Votre porte-monnaie au rayon X 26/01/2010 à 18h40

Guillaume, cadre à l'ambassade pour 6 500 euros par mois

Lucie Hennequin | Journaliste


A Beyrouth depuis un an et demi, Guillaume mène un train de vie plutôt agréable. Cadre au service culturel de l’ambassade de France, il vit dans le centre de la capitale libanaise. Il a accepté, dans la discrétion, que Rue89 passe son porte-monnaie au rayon X.

Guillaume ne regrette pas d’avoir quitté Paris. Après de longues études en sciences humaines et sociales à Paris, incluant un doctorat, il a travaillé quelques mois en France, pour un salaire d’environ 2 000 euros par mois. En 2008, il répond à une offre du ministère des Affaires étrangères, qui offre des postes à l’étranger au sein des services culturels des ambassades à des non-titulaires. Guillaume raconte :

« Le ministère propose des postes dans toutes les parties du monde. Moi, je savais que je voulais aller à Beyrouth. »

Les conditions de recrutement, suivant les postes à pourvoir, se font sur dossier ou après des épreuves écrites. Les places sont rares : elles sont limitées par pays et par ambassade.

Guillaume envoie sa candidature, passe des entretiens. Trois mois plus tard, il se retrouve à Beyrouth. Son contrat, d’une durée de deux ans, peut être renouvelé un an. Il travaille du lundi au vendredi à l’ambassade de France, de 9h à 16h30.

Revenus : 6 500 euros par mois, en moyenne

  • Salaire : 1 800 euros

C’est le salaire de base d’un cadre contractuel du niveau de Guillaume. C’est ce qu’il gagnerait en étant en France.

  • Indemnité de résidence : 4 700 euros en moyenne

Différente pour chaque pays, elle est calculée selon différents critères : l’éloignement, le niveau de vie local, les conditions de sécurité... Elle est recalculée tous les trois mois pour s’adapter au taux de change, ou aux changements de conditions politiques, par exemple.

« S’il y a une guerre demain, c’est le jackpot ! » plaisante Guillaume. Il poursuit :

« Plus sérieusement, les tensions politiques et la menace permanente d’une nouvelle guerre expliquent l’indemnité importante que l’on reçoit au Liban. »

Ce n’est pas le cas de Guillaume, mais une indemnité est prévue (de moindre importance) pour le ou la conjoint(e) et les enfants des employés de l’ambassade.

Dépenses : 2 677 euros par mois

  • Loyer : 600 euros

Pour Beyrouth, c’est un loyer conséquent. Mais Guillaume habite seul un appartement de 100 m2 dans un quartier cher.

  • Loyer à Paris : 750 euros

Il continue à louer son appartement de 35 m2 à Paris, qu’il prête à des amis lorsqu’il n’est pas là, et dans lequel il retourne quand il rentre.

  • Eau : 10 euros

  • Electricité : 10 euros

L’eau et l’électricité ne sont pas chères. Par contre, les coupures sont fréquentes : trois heures par jour, il n’y a pas d’électricité.

  • Internet : 30 euros
  • Câble : 12 euros
  • Téléphone portable : 60 euros (appels locaux et vers l’étranger)

Le téléphone est très cher au Liban, situation qui s’explique par le fait le gouvernement détient les deux opérateurs de téléphonie mobile, et contrôle totalement le secteur. Heureusement, Guillaume n’est pas accro au téléphone, ce qui explique sa facture raisonnable.

  • Femme de ménage : 20 euros une fois par mois

Le personnel de maison n’étant protégé par aucune loi au Liban, les 200 000 femmes de ménage venant principalement des Philippines, du Sri Lanka ou d’Ethiopie sont payées une misère.

  • Transports : 85 euros

A son arrivée, Guillaume a acheté la première voiture de sa vie. Au Liban, il vaut mieux disposer d’un véhicule : pas de train, des bus au trajet incertain, ou des taxis sont les seuls moyens de transport possibles.

Assurance voiture : 25 euros ; essence : 30 euros ; taxi : 30 euros

  • Alimentation - restaurants : 500 euros

Courses alimentaires : 200 euros

Son budget est petit, et comprend tout pour la vie quotidienne : cigarettes, alimentaire, produits pour la maison. Il justifie :

« Je ne prends pas beaucoup de repas chez moi. Je vais au restaurant tous les midis et environ trois fois par semaine pour le dîner. »

Déjeuners et dîners : 240 euros et 60 euros, soit 300 euros

  • Mutuelle : 250 euros

Il paye une mutuelle proposée par le ministère des Affaires étrangères, qui est proportionnelle au salaire.

  • Avion : 300 à 400 euros

L’ambassade offre un voyage aller-retour tous les dix mois. Pour son travail, Guillaume voyage très souvent : une fois tous les deux mois. Il paye pour ses déplacements. Billets d’avion : 300 à 400 euros (en moyenne : 350 euros).

Loisirs et autres dépenses : 385 euros

Recommandée par le New York Times en première place des 44 meilleures destinations de 2009, la vie nocturne de la capitale libanaise est très dynamique : bars, boîtes de nuit, roof parties... Avec ses trente-cinq jours de congés par an et ses six jours de RTT, Guillaume en profite.

  • Sorties - cinéma : 110 euros
  • Vêtements : 75 euros

Sport : « Je cours malgré la pollution, donc c’est gratuit ! »

  • Epargne pour impôts : 200 euros

Il n’a pas encore payé d’impôts car n’a fait pour l’instant que quatre mois. Prévision : entre 2 000 et 3 000 euros par an, donc une moyenne d’environ 200 euros par mois.

A la fin du mois, il lui reste donc autour de 3 500 euros. Une somme qu’il épargne.

Guillaume est à Beyrouth pour 3 ans maximum. Après quoi, il rentrera en France. Sans indemnités, il gagnera environ 2 000 euros. Pour pouvoir repartir, et dans ces conditions, il lui faudra repasser un concours externe, ou bien passer le concours du ministère de la Fonction publique...

Malgré ces conditions de vie agréables, vivre à Beyrouth n’est pas toujours évident, notamment en raison des tensions politiques. A cela s’ajoutent la pollution, les nuisances sonores et la circulation difficile dans la ville. Mais c’est aussi ce qui fait son charme...

Mis à jour le 27/10 à 8h02. Ajout de la somme (3 500 euros) qu’il épargne.

Mis à jour le 27/10 à 12h40. Rectification du terme « concours » : il s’agit d’un dossier + LM + CV + entretien + commission pour les contractuels.




►Post scriptum, 30 janvier 2010 :
Ce porte-monnaie a déclenché des réactions pour le moins vives. Il n’a aucunement la prétention d’être représentatif de ce que gagnent tous les employés de l’ambassade de France à Beyrouth. Il est un exemple, réel, de ce que certains, avec ce statut, gagnent dans un pays à, risque. L’indemnité que reçoit Guillaume s’explique par ses compétences (il a un doctorat), son travail et les conditions de vie dans un pays où la guerre frappe régulièrement.

Quelques précisions :

  • La mutuelle à laquelle souscrit Guillaume est effectivement celle proposée par le Ministère des affaires étrangères, et elle est proportionnelle au salaire.

  • Il n’emploie une femme de ménage que quelques heures par mois.

  • Les voyages professionnels exigés par l’ambassade sont payés par celle-ci. En revanche, Guillaume fait d’autres déplacements professionnels, non obligatoires, et donc non payés.

  • Les horaires de travail, qui ne sont, en effet, pas inscrits sur le contrat de travail de l’intéressé, ont été précisés par lui à titre
    indicatif, comme une moyenne. Mais l’on sait tous qu’ils peuvent fluctuer en fonction du travail à faire et des évènements.

L.H.

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  • chenmawon
    chenmawon répond à HERGE17
    Pécore en stage d'observation (...)
    • Posté à 19h53 le 26/01/2010
    • Internaute 39820
      Pécore en stage d'observation (...)

    Lui visiblement non, mais d’autres si : j’ai croisé pas mal de fonctionnaires du MAE dans mes expériences à l’étranger, et certains touchent ce salaire tout en enchaînant des contrats.... Des profs de même ! ! Mais pas tout le monde vous devinez bien... Chez les profs, y’a les « expatriés » avec prime d’expatriation donc (contrat 2*3 ans), et les « résidents » (dont je fais partie), même boulot mais notre prime à nous s’appelle ISVL (indemnité spécifique de vie locale, et d’un montant nettement moindre, variant suivant les pays, mais généralement égale à 15% de l’IE) ! Et puis j’oublie les contrats locaux, mais là, mieux vaut que la législation du pays d’accueil soit solide ! !
    Tout cela donne généralement une belle ambiance....

  • Propergol
    Propergol
    Chasseur de troll
    • Posté à 19h55 le 26/01/2010
    • Internaute 24265
      Chasseur de troll

    J’adore ce genre de phrases :

    * Femme de ménage : 20 euros une fois par mois

    Le personnel de maison n’étant protégé par aucune loi au Liban, les 200 000 femmes de ménage venant principalement des Philippines, du Sri Lanka ou d’Ethiopie sont payées une misère.

    Une manière détournée de dire qu’avec 6000€ par mois il pourrait la payer plus que 20€ ^^

  • Tom Bombadil
    Tom Bombadil répond à Propergol
    Je ne suis pas un hobbit
    • Posté à 22h33 le 26/01/2010
    • Internaute 9759
      Je ne suis pas un hobbit

    Au Liban (j’y ai vécu dix ans également), une « bonne » à domicile corvéable 24h sur 24 pendant 3 ans coute 150 dollars par mois. Je ne sais pas combien de temps sa femme de ménage travaille chez lui, mais c’est une femme qui travaille en indépendant, et dans le marché libanais, ça pourrait être un assez bon deal, ça dépend du nombre d’heure de travail que ça recouvre. Dans mon expérience, les femmes de ménage sont payées entre 5 et 10 dollars de l’heure, plus souvent 5. C’est facile de dire qu’il pourrait la payer au smic, avec les charges sociales, mais dans la réalité, ça n’existe pas. Et les gens qui ont un salaire comme le sien à Beyrouth ont plutôt tendance à « prendre une sri lankaise », comprendre une esclave sous payée dormant dans un cagibi, ou sous la table de la cuisine, quand la vaisselle est finie.

  • Tonicek
    Tonicek
    Homme libre
    • Posté à 00h31 le 27/01/2010
    • Internaute 49231
      Homme libre

    C´est bien de traiter ce sujet,

    un train de vie plutot agreable, le pauvre c est dur ce qu il endure ... le cas de Beyrouth est particulier, mais le traitement est similaire dans n´importe quel pays.

    j´ai cotoye ce milieu un temps. Les salaires sont tres eleves.

    J´emettrai quelques reserves sur le mode de recrutement et sur le caractere meritocratique du systeme...il y a la regle et les exceptions bien sur.

    La majorite de ces fonctionnaires sont en poste 3-4 ans, et changent de pays ou bien rentrent en France (Paris ou Nantes je crois). Ils sont productifs la 2eme annee, la premiere est consacree a l´adaption et la derniere ... et bien c´est deja le depart.

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