Thu, 01/14/2010 - 11:18

Combien gagnent les restos sur les tickets-resto ?

Arnaud Aubron nous demande combien gagnent les restaurateurs qui ne rendent pas la monnaie sur les tickets-restaurant. Pour les commerçants, les tickets-resto seraient l'assurance de gagner quelques centimes, voire quelques euros sur le prix d'un sandwich ou d'une pâtisserie. La réglementation interdit en effet de rendre la monnaie. En réalité, les choses ne sont pas aussi simples.

La règle : pas de monnaie du tout

Un ticket restaurant, ce n'est pas de l'argent : c'est un « titre spécial de paiement ». Contrairement à un billet de banque, il ne peut pas être utilisé pour n'importe quel achat, et aucune compensation n'est prévue si sa valeur est supérieure au montant de la dépense.

Le décret de 1967 sur les tickets-restaurant est donc catégorique, on ne vous rendra pas la monnaie. Autres restrictions : pas plus d'un ticket par repas (avec une tolérance jusqu'à deux tickets), et interdictiond'utiliser vos tickets le soir, le week-end ou loin de votre lieu de travail.

A priori, c'est donc une bonne affaire pour les 160 000 commerçants concernés. En échange des tickets, la Centrale de règlement des titres leur rembourse au total plus de 4 milliards d'euros par an, auxquels s'ajoute donc la monnaie non rendue.

La réalité : chacun fait ce qu'il veut

Dans la pratique, c'est beaucoup plus compliqué. Tous les commerçants n'ont pas la même interprétation des règles, pourtant très claires. Vérification autour des bureaux d'Eco89, dans le XXe arrondissement de Paris :

  • Dans un restaurant : « Rendre la monnaie ? Sûrement pas ! Je ne fais pas non plus d'avoir. Les clients font l'appoint ou ils se débrouillent entre eux. »
  • Dans une boulangerie : « Je ne rends pas la monnaie car si j'ai un contrôle, on m'enlève l'agrément. Mais je fais des avoirs, comme dans beaucoup d'endroits et parce que c'est normal d'en faire. »
  • Chez un traiteur : « En principe, on ne rend pas la monnaie. On le fait pour les habitués, c'est exceptionnel, mais on ne rend pas plus de 2 euros. C'est surtout pour rendre service à certaines personnes. »
  • Dans une brasserie : « On rend la monnaie, même si on sait que c'est interdit. Toutes les brasseries le font. Par contre, on ne fait pas d'avoirs. On prend aussi les tickets le soir. »

Une bonne affaire, vraiment ?

En moyenne, un ticket restaurant vaut 6,95 euros. Sur ce montant, combien de centimes ou d'euros non rendus, et encaissés par le commerçant ?

Impossible de le savoir, assurent les organisations professionnelles. A la Commission nationale des titres restaurant, qui chapeaute le système, on s'étonne presque de la question,et on assure qu'aucune étude n'a été menée sur la question.

Le principal syndicat des restaurateurs, l'Umih, dit lui aussi son ignorance. A la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française, on explique que les adhérents sont les seuls à savoir ce qu'ils encaissent :

« Nous ne donnons aucune consigne, chaque boulangerie fait ce qu'elle veut et nous n'avons aucune statistique sur celles qui rendent la monnaie. »

D'ailleurs, les tickets-restaurant ne sont pas forcément une bonne affaire pour les commerçants. Pour profiter du système, ils doivent en effet payer.

Quatre sociétés se partagent le marché : Chèque déjeuner, Chèque de table, Chèque Restaurant (filiale de Sodexo), et Ticket Restaurant (filiale d'Acco). Elles émettent les tickets, puis remboursent les commerçants.

Surtout, elles conservent un pourcentage sur chaque remboursement. Et plus le commerçant sera pressé d'être remboursé, plus le pourcentage sera élevé.

Sans fournir de chiffres précis, les commerçants du quartier jugent donc que les tickets-restaurant ne leur rapportent pas autant que le croient les clients :

  • Dans le restaurant, qui ne rend pas la monnaie : « Par mois, les tickets-restaurants représentent 4 500 euros de chiffre d'affaire et 90% de la clientèle. Mais on perd de l'argent ! On nous prend près de 4% sur chaque ticket. Je pense surtout que ça fidélise les clients. »
  • A la boulangerie, qui donne des avoirs : « Les tickets-restaurants ne rapportent pas d'argent : il faut 10 jours avant d'être remboursé, et les émetteurs prennent leur pourcentages. Je ne pense pas que ça fidélise, ce sont surtout les prix qui fidélisent. »
  • Dans la brasserie, qui rend la monnaie : « Les tickets-restaurant représentent un tiers des moyens de paiements de nos clients, et je pense qu'ils reviendront plus facilement. Mais on ne gagne pas d'argent avec ce système, et ça ne fait pas plus consommer les clients, qui ont juste besoin de se restaurer le midi avec un plat et un café. »

Anna Benjamin et François Krug

Merci notamment à Aramis, Emiboot, El Barto, Theshadedcucumber, Azerty69 et Lilola123 pour leurs contributions.

A lire aussi sur Eco89 :

Vidéo : les tickets-resto me rendent bien la monnaie de ma pièce

A lire ailleurs sur le web :

Le site de la Commission nationale des titres-restaurant

Le décret de 1967 réglementant les tickets-restaurant, sur Legifrance.fr

Les pourcentages perçus en échange des remboursements, sur le site de la Centrale de règlement des titres

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  • Aramis
    • Posté à 20h59 le 30/10/2009

    D'abord ce ne sont pas les commerçants qui refusent le rendu de monnaie, c'est une obligation légale qui leur est imposée (article 19 Ordonnance du 22//9/1967 - article 6 décret n° 67.1165 du 22/12/1967).
    Le rendu de monnaie peut être assimilé à de la « fausse-monnaie » sur le point de vue théorique, est en contradiction avec la réglementation qui limite les usages du TR, « fabrique » de l'argent issu d'un revenu non-imposé et minore la valeur du TR en agissant négativement sur la part de l'employeur ce qui fausse les cotisations fiscales et sociales qui y sont attachées.
    De même, dans l'absolu théorie, je crois que le commerçant doit refuser le paiement par ce biais si le montant à payer est inférieur à la valeur du TR.
    Enfin, le commerçant a, à mon sens, tout intérêt à ne pas rendre la monnaie ; ainsi, il reste dans la légalité et surtout, cela incite le client à acheter « quelque chose de plus » afin de ne rien « perdre » ; l'expérience montre que si le TR est à 5€ mais que l'addition est à 4,50€, la majorité des clients va préférer rajouter un produit pour passer à disons 5,50€ en complétant de sa poche, plutôt que partir en « laissant » 50ct. Ce mécanisme permet au commerçant de faire de la vente suggestive, ce qui augmente son plateau moyen, donc son chiffre d'affaire.
    Après, malgré tout et pour donner un ordre de grandeur, dans un commerce de bouche dans lequel j'ai travaillé, le surplus dû aux TR représentait environ 1% du chiffre quotidien.

    Cela dit, je crois que les coûts de traitements et les incidents liés aux TR coûtaient beaucoup plus à l'entreprise que ça ne rapportait en surplus. Par exemple, les TR déclarés volés (dont les numéros sont adressés aux restaurateurs) ne sont pas remboursés. De même le traitement quotidien des TR représentait environ 1h de travail en surplus par rapport aux autres modes de paiement, sans compter les problèmes liés au paiement différé. Enfin, les TR périmés sont régulièrement encaissés par inadvertance, mais plus remboursés passé le 1er mars.
    Je pense que le coût engendré est donc supérieur au bénéfice.

  • emiboot
    emiboot
    frite lance
    • Posté à 15h29 le 02/11/2009
    • Internaute
      frite lance

    Pour compléter l'excellent commentaire ci dessus,
    j'ajouterais qu'en plus de faire perdre du temps et d'exiger une grande attention (date de valeur, faux TR) le commerçant doit envoyer sous recommandé (payant donc, et non remboursé) ses TR avant de pouvoir les encaisser. C'est donc de « l'argent dehors » le temps d'en avoir assez pour justifier un envoi.
    A gros volume d'affaire, ce moyen de paiement est appréciable, mais pour de petits restaurateurs, c'est assez moyen.

  • El Barto
    El Barto
    Karcherisable
    • Posté à 20h13 le 02/11/2009
    • Internaute
      Karcherisable

    Quelques enseignes rendent quand même la monnaie (mc donald dans la limite de 2€ il me semble)

  • theshadedcucumber
    • Posté à 21h59 le 02/11/2009

    Le coût est supérieur, et c'est pour cela qu'on trouve encore des endroits où les TR sont refusés, même si c'est de plus en plus rare, compétitivité oblige...

  • azerty69
    • Posté à 18h46 le 05/11/2009

    Et l'excellente question : a quoi servent les TR ? ? L'employeur pourrait très bien donner 5€ net par jour travaillé (non fiscalisé) comme le font beaucoup d'entreprise au lieu d'un ticket contraignant.

    A le système d'usine a gaz pour dessous de table, fraude, petit cadeau et copinage...

  • lilola123
    lilola123
    juriste
    • Posté à 17h04 le 07/11/2009
    • Expert
      juriste

    C'est pas de la faut des sa lariés si au lieu d'augmenter les salaires, les entreprises leur propose des TR qui plus est, ils payent en bonne partie.

    Si j'ai envie d'un croissant, je vais payé avec mon TR parcequ'il faut bien que je les dépense ces fameux TR ; les restaurant nécessitant deux voir plus TR par repas, le soit disant avantages salariales tourne en perte pour le salarié.

    Il est vrai que c'est au législateu de revoir la réglementation en la matière et de revoir les frais de traitement pour les commerçants afin de trouver un terrain d'entente pour le commerçant et le salarié