Vie de bureau 17/01/2010 à 21h42

Vols au bureau : ces employés qui chipent sans chipoter

Anna Benjamin | Rue89

Utiliser un stylo du bureau, glisser son courrier perso dans celui de l'entreprise pour gratter quelques timbres, rapporter des ramettes de papier à la maison, où s'arrête la rémunération légitime et où commence le vol en entreprise ?

Une étude a été menée en Grande-Bretagne pour tenter d'évaluer le degré d'honnêteté des gens. Sur les 15 000 personnes interrogées, deux tiers des individus avoue avoir déjà volé des fournitures de bureau au travail. Et les exemples ne manquent pas.

« Un moyen politique de résistance contre l'injustice au travail »

Le sociologue François Bonnet a mené des travaux sur « le vol en interne » et a décortiqué les différentes approches sur le sujet :

« Il existe un grand débat. Pour la littérature économique et de management ces vols sont considérés comme de la délinquance. Au contraire, pour la littérature sociologique, c'est une façon pour les salariés de contester une situation, c'est un moyen politique de résistance contre l'injustice au travail »

Lui explique ces vols comme des actes avant tout routiniers, qui se produisent au sein de toutes les entreprises :

« Dans des enquêtes par autorévélation (on demande aux enquêtés eux-mêmes de rapporter leurs crimes) qui ont été mené en France, en Chine ou aux Etats-Unis, les salariés sont plus ou moins un tiers à avouer voler, alors qu'on sait qu'ils sous-déclarent leurs vols [ils les dissimulent au moins en partie, ndlr].

Je pense que c'est plutôt un acte purement automatique, qui se fait en fonction des opportunités et de la surveillance, et non une déviance par rapport à une norme. On vole donc ce qui est le plus facile à voler.

C'est quelque chose de routinier et intégré au monde de l'entreprise et à la société de consommation. La surveillance du vol par les entreprises se fait plus dans une logique de tolérance et d'acceptation, afin d'éviter de plus gros vols. »

« Il faut que je me rémunère d'une façon ou d'une autre »

José, en stage dans une agence d'évènementiel, avoue s'être allègrement servi :

« Je prend des stylos qui valent cher, pour écrire sur des CD par exemple, des ramettes de papier, du beau papier aussi. Je me sers des machines à relier, je fais beaucoup de photocopies et j'imprime beaucoup de documents personnels.

Je considère qu'il faut que je me rémunère d'une façon ou d'une autre. Donc ça ne me pose pas de problème dans la mesure où c'est justifié. »

En juin, Eco89 publiait un article sur ce sujet, et dans les commentaires, Sarko...file semblait trouver ça plutôt normal lui aussi : « Quand je bossais l'été a la voirie de la ville de rennes, oui tout le monde se servait plus ou moins pour ses petits travaux a faire chez soi, et je ne trouve pas ca inadmissible. »

Dans l'entreprise de Yémi, « tout le monde se sert » :

« Ramettes de papier, fournitures diverses, ordinateurs portables, matériel et périphériques informatique (ça va du cable RJ45 [qui sert à connecter un ordinateur à un réseau, ndlr] à l'onduleur ou unité centrale). Des projecteurs disparaissent, et bien d'autres choses encore (produits d'entretien, sans parler de la cantine). »

Magenta explique avec humour que « Moi, quand j'emportais rien, j'avais l'impression d'oublier quelque chose. »

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  • Caparut
    Caparut
    Mécréant de la pire espèce
    • Posté à 22h29 le 17/01/2010
    • Internaute
      Mécréant de la pire espèce

    Moi-même, suis un voleur. L'autre jour j'ai piqué une vingtaine de feuilles de papier pour mon imprimante perso.
    Encouragé par l'exemple venant d'en haut, j'ai décidé de devenir délinquant et de me payer désormais sur la bête.

  • ApollonduRéverbère
    • Posté à 22h36 le 17/01/2010

    Depuis quelques années, j'use des bénéfices que mon employeur omet de me remettre sur mon bulletin de paye comme il le devrait puisque je le fais vivre et lui permet de prospérer. J'emporte donc ce qui m'est strictement nécessaire quand je le peux mais jamais de l'inutile : carnets de timbres, cartouches pour mon imprimante quitte à les commander quand elles ne sont pas en stock, papier sopalin, savon pour les mains (du bon en passant), des stylos à plume (les autres sèchent rapidement). Pour le reste, je me paye en heures sur internet.
    C'est très peu de choses en regard de ce que mon employeur me doit, très peu croyez moi.
    Ai-je honte ? Oui pour mon employeur. Autrefois il y avait l'arrêt maladie, on se disait que c'était un moyen de faire travailler d'autres personnes et de récupérer l'indu, maintenant j'ai des besoins à satisfaire et les scrupules m'ont abandonné. Seules les crapules réussissent, c'est le secret. MDR

  • ruffryders
    ruffryders
    Jusqu'a la mort - La vie ne (...)
    • Posté à 22h59 le 17/01/2010
    • Internaute
      Jusqu'a la mort - La vie ne (...)

    dès que l'on vole en quantité au bureau c'est la preuve d'un malaise sur le lieu de travail et il faut penser a s'enfuir de la , moi meme j'ai travaillé dans le hard selling et ca se passait mal l'entreprise ou je travaillais payait en retard les bonus ou pas du tout et donc je m'étais fixé comme regles de voler une chose au minimum chaque jour de travail , mais cela n'est pas sain autant aller voir ailleurs un endroit ou l'on est respecté et ou l'on respecte son materiel,

  • netchou
    netchou
    A l'écoute.
    • Posté à 23h33 le 17/01/2010
    • Internaute
      A l'écoute.

    Perso ,ce que j'ai toujours apprécier de « détourner » dans mon taf,ça aura été le temps de libre,aller faire les asperges sauvages dans les collines,faire des tofs de tous les lieux que je fréquente en bossant,passer rapidement au marché (rarement au super.à cause des caméras de surveillance : -)) ).
    L'essentiel étant de rendre un juste équilibre entre ce qu'on me donne et et ce que j'estime faire en échange.
    20 ans que cela dure et ce que j'ai pris, on ne pourra pas me demander de le rendre !

  • Travailler moins pour vivre mieux
    • Posté à 23h46 le 17/01/2010

    La frontière entre la vie professionnelle et personnelle tombe, ce sont les spécialistes qui le disent.

    Les employeurs font en sorte que leurs employés continuent de travailler chez eux (après avoir fait leur temps de travail au bureau) sans avoir à les rémunérer.

    Combien de fois mon patron m'a envoyé des mails le soir, le week-end, pendant mes vacances. Je répondais donc, j'envoyais des mails à mes fournisseurs, petit à petit je me justifiais en disant que je m'avançais dans mon travail et que c'était bien.

    J'imprimais avec mon papier, mes cartouches d'encre et gravais sur mes CD. Mon patron ne m'a jamais donné de prime, ni d'augmentation pour ça (me refusant même une matinée pour aller emmener mon fils chez le médecin ou autre).
    Je me suis aperçue qu'il payait le forfait internet de certains cadres (mais pas le mien) et que ces cadres (chers payés) piquaient (parce que là c'est du vol) des CD, DVD, ramettes de papier pour leurs gosses.

    Je me suis dit alors que ce qui était à lui était à moi, le bureau était mon 2e chez moi, ce que je prenais n'était surement pas du vol, mais juste retour des choses.

    Le pire c'est que je me sentais coupable. Faut vraiment être conne !

  • lifka
    • Posté à 23h47 le 17/01/2010
    • Internaute

    Et ceux qui utilisent à l'inverse leur propre matériel (ordinateur, imprimante, téléphone) et leurs propres fournitures pour les besoins de leur travail sans jamais se le faire rembourser ou en prenant juste de temps en temps justement un stylo ou une ramette de papier ? Sans compter le temps « caché » passé parfois à résoudre ses problèmes de travail tout en faisant son ménage ou sa vaisselle, quelqu'un a enquêté là dessus ?

  • Tom-
    • Posté à 00h25 le 18/01/2010

    Mon précédent patron avait réglé le problème. On achetait nos fournitures sur notre propre fric.
    Si tu voles une ramette, c'est pas la boite qui est lésée, c'est le collègue.

  • Irfan
    • Posté à 02h06 le 18/01/2010
    • Internaute

    Aux Galeries Lafayette, il y a une somme allouée par étages ou par services, je ne sais plus trop, pour le matériel : quand il n'est pas dépassé, cela donne une prime aux employés concernés.
    Comme je n'étais là que pour 2 mois, plusieurs années d'affilées, cette prime en particulier ne me concernait pas, mais plusieurs de mes collègues m'encourageaient, quand j'étais en caisse, à ne pas donner plusieurs sacs plastiques (ce qui se « fait » pour les touristes, un sachet par bibelot, ou plusieurs beaux sacs en papier pour des achats conséquents), ou quand j'étais en bureau ou en accueil, à ne pas donner trop de plans, pas trop imprimer, etc.
    Bien sûr, en caisse, il n'y avait rien à piquer à part des sacs, mais c'est parfaitement accepté, ou de l'argent, mais là évidemment c'est un risque et un vrai vol.
    D'ailleurs ce travail d'été était bien payé (pour un travail d'été et un jeune qui peut finir le soir, s'entend : les grands magasins sous-payent HONTEUSEMENT leurs employés - alors que la pub, la déco, tout ça...) donc ça ne donnait absolument pas envie de « se » payer. Même si pour certains employés qui bossent là depuis 20 ans, gagner à peine plus que le SMIC et voir des rupins toute la journée, ça en a fait déraper plus d'un !