A débattre 25/01/2010 à 21h01

La parole aux femmes en burqa que les députés veulent dévoiler


La publication du rapport de la mission parlementaire sur l'interdiction de la burqa était prévue seulement mardi. Mais Le Figaro s'est procuré le texte et a révélé ce lundi les conclusions des élus. Ce document confirme que les députés ont finalement renoncé à une loi bannissant ce voile intégral dont Nicolas Sarkozy avait dit l'an dernier qu'il n'était « pas le bienvenu en France ».

En lieu et place d'une loi d'interdiction générale -qui aurait été difficilement applicable, comme le reconnaissait encore ce lundi matin Michèle Alliot-Marie- la mission préfère une résolution votée par l'Assemblée assorties de « dispositions législatives » pour interdire la burqa dans tous les services publics, y compris les hôpitaux et les écoles. On apprend au passage que conduire leur serait aussi interdit.

Une vision pour le moins extensive de l'interdiction... Le PS a fait savoir dès la fin de semaine qu'il ne voterait pas le texte. Toujours dans Le Figaro, on apprend qu'un député siégeant dans le commission aurait déclaré : « Il faut leur rendre la vie impossible, pour endiguer le phénomène. »

Aucune femme intégralement voilée écoutée

Avant de trancher, les députés ont entendu des dizaines de spécialistes, parmi lesquels la sociologue des religions Leila Babes, dont Rue89 avait publié en 2009 l'intervention devant les députés. Ils n'ont en revanche reçu aucune femme vêtue du voile intégral, dont les RG ont estimé qu'elles étaient environ 400 en France.

Agnès de Féo, réalisatrice, en a rencontré certaines dans le cadre d'un documentaire diffusé depuis la semaine dernière par Oumma.com. De longs entretiens clairement hostiles à toute interdiction, interrompus par le décryptage de Raphaël Liogier, professeur de sociologie à l'IEP d'Aix-en-Provence (manifestement tout aussi hostile au bannissement du voile intégral).

Alors que le film ouvre sur des extraits du débat politique (et notamment Nadine Morano qui s'étouffe sur RTL : « il y en a même à Eurodisney ! »), une demie-douzaine de femmes dont on devine que certaines sont jeunes se succèdent devant le micro. Elles parlent de leur foi, répliquent qu'un visage dévoilé n'a jamais impliqué la probité et s'interrogent :

« Mais de quoi ont-ils peur ? ! »

Mais le passage le plus saisissant tient au discours qu'elles tiennent sur leur liberté à elles. Nicolas Dupont-Aignan, Fadela Amara et de nombreux autres les disent « en prison » ? L'une argue « je suis heureuse, épanouie », l'autre « je ne suis pas contrainte ». (Voir la vidéo)

Nadine Morano et Aurélie Filippetti en appellent à « l'idéal républicain » de liberté et d'autres à l'héritage du féminisme ?

Les femmes interviewées par Agnès de Féo n'en démordent pas : elles se définissent comme l'incarnation-même du discours féministe. Parce qu'elles choisissent. Certaines se montrent même carrément offensive à l'endroit des féministes et interrogent : « Où êtes vous ? Vous devriez être à nos côtés. » (Voir la vidéo)

Ce film assume le fait de relayer une parole trop ignorée des médias - voire la réhabiliter. A vous de vous faire votre avis : l'intégralité du documentaire est accessible gratuitement sur Oumma.com. Mais regardez ce dernier extrait, sur l'austérité, le noir comme couleur et la négation de la mode féminine. (Voir la vidéo)

Intéressant : la parole de ces femmes nous échappe le plus souvent. Ici, on découvre au moins la représentation qu'elles se font d'elles-mêmes. En interview, l'universitaire Raphaël Liogier précise :

« Elles sont volontaires de leur volonté au sens où l'entend Heidegger. »


Une femme voilée et son mari (MYKAIA)

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  • mamane
    mamane
    le futur c'était mieux avant
    • Posté à 21h37 le 25/01/2010
    • Internaute
      le futur c'était mieux avant

    incroyable ! Ce ne sont sont pas des fantômes, ni des monstres, ni des prisons ambulantes, etc... mais des êtres humains.

    Les médias et les politiciens de tout bord ont employé tout les termes pour décrire les femmes portant le niqab, et non la burqa (qui sonne plus taliban, ben laden, 11 septembre et fait peur), sauf les termes « êtres humain »... Du moins sans précedé d'une négation.

    Et comme disait Hannah Arendt, « le totalitarisme, c'est la négation de l'humain », d'ailleurs seul les êtres humains et les animaux en laisse peuvent circuler dans la rue, mais pas les porteuses niqab.

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 21h40 le 25/01/2010
    • Internaute
      espère malgré tout

    Je suis contente que vous évoquiez enfin un point de vue différent !

    Je suis contre une loi interdisant le port du voile intégral. Pourquoi ? D'une part parce que ça aura un effet pervers, à savoir le renforcement du port de ce vêtement par esprit de contradiction (est-ce que les filles ont arrêté de porter le voile parce qu'elles n'ont pas le droit de le porter à l'école ? Non, elles le portent encore plus) ; d'autre part, parce que je pense que ce n'est qu'un épiphénomène dont on fait une affaire d'état ; enfin, parce que je vois difficilement comment on peut légiférer en ce sens, alors que la loi sur la laïcité GARANTIT le LIBRE exercice de la religion. Que ce vêtement soit un réel précepte religieux ou non, là n'est pas la question. La question est que ces femmes ont fait le choix de porter ce vêtement, et que la laïcité à la française leur garantit normalement ce droit - eh oui, on a tendance à oublier cet aspect de la loi : les religions n'ont pas à s'ingérer dans les affaires de l'Etat (sauf si l'Etat les consulte sur des questions sociétales, ce qui est normal puisqu'elles représentent une certaine catégorie d'opinion), mais l'Etat n'a pas non plus à s'ingérer dans les affaires des religions. L'Islam n'a pas d'autorité supérieure qui puisse interdire de manière dogmatique à ces femmes de porter le voile ? Et bien tant pis pour eux, c'est leur problème.

    Moi aussi ça me choque que des femmes ressemblant à des fantômes puissent me croiser sans que je puisse les identifier. Mais une loi est, je pense, hors de propos.
    Avec le voile c'était la même chose : au début, la mission parlementaire voulait interdire son port dans tous les lieux publics. Mais c'était clairement dirigé contre l'Islam : je pense que ça ne viendrait à l'idée d'aucun politique d'interdire à une religieuse de faire tomber le voile quand elle entre dans un bâtiment public !

  • steed1
    • Posté à 08h36 le 26/01/2010

    Les femmes interviewées se définissent comme l'incarnation du féminisme ?
    Alors celle là elle est bien bonne !

    La burqa est à l'origine le vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan, imposé par le régime taliban. Le niqab, lui, est un voile intégral complété par une étoffe qui ne laisse apparaître qu'une fente pour les yeux, Il s'est répandu sous l'influence de l'islam wahhabite et ses fidèles salafistes, surtout en milieu urbain. Certaines femmes y ajoutent même des lunettes de soleil et des gants, voire un masque.

    En octobre 2009, le cheikh Mohammed Sayed Tantaoui, imam de la mosquée al-Azhar du Caire a notamment demandé à une étudiante d'enlever son voile intégral en expliquant que « le niqab n'est qu'une tradition, il n'a pas de lien avec la religion ni de près, ni de loin ».

    La pensée féministe, elle, vise en particulier l'amélioration du statut des femmes dans les sociétés où le féminisme considère que la tradition établit des inégalités fondées sur le sexe.

    S'il ne fallait retenir qu'une chose du féminisme c'est qu'il est un combat contre la tradition.
    Il existe pourtant bien un courant féministe islamique, tout comme il existe un féminisme catho ou juif, mais celui qu'elles mettent en avant est un hold-up idéologique.

  • mick69
    mick69
    punk
    • Posté à 09h28 le 26/01/2010
    • Internaute
      punk

    Rappelons que les conquêtes féministes des sixties n'ont été possibles que parce qu'à l'époque, on n'a tenu strictement aucun compte

    - de la parole des femmes « traditionalistes », pourtant très nombreuses
    - de la parole des religieux

    Se mettre à l'écoute des femmes salafistes et de l'imam qui se cache derrière est donc un bon moyen de faire régresser.les droits humains

    Se présenter à visage découvert, c'est le b-a-ba de la politesse et de l'échange en France

  • DeSuisse
    DeSuisse
    Je pense donc je gêne !
    • Posté à 11h17 le 26/01/2010
    • Internaute
      Je pense donc je gêne !

    En appeler aux féministes pour justifier un choix ayant pour origine le caractère obscène du corps de la femme, c'est assez fort de café...

    Mais nous n'en sommes pas à une incongruité près dans ce débat où on voit des gens de gauche défendre la réclusion sous pretexte de liberté..