A débattre 17/01/2010 à 11h33

Partis et médias au plus bas du « baromètre de la confiance »

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Voici une étude qui devrait provoquer une sérieuse introspection en France, mais qui est sortie récemment dans une grande discrétion.

Il s'agit du « Baromètre de la confiance politique », désormais annuel, du Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof), un groupe de recherche de Sciences Po.

Ses indications sont accablantes pour la classe politique, mais aussi pour les médias, et elles sont pessimistes sur l'avenir du pays.

Trois chiffres résument l'état d'esprit des Français d'aujourd'hui, selon cette étude réalisée par l'institut TNS Sofres pour le Cevipof, auprès d'un échantillon représentatif des Français de plus de 18 ans :

  • 73% des sondés (soit près des trois quart) pensent que les jeunes d'aujourd'hui auront « moins de chances » de réussir que leurs parents dans la France de l'avenir. Ils ne sont que 5% à penser qu'ils auront plus de chances, et 21% les mêmes chances. L'idée du déclin a donc fait son chemin ;
  • 23% seulement des personnes interrogées font confiance aux partis politiques, ce qui les place tout au bas de l'échelle. 71% ne leur font pas confiance, un score désastreux pour un des éléments centraux de la vie démocratique. Les médias ne font guère mieux : 27%, soit moins bien que les banques (37%), ce qui, après la crise financière, est signfiicatif.
  • 70% des sondés, à la question « Pour la défense de vos intérêts, en qui avez-vous le plus confiance ? », répondent eux-mêmes, loin devant toute autre possibilité : les associations (15%), les syndicats (7%), et là encore, les partis politiques qui ne recueillent qu'1 tout petit pour cent.

C'est donc un climat de défiance qui caractérise l'état d'esprit des Français, défiance vis-à-vis du pouvoir (les élus locaux conservent toutefois un certain crédit, tout comme l'administration), vis-à-vis des corps prétendument représentatifs (partis, syndicats...), et enfin vis-à-vis des médias qui ont perdu depuis longtemps la bataille de la confiance de leurs lecteurs.

Le miroir tendu aux hommes politiques

Ce constat sombre dans une démocratie devrait d'abord interpeller les hommes et les femmes politiques, les dirigeants de partis et de syndicats, les élus et les gouvernants, qui voient dans le miroir tendu par cette étude leur échec absolu.

Si les Français pensent que leur pays est en grande difficulté au point que, pour la première fois depuis plus d'un siècle, ils pensent que les jeunes vivront moins bien que leurs parents, ils ne croient plus en la capacité de l'action politique pour y remédier. En tout cas, pas telle qu'elle s'incarne aujourd'hui dans les partis politiques.

C'est accablant pour Nicolas Sarkozy, qui a dilapidé en deux ans et demi le crédit de sa « rupture » annoncée, et jamais mise en oeuvre. Au passage, il a sérieusement sapé le regain de citoyenneté active que la participation record à l'élection présidentielle de 2007 avait signifié.

Ça l'est tout autant pour une opposition qui n'est pas jugée crédible pour incarner autre chose, et, sans doute plus grave, pour le réaliser. C'est la porte ouverte à toutes les dérives populistes ou nihilistes si cette absence de perspective devait s'installer durablement dans l'opinion.

C'est aussi accablant, enfin, pour les journalistes qui négligent bien souvent leur perte de crédibilité aux yeux de leurs lecteurs dans l'analyse de la « crise de la presse ». Le rétablissement du lien de confiance entre les journalistes et leurs lecteurs apparaît pourtant aussi important que tous les plans de restructuration qui évitent de s'attaquer à cet aspect du problème.

La crise a noirci le tableau

La crise économique, et le sentiment de fragilité et de perte de contrôle qu'elle implique dans la vie économique et sociale des gens, a sans doute noirci le tableau. Mais le doute général qui s'exprime dans cette étude n'est pas nouveau.

A ce constat pessimiste, il faut ajouter un extraordinaire paradoxe : quand TNS Sofres demande aux Français si, « tout bien considéré », ils sont heureux, ils répondent massivement « oui » : 91%, contre seulement 1% de Français qui se disent « pas du tout » heureux et 8% « pas très » heureux.

Mais ce bonheur individuel dans un pays dont on pense qu'il va mal est à rapprocher du fait qu'on ne fait plus confiance qu'à soi-même pour s'en sortir, pas aux institutions ou aux corps intermédiaires.

A méditer au moment où la machine à discours politiques va se remettre en route pour les élections régionales. Candidats, lisez d'abord le baromètre de la confiance politique avant de faire vos discours, il s'adresse à vous.

(Enquête réalisée du 9 au 19 décembre 2009, par téléphone sur fixe et mobile, auprès d'un échantillon de 1 500
personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales.)

  • 24257 visites
  • 175 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 11h37 le 17/01/2010

    Quelques petites remarques :
    • « les élus locaux conservent toutefois un certain crédit, tout comme l'administration » : un crédit certain même : Le conseil municipal reste l'institution qui suscite le plus de confiance chez les Français (un total de 69% des Français interrogés font confiance au « conseil municipal ») ; pour un élu d'une petite commune rurale (comme je le suis), cette confiance est bigrement symptomatique !
    • L'institution présidentielle recueille 34% de « confiance », mais 65% « pas confiance » : certainement révélateur de l'état d'esprit des Français vis à vis de la politique (et également de la personnalité) de Nicolas Sarkozy.
    • « Le rétablissement du lien de confiance entre les journalistes et leurs lecteurs apparait […] important » : je ne vous le fait pas dire ! Et là, il y a du boulot ! ... D'autant plus qu'il s'agit de « rétablir le lien de confiance » (si tant est qu'il ait existé auparavant) entre les journalistes et non seulement leurs lecteurs mais encore leurs auditeurs, téléspectateurs… Bon courage donc aux « journalistes », du moins à ceux (rares) qui méritent des encouragements…

    Il est à noter que le Sénat n'était proposé dans cette enquête : peur d'un gros bide ? ! ...

  • A déménagé le 2 mai 2011
    • Posté à 11h47 le 17/01/2010

    Il y a des questions à faire lire à besson :

    Dans quelle mesure faites-vous confiance aux personnes de chaque groupe que je vais lire ? Dites-moi si vous leur faites tout à fait confiance, un peu, pas beaucoup ou pas du tout confiance :

    Les gens d'une autre nationalité :
    - tout à fait confiance : 39%
    - un peu confiance : 44 %
    total confiance : 83 %

    C'est pas si mal pour un pays ou on nous bassine avec l'identité nationale !

    Reste à savoir si les gens ont répondu honnêtement ; -)

  • Anonyme

    Les hommes politiques et la presse qui serinent depuis des années à « l'opinion publique » qu'il ne faut pas employer « tous pourris », oublieront très vite ce sondage pourtant très explicite.

    Ce seront les mêmes qui dans quelques mois se poseront des questions, toujours identiques, puisqu'ils ne tiennent pas compte des réponses, et se retrouveront étonnés devant la perte d'électeurs et des lecteurs.

  • Jaydi
    Jaydi répond à Hemenate
    Sûr de ne pas être certain
    • Posté à 11h52 le 17/01/2010
    • Internaute
      Sûr de ne pas être certain

    Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous en ce qui concerne les médias.

    Prenons l'exemple de Rue89, qui est celui que je connais le mieux : vous dites qu'ils en font trop autour des petites phrases et des coups médiatiques. Je pense que c'est le contraire.
    Il faut que les journalistes nous montrent les véritables facettes des politiques, leurs retournements ubuesques, leurs contradictions et leurs mensonges. C'est à mon avis par la dénonciation des détails que le journalisme peut s'affranchir de la manipulation des partis et des politiques.
    Je trouve que Rue89 fait un travail assez bien réparti entre « petites phrases » et sujet de fond. En particulier, les petites phrases sont souvent remises dans un contexte, et infirmées ou confirmées par des études, chiffres, experts et constatations.

    Ce n'est pas en cachant des informations que les journalistes retrouveront un regain de confiance de la part des Français.

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 12h08 le 17/01/2010
    • Internaute
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Le diagnostic est vraiment accablant.
    Mais si l'on positive, cette étude dit aussi explicitement que les citoyens ne sont plus dupes. Ils savent que les questions dérangeantes passent sous le tapis avec la complicité de nombreux média couchés.
    Ce qui laisse perplexe c'est cet espèce d'entêtement de ceux qui sont sensés nous représenter à faire toujours plus de la même chose en espérant que ça ne fasse pas toujours plus des mêmes effets.

    Les citoyens sont devenus lucides et exigeants, allergiques aux discours creux et répétitifs. Il n'y a apparemment que les politiques et les média pour ne pas s'en apercevoir.

  • jean Bidel
    jean Bidel
    jeune retraité
    • Posté à 12h10 le 17/01/2010
    • Internaute
      jeune retraité

    Le résultat d'un tel sondage n'est pas étonnant : le PS un parti en pleine décomposition incapable de remonter sur le podium présidentiel tant qu'il n'aura pas fait son méa-culpa et reconnu les « vrais » problèmes qui accablent et angoissent la société aujourd'hui . L'Ump un parti d'enfonceurs de portes ouvertes prolixe de discours et de promesses jamais tenues mais qui n'omet pas de favoriser sa caste politico-affairiste .
    Et par là dessus les plus grands médias aux mains d'amis qui servent la soupe à tout ce petit monde s'auto-élisant élite seule détentrice et dipensatrice de la « bonne » pensée .
    Sans oublier les libertés individuelles qui sont grignotées petit à petit (mais pour votre bien ...hein ! ) , cette pseudo démocratie n'est plus qe l'ombre d'elle même : les référendums ? Oh surtout pas , « le peuple ne comprend pas toujours où est son intérêt il faut que des leaders interviennent à sa place » (Cohn-Bendit) et quand un résultat ne va pas dans le sens souhaité eh bien on s'assoit dessus .
    Alors oui il y a de quoi avoir perdu confiance et espoir dans cette classe politique ; malheureusement pour eux la manipulation va devenir difficile , internet (la hantise des dictateurs et des états totalitaires) permet d'avoir un éclairage différent sur les problèmes de la société .

  • thierry reboud
    • Posté à 12h17 le 17/01/2010
    • Internaute

    Et si on regardait le verre à moitié plein ? Et si cette étude était le signe d'une relation plus mûre des citoyens avec leur personnel politique ?

    Après tout, comme le note pertinemment un commentateur, la confiance a vite fait de devenir aveugle alors que la défiance peut n'être qu'une attitude d'attente. On pourrait espérer qu'elle s'effacerait devant une véritable efficacité politique.

    Cela dit, le verre à moitié plein est simultanément un verre à moitié vide, et il est exact qu'on peut légitimement se demander par où viendra une démarche politique réellement efficace : pour le moment, aussi bien l'UMP que le PS (je me borne aux deux partis dits de gouvernement) paraissent se satisfaire de l'incantation.