Les Inrocks 26/01/2010 à 11h46

Elections syndicales : la police en plein vaudeville

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Camille Polloni | LesInrocks.com


Les élections professionnelles dans la police nationale, qui se déroulent jusqu’au 28 janvier, devraient consacrer la nouvelle force Union SGP-Unité Police, plutôt contestataire. Entre les syndicats, les invectives pleuvent.

100 000 gardiens de la paix et 20 000 officiers de police sont appelés aux urnes jusqu’au 28 janvier pour désigner les représentants qui siègeront dans les instances paritaires de la police, cruciales dans la gestion des carrières et l’orientation générale des politiques. Les élections syndicales auront été le théâtre de coups bas, de déchirements et d’attaques personnelles.

A ma gauche (mais ne dites pas qu’ils sont de gauche), chez les gardiens de la paix, deux syndicats fratricides se chicanent. L’Union SGP-Unité police, regroupant le Syndicat général de la police (SGP-FO) et Unité police, branche dissidente de l’Unsa Police en 2009, vise la majorité absolue des suffrages. Rien que ça. L’Union, c’est le jeune premier à succès, qui dit merde à papa.

La « vieille » Unsa police, qui veut garroter l’hémorragie, présente tout de même des listes. Première force des gardiens de la paix lors des dernières élections professionnelles en 2006 (41%), le syndicat n’espère plus que 10% cette fois-ci. « On n’est pas reparti de zéro mais de pas grand-chose », juge son secrétaire général, Philippe Capon.

A ma droite (mais ne dites pas qu’ils sont de droite), le syndicat Alliance Police Nationale, proche du gouvernement, est bien tranquille. Au pire il reste stable (36% en 2006), au mieux il gagne les voix de flics énervés par les luttes intestines de l’Unsa. Alliance porte tout de même sur la conscience d’avoir ouvert la brèche aux réductions d’effectifs en contrepartie de meilleures rémunérations.

« Nous avons obtenu de 100 à 200 euros par mois en plus pour les gardiens », se défend Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance. « Nous sommes dans un syndicalisme de proposition et de négociation. Leurs manifestations ne mobilisent personne », tranche Jean-Claude Delage.

L’œuf ou le poulet

Tous les syndicats dénoncent la « politique du chiffre » et la baisse des effectifs. L’Union SGP-Unité police, organisatrice de la manifestation du 3 décembre dernier, revendique la paternité de la contestation, pardon, de « l’opposition constructive », ne prêtant à ses concurrents que des projets de pillage.

Les deux syndicats dits « de gauche » affirment en cœur leur détestation de la « politique du résultat », des instructions écrites ou orales fixant des quotas de PV, et leurs besoins en effectif.

Pourtant, les attaques fusent. « On verra jeudi si l’Unsa police existe », lance Yannick Danio, contre l’adversaire qu’il juge « porte-parole du ministère », « pieds et poings liés avec Alliance ». Philippe Capon de l’Unsa Police rétorque :

« Certaines organisations syndicales font croire qu’elles montent sur la table et arrachent le lustre mais sont beaucoup plus timorées en réunion avec l’administration. »

Chacun s’accuse de piquer les idées du voisin pour ramener des voix mais de se coucher devant le ministre.

Une tradition de chicanes

La fragmentation syndicale dans la police ne date pas d’hier, mais de 1995. La disparition de la Fasp (Fédération autonome des syndicats de police), qui régnait en maître dans les années 1980 sous la férule de Bernard Deleplace, a provoqué l’émiettement.

Traditionnellement, ce syndicalisme policier se développait en dehors des grandes confédérations, mais la loi Perben de 2007 a obligé les syndicats à s’affilier aux grandes confédérations (FO, CGC, CGT), même si les liens sont lointains, ce qui ne fait qu’ajouter à la confusion.

Alors que la police compte un taux de syndicalisation frisant les 75%, les organisations se multiplient, se regroupent pour mieux scissionner, se rabibocher et se déchirer. « Il y a toujours des recompositions à l’approche des élections », explique Jean-Louis Loubet Del Bayle, spécialiste du syndicalisme policier à l’IEP de Toulouse.

« Chacun essaie de s’organiser pour rassembler le maximum de voix. » Le chercheur rappelle que le syndicalisme policier est assez « consumériste », puisque « les agents n’ont pas de difficultés à changer d’affiliation s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils souhaitent ». Pour lui, la politisation concerne « la tête » mais pas « la base ».

Aujourd’hui, le ministère avance une thèse de « gauchisation » de la police et de « recomposition de la Fasp » à travers l’Union SGP-Unité police. Thèse évidemment mise au rebut par toutes les organisations, qui refusent de se positionner politiquement.

Si la bataille est si rude chez les gardiens de la paix, c’est que les résultats, qui seront connus jeudi 28, conditionnent une bonne partie de l’avenir des organisations. Elles veulent acquérir ou conserver leur représentativité, être en position de force dans les négociations paritaires, où leur avis est presque toujours suivi, et toucher les précieuses subventions du ministère.

Du côté des officiers, les blocs équilibrés entre le Snop (légèrement majoritaire) et Synergie-officiers devraient perdurer. Les commissaires de police, eux, voteront en mai.

 ? Mise à jour le 27 janvier à 11h10. Unité police signale aux Inrocks.com qu’une décision du tribunal administratif de Cergy (octobre 2009) fait du syndicat le successeur officiel de l’Unsa police -syndicat unique, dont il est issu.

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  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 12h13 le 26/01/2010
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Pour l’Etat, le ver est dans le fruit. Malgré des salaires relativement élevés - Siné Hebdo montrait dans un de ces derniers numéros la différence de traitement entre un prof et un policier - les conditions de « travail » des policiers se détériorent. Au manque d’effectifs s’ajoute donc logiquement des « états d’âme ».
    Bien que l’adhésion à de « grandes centrales ouvrières » représentent pour le syndicalisme une corruption - le type des RG qui te piste ou celui qui te fout un coup de matraque est aussi syndiqué à la CGT, camarade - l’appartenance à un ensemble inter-corporatiste peut favoriser des retournements inattendus.
    D’un côté il y a les « bavures » qui deviennent récurrentes dans les quartiers. De l’autre, moins connue et tue aussi bien par la hierarchie que par les syndicats, une souffrance intenable qui amène parfois au suicide. La police, comme le reste de la société, voit se manifester les signes de la crise vécue par tous.

  • KLeM75
    KLeM75 répond à nono le simplet
    artisan
    • Posté à 14h02 le 26/01/2010
    • Internaute 75079
      artisan

    Moi aussi c’est l’info qui me surprend le plus 75% de syndiqués.
    Pourquoi ce taux record alors que la moyenne nationale tourne autour de 8%, il me semble ?

  • Camille Polloni
    Camille Polloni répond à KLeM75
    Auteur(e) de l'article LesInrocks.com
    • Posté à 14h29 le 26/01/2010
    • Internaute 62825
      LesInrocks.com

    Le syndicalisme dans la police est reconnu depuis 1946 (contrairement à la gendarmerie). On peut sans doute expliquer ce fort taux de syndicalisation par l’impression d’appartenir à une « profession particulière » et par le poids du paritarisme dans l’avancement des carrières.

    Jean-Louis Loubet Del Bayle, le chercheur cité dans l’article, l’explique comme ceci dans une de ses publications :

    « Certains expliquent ce phénomène par la recherche d’une compensation au poids des sujétions que l’institution, du fait de ses caractéristiques organisationnelles (hiérarchie, discipline, etc.) et fonctionnelles (risques, stress, disponibilité, etc.) fait peser sur ses agents, en les poussant à rechercher une assistance pour faire face aux difficultés personnelles qu’ils peuvent être amenés à rencontrer au cours de leur carrière et de leur activité professionnelle. L’importance de la syndicalisation peut aussi être liée à la recherche d’un substitut fonctionnel à l’ultima ratio du recours à la grève, dont les policiers se trouvent privés. Il est aussi possible d’y voir une manifestation de l’esprit de corps. [...] Enfin, le syndicalisme policier doit sans doute une partie de son succès à son côté clientéliste, aux services à caractère social qu’il assure à ses adhérents et à son influence dans la gestion administrative des personnels, par exemple en matière d’avancement ou de mutation. »

    (« L’état du syndicalisme policier », Revue française d’administration publique n°91, juill-sept. 1999.)