à la une 22/01/2010 à 10h24

Affaire Proglio : les plus belles marches arrière

François Krug | Journaliste Rue89



Christine Lagarde au ministère des Finances, le 15 janvier (Charles Platiau/Reuters)

Le patron d'EDF et Veolia avait raison de vouloir un double salaire, il a raison de ne plus en vouloir. Après le palmarès des plus belles excuses bidons pour le double salaire d'Henri Proglio, nous vous proposons d'élaborer celui des rétropédalages les plus acrobatiques. Mention spéciale à Christine Lagarde, qui refuse d'« effeuiller les marguerites du passé ».

Fillon : c'est « sage »

  • Avant : la sagesse imposait de nommer Henri Proglio. « Il faut que les choses soient très claires : on a choisi Henri Proglio parce qu'on [en] avait besoin », avait expliqué le Premier ministre.
  • Après : la sagesse imposait de renoncer au doubler salaire. François Fillon participait à un meeting ce jeudi, quelques heures après l'annonce du renoncement d'Henri Proglio à son double salaire. Il a été le premier à devoir se dévouer pour un rétropédalage, et il a choisi la sobriété : « C'est une décision sage, dont je me félicite. »

Lagarde : oublier les « marguerites du passé »

  • Avant : Christine Lagarde avait déjà dû se livrer à un joli rétropédalage. Elle avait d'abord expliqué qu'il n'était « pas question de cumul de rémunérations ». Face à la polémique, elle avait ensuite précisé sa pensée, expliquant qu'Henri Proglio devenant président « non exécutif » de Veolia, il n'y aurait pas vraiment de cumul des salaires : « Moi j'avais fixé un principe : pas de cumul opérationnel, donc pas de cumul rémunérationnel. »
  • Après : Christine Lagarde a couvert Henri Proglio de compliments, ce vendredi matin sur Europe 1. C'est « un homme intelligent, un grand patron et un passionné, donc il n'est pas autiste ». La ministre de l'Economie préfère oublier la polémique, et nous livre une jolie métaphore : elle souhaite « qu'on ne passe pas son temps à effeuiller les marguerites du passé », mais se concentrer sur l'avenir d'EDF. (Voir la vidéo.)

Pour Lefebvre, du « panache »

  • Avant : pour défendre Henri Proglio, Frédéric Lefebvre estimait que la double rémunération ne permettrait même pas au double patron de garder son pouvoir d'achat actuel. « Sa rémunération cumulée est moins
    élevée que celle qu'il percevait lorsqu'il était seulement président de
    Veolia », affirmait-il.
  • Après : c'est une décision « pleine de panache », juge Frédéric Lefebvre sur RTL. Le porte-parole de l'UMP se félicite qu'Henri Proglio mette fin à la polémique, pour se consacrer pleinement à EDF. Mais alors, finalement, il ne s'occupera pas en même temps de Veolia ? Frédéric Lefebvre est un peu embarrassé. (Ecouter le son)

Audio file

Lefebvre à propos de Proglio sur RTL

L'esquive de Copé

  • Après : le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale ne se mouille pas plus, même si Henri Proglio est « quelqu'un de très grande qualité ». Après tout, « c'est sa décision », explique-t-il à France Inter. (Ecouter le son.)

Audio file

Copé à propos de Proglio sur France Inter

Vous avez repéré un autre rétropédalage spectaculaire, ou vous en avez imaginé un vous-même ? Participez au palmarès dans les commentaires.

► Mis à jour le 22/1 à 12h50 avec la vidéo de l'interview de Christine Lagarde et la réaction de Jean-François Copé.

► Mis à jour le 22/1 à 14h avec la réaction de Frédéric Lefebvre.

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  • Bruno_bxl
    Bruno_bxl
    informaticien
    • Posté à 11h37 le 22/01/2010
    • Internaute
      informaticien

    « Moi j'avais fixé un principe : pas de cumul opérationnel, donc pas de cumul rémunérationnel. »

    De l'art du contorsionnement sémantique...

    Parmis les multiples « responsables » politiques qui seront obligés de se désavouer, lequel osera parler du fameux « contexte » ?

    Cela dit, personnellement, le retournement de Proglio m'ennuie. Je comptais justement demander à mon patron de transformer mon salaire en indémnités afin que comme la publiquement exprimé Proglio, je puisse ne consacrer qu'une heure ou deux par semaine à mon activité.

  • alberich
    • Posté à 11h38 le 22/01/2010

    « A l'UMP aussi, on choisit de souligner la “sagesse” de Jean Sarkozy. Les mêmes qui, hier, s'évertuaient à justifier une candidature qu'ils qualifiaient de légitime et opportune, affirment désormais que Jean Sarkozy a eu raison de renoncer.
    “C'est une décision sage, mûrement réfléchie, c'est aussi une décision qui montre l'esprit de responsabilité de Jean Sarkozy”

    CQFD

  • ElTitouBolivar
    ElTitouBolivar
    InsomniaK
    • Posté à 12h41 le 22/01/2010
    • Internaute
      InsomniaK

    Je propose un Tour de France à l'envers pour nos « gouvernants »...parce qu'en rétropédalage ils sont tellement forts qu'on aurait enfin une chance de voir un français sur le podium... et sans dopage !

  • Filoulou
    • Posté à 16h05 le 22/01/2010

    D'après la loi de nationnalisation de 1946, EDF devrait avoir à sa tête un Président du conseil d'administration et un Directeur Général, tous les deux nommés en Conseil des Ministres.
    Par un tour de passe-passe, depuis quelque temps les deux fonctions ont été réunies sur la même tête d'un Président-Directeur Général, ce qui ne va pas dans le sens d'un meilleur management mais dans celui d'une plus grande tranquillité du gouvernement pour mieux « contrôler » EDF (c'est un euphémisme).
    Il faut savoir que si le Président venait traditionnellement du monde politique, le Directeur Général était normalement issu de l'Entreprise, et qu'à ce titre son salaire était en rapport avec celui du haut management d'EDF ; il faut reconnaître qu« à cette époque, ce management avait une forte culture du Service Public et que sa préoccupation première n'était pas de se goinfrer de salaires miribolants, en fin de compte payés par le consommateur d“énergie électrique.
    Les choses ont dérapé depuis cette réunion des casquettes sur une même tête. De ce point de vue, il serait intéressant de rappeler l'évolution des revenus versés aux dirigeants d'EDF depuis le duo Gilles Ménage-Jean Bergougnoux (ce qui nous ferait partir du début des années 1990).
    Ainsi, le rétropédalage constaté, c'est bien ; mais le salaire de M.PROGLIO, ça ne va pas encore ; en première estimation, pour revenir à des choses en accord avec l'éthique de l'Entreprise que lui a confié le gouvernement, il faudrait au moins le diviser par cinq. Alors, encore un effort de rétropédalage à fournir par les politiques, pour lesquels, dire souvent le contraire de ce qu'ils pensent est constitutif de leur activité.