n’est pas mal non plus. Ici les affaires sont enterrées à la source, il n’y a rien à fuir. Où alors des clopinettes comme Juppé ou Chirac.

    Et notre gauche rêve d’une coalition arcobaleno avec DSK dans le rôle de Mortadella (Prodi), mortel ennui. Alors il reste l’Espagne, la Bolivie ou le Brésil. Des langues pas trop difficiles pour nous les latins. Ou bien intégrer une des nombreuses mafias qui prospèrent sous ce régime et niquer le système tant que cela dure, la fuite pour après le désastre. Si la réaction arrive de notre vivant. Ce n’est pas gagné.

    Bon ben demain aprem, je repars pour vivre en italien à 3 km de l’Italie mais en Suisse, un autre délire...

    Baci a tutti. Si legge la prossima volta.

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 09h41 le 28/01/2010
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Vous n’avez plus grand chose à nous envier Giorgia Castagnoli !
    Depuis Chirac et Sarkozy la France a ouvert plus grand la porte à la corruption en acceptant de saucissonner les appels d’offres de Marchés Publics, et de réduire le montant à partir desquels ils sont obligatoires ; la France est en train de mettre sa justice définitivement à la botte du pouvoir en supprimant le juge d’instruction sans contrepartie d’indépendance pour le parquet ; j’en passe et des meilleures sur l’influence du pouvoir dan les chaînes de TV.
    Et maintenant la France raciste peut s’exprimer librement à travers le débat sur l’identité nationale de décomplexé président !
    On dirait qu’entre nos deux pays les Alpes sont devenus comme un miroir !

  • mick69
    • Posté à 10h44 le 28/01/2010
    • Internaute 2907

    Antonioni, Fellini, Rossellini, Pasolini, Magnani, Mastroianni... Il y a 40 ans, l’Italie nous séduisait avec des génies à la pelle, l’héritage de la Renaissance, la culture, le design, l’exubérance méditerranéenne...

    Maintenant, c’est silvio, macdo, facho, porno

    Dommage, encore un pays transformé, comme la France, en supermarché lupanar TV par la révolution libérale