a debattre 20/01/2010 à 17h31

Air France : faire payer les gros plus cher, une discrimination ?

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Obèses aux Etats-Unis (Tobyotter/Flickr)

C'est le retour d'une vieille polémique qui mêle droit et politique commerciale. Si une compagnie aérienne ne transporte pas des tomates en conserve mais des humains, elle doit à chacun un prix relatif au service rendu, et pas au kilo de passager transporté. Ce qui n'est pas le cas d'Air France.

Les personnes en surpoids dénoncent cette pratique s'étonnant de l'annonce de la compagnie mardi de proposer un second siège à 75% du prix aux personnes ayant un tour de taille supérieur à 135 cm.

« Ça fait des années qu'on en discute, à la demande d'Air France. Mais ce n'était pas officiellement signalé aux voyageurs. Là, on trouve ça cher et c'est une mesure violente et discriminatoire », relève Béatrix de Lambertye, porte-parole de l'association Allegro Fortissimo.

Dans son démenti ce mercredi, Air France conteste le caractère obligatoire du deuxième billet. L'association n'est pas convaincue : « Au cas où l'avion soit complet, on pourrait nous demander de débarquer si on n'avait qu'un siège. »

Air France cherche à se protéger. En 2007, dans l'affaire Jauffret, elle avait été condamnée à payer à 8 000 euros pour préjudice moral à un passager qui avait dû payer un second siège pour rentrer de New Dehli. Au risque de faire de la vente forcée.

« Pourquoi les anorexiques paient plein pot ? »

L'idée d'un prix qui serait fonction du poids a été avancée par l'iconoclaste Ryanair. La compagnie low cost, qui a aussi pensé à faire payer ses toilettes, avait fait un sondage auprès de ses clients et plus de 40% d'entre eux étaient favorables à une taxe basée sur l'indice de masse corporelle des clients.

Dans ce cas « pourquoi les anorexiques paient plein pot ? » provoque Allegro Fortissimo. Plus sérieusement, les obèses ne sont pas les seuls à avoir besoin de place dans un avion, détaille Béatrix de Lambertye :

« Les femmes enceintes, personnes handicapées ou marchant avec une canne ou ceux qui ont un bébé ont également besoin de place.

Sans compter que, comme le montrent les campagnes de mensuration, en 36 ans, les femmes ont pris une taille et les hommes plus de 5 kilos, or les avions n'ont pas grandi. Ils ne sont pas seulement inconfortables pour les personnes corpulentes mais aussi pour les grands. »

L'association voudrait de son coté que les personnes qui ont besoin de plus d'espace, parce qu'ils sont gros, grands, vieux, ou voyagent avec un bébé, aient des sièges plus larges, un peu comme ceux de première classe mais surtaxés de seulement 15%. « Qu'on paie plus cher si on a un meilleur service, c'est normal », relève Béatrix de Lambertye, d'Allegro Fortissimo.

« Contraire aux droits fondamentaux »

Les compagnies aériennes ne peuvent faire une politique deux poids, deux mesures. Comme l'explique Xavier-Philippe Gruwez, avocat du cabinet Saint-Georges Conseil, interrogé par L'Expansion :

« Fixer des tarifs en fonction d'un poids est contraire aux droits fondamentaux, au principe de non discrimination reconnu en droit interne ainsi qu'au plan international, et particulièrement au principe de la dignité humaine érigé depuis 1994 par le Conseil constitutionnel en principe fondamental.

On ne peut heureusement pas justifier un prix différent uniquement parce qu'une personne est handicapée. Mais parce que les services rendus sont différents. »

L'agence canadienne du transport aérien a ainsi du rappeler la règle d'« une personne-un tarif », après que deux compagnies ont tenté de surtaxer les obèses.

Si c'est pas l'obèse, c'est son voisin qui est gêné

Car aux Etats-Unis, où 34% de la population souffre d'obésité, les compagnies se plaignent surtout de faire face aux plaintes de passagers qui se sentent comprimés par leur voisins. Sur Southwest Airlines, il a ainsi été décidé de proposer aux personnes obèses un deuxième siège, au prix du premier.

Même discours chez United Airlines : la compagnie a décidé en avril que les personnes ne trouvant pas les deux sièges dont ils avaient besoin devraient acheter deux sièges dans l'avion suivant. Comme pour Air France, le passager refoulé qui ne voudrait pas payer double pourrait se faire rembourser sans frais.

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  • Mahnmut
    Mahnmut répond à vecchia
    • Posté à 20h45 le 20/01/2010

    Le poids est important dans le calcul de rentabilité d'un vol, parce que plus de poids = plus de carburant consommé. en gros. si j'ose dire.

    Seulement, sur un avion de plusieurs centaines de tonnes (entre 160 et 215 pour un 747 par exemple), je ne suis pas certain qu'un passager qui pèse 80kg de plus que la moyenne des autres passagers influe énormément sur la-dite rentabilité.

    en fait, Air France a l'air de se préoccuper plus du « volume » provoqué par le sur-poids que de leur poids lui-même.

    l'unité de mesure étant le siège, un ou une anorexique, s'il flotte dedans, ne peut pas prétendre à une ristourne puisqu'il occupe un siège. a contrario, quelque soit son poids, une personne qui ne rentre pas dans un siège « dépasse » l'unité, et de 1.1 siège à 1.99 siège, la compagnie bloque deux sièges.

    Air france veut faire payer en cas d'avion plein, pour garder sa pleine rentabilité sur tous les siège vendable.

  • Reactionachaud
    Reactionachaud
    Etudiante
    • Posté à 20h51 le 20/01/2010
    • Internaute
      Etudiante

    Voyageant tres souvent aux Etats-Unis, je trouve consternant de payer une fortune mon billet d'avion pour me retrouver bloquer entre deux personnes corpulentes dans un voyage de plus de 10 heures.... Au final, je paye pour une place entiere alors que je n'en utilise que la moitie. Ces personnes doivent en effet prendre les dispositions necessaires pour ne pas deranger les autres passagers (je n'y peux rien si elles ne correspondent pas aux standards des companies aeriennes, tout ce que je veux c'est voyager tranquille). Je n'ai jamais eu de reduction de tarifs par les companies dans ces cas la par contre..... Pourquoi donc ne pas creer des sieges plus larges dans les premiers rangs des classes economiques (au niveau des sorties de secours) , comme il existe deja pour les personnes de grandes tailles ?

  • A.V.
    • Posté à 22h13 le 20/01/2010

    La solution est de pondérer le poids du passager par ses bagages. Exemple :
    Je suis un homme et je pèse 70 kg. J'ai droit à 20 kg de bagages.
    Je pèse 85 kg, je peux emporter 10 kg.
    A 95 kg, 3 kg de bagages.
    105 kg, 1 trousse de toilette.
    + 110 kg, 1 brosse à dents.

    Autre solution : réduire la largeur de la porte d'accès à l'avion à 135 cm ou moins, et prétendre que ça rend le fuselage plus rigide.

    L'article parle aussi des anorexiques. Lorsque c'est possible, pourquoi ne pas obliger un gros qui occupe 2 places à prendre une anorexique sur ses genoux ? Les deux paient plein tarif et voyagent à l'aise.

  • gensho
    gensho
    étudiant
    • Posté à 22h21 le 20/01/2010
    • Internaute
      étudiant

    Ca m'énerve cette idée qu'on ne peut pas discriminer en France. La constitution le permet du moment que c'est un groupe partageant une caractéristique commune qui est l'objet d'une différenciation. Ainsi la SNCF « discrimine » les 26-59 ans qui n'ont droit à aucun tarif préférentiel. De même, des habitants d'une île payeront un péage moins cher pour rejoindre le continent que les continentaux à cause de l'obligation d'emprunter le pont (CE, 1973, Desnoyer et Chorques). A partir de là, si une personne ne rentre pas dans un siège, elle doit en payer deux, ça me semble logique.