sur le terrain 12/01/2010 à 12h03

JO de Vancouver : comment j'ai appris à fliquer la police


Décidés à défendre la liberté d'expression, les « Legal Observers » s'entraînent à surveiller les forces de l'ordre lors des JO d'hiver.


Séance participative d'information sur les « Legal Observers », à Vancouver (Gaël Sagueton)

(De Vancouver) « Ceci est une séance participative, posez toutes les questions que vous voulez, mais je vous préviens, des membres de la police sont peut-être parmi nous. » David Eby est président de l'association de défense des libertés civiles de Colombie-Britannique (Canada). Sa croisade : défendre la liberté d'expression pendant les Jeux olympiques de Vancouver.

En ce dimanche après-midi, une petite centaine de personnes ont afflué dans un gymnase municipal. Quelques seniors, beaucoup de jeunes. Quelques excentriques, beaucoup de timides. Le mois prochain, tous seront volontaires pour surveiller la police.

A partir du 12 février, Vancouver accueille les XXIe Jeux olympiques d'hiver. Et pour l'occasion, 16 000 membres des forces de sécurité seront déployés, sans compter les agents de sécurite privés embauchés par l'aéroport, ou par la régie des transports.

« Les antijeux sont considérés comme une menace pour la sécurité »

Et depuis que la municipalité a voté des arrêtés restreignant la possibilité de brandir des signes anti-olympiques, les associations de défense des libertés sont sur le qui-vive. David Eby estime :

« L'ambiance générale est de considérer les antijeux comme une menace pour la sécurité. »

Dans ce contexte, 400 « Legal Observers » seront déployés dans les rues de Vancouver, pour témoigner d'éventuelles violations des droits des manifestants ou violences policières. Leurs notes, leurs vidéos, pourront être utilisées devant une cour de justice, et les justiciers bénévoles pourront être amenés à être appelés à comparaitre en tant que témoin.

Greeda, une jeune Legal Observer, est prête à assumer ce rôle :

« Il y aura tellement de monde, cela crée un potentiel pour des altercations, que ce soit avec les forces de l'ordre ou même entre citoyens. »

David, un autre bénévole d'à peine 20 ans, ne se fait pas d'illusion :

« Je ne pense pas que ce soit une solution, mais c'est un moyen de prévenir contre les violations des droits de l'homme, en jouant le rôle, je l'espère, de moyen de pression. »

« Les policiers ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas qui nous étions »

Pour devenir un Legal Observer, il est obligatoire de suivre deux sessions de formation. Quatre heures pendant lesquelles j'apprends quel est le parfait équipement pour fliquer la police : de bonnes chaussures, une caméra, un bloc-notes...

Mais pas seulement : prévoir aussi un masque ou d'un bandana pour ne pas inhaler de gaz lacrimogène. On me conseille aussi d'écrire le numéro de téléphone de mon avocat sur mon bras, au cas où la police confisque l'ensemble de notre matériel et de nos effets personnels.

Pour limiter le risque de se faire arrêter, David Eby conseille de s'identifier auprès de la police, de ne pas engager la conversation avec les forces de l'ordre, d'observer une distance de sécurité à la fois avec les manifestants et avec les policiers, et de ne pas faire preuve de la moindre résistance :

« Si un membre de la sécurité veut fouiller votre sac, dites lui que vous êtes opposés à cette action, mais ne résistez pas. Il faut bien faire la différence entre le non-consentement et la résistance. »

Ce n'est pas une coïncidence si les deux organisations responsables du programme (BC Civil Liberties et Pivot) sont des associations de juristes.


Deux Legal Observers (Gaël Sagueton)

Le programme des Legal Observers s'apparente à une pratique très en vogue aux Etats-Unis, mais encore relativement peu répandue au Canada : celle du « copwatch ».

Il y avait par exemple des surveillants citoyens à Pittsburg lors du sommet du G20 en septembre. Et parfois, ils se font arrêter en même temps que les manifestants.

C'est la toute première fois qu'un tel dispositif est mis en place lors de JO. « Nous espérons que nos bénévoles ne se feront pas arrêter, mais c'est une possibilité », indique Hassan, l'un des organisateurs. L'un des portes-paroles du Groupe intégré de la sécurité (l'unité spécialement créée pour les Jeux) assure pourtant :

« On appuie les Legal Observers et on soutient leur initiative et leur présence. On a été invité pour suivre l'une des formations, pour avoir une meilleure idée de leurs buts. On n'a rien à cacher. »

En effet, cinq représentants des forces de sécurité ont suivi une formation. Pour David Eby, c'est une arme politique :

« Notre programme est entièrement transparent. Nous leur avons donné le livre de formation, nous leur avons fourni les photos de nos uniformes. Nous voulons qu'ils sachent que nous les surveillons.

Parce que nous voulons qu'ils se comportent bien, mais aussi parce que s'ils saisissent le matériel et les notes de nos bénévoles, ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas qui ils étaient. »

Ne pas écrire : « Le policier s'est comporté comme un connard »

David Eby insiste pendant la formation sur la technique de prise de notes :

« Il ne faut pas écrire : “Le policier s'est comporté comme un connard avec le manifestant.” Cela ne sert strictement à rien. Il vaut mieux écrire : “Le policier s'est mis à crier.” Il faut rendre compte des comportements, sans donner son avis. »

Certes, observateurs et manifestants ont en commun d'avoir pour la plupart voté contre la candidature de Vancouver comme ville hôte, lors du référendum de février 2003.

Du père de famille inquiet à cause du dispositif de sécurité à l'anarchiste qui considère le Canada comme un « Etat policier », de l'intellectuel sceptique à l'agitateur public, chacun a ses raisons de critiquer les Jeux.

A la fin de la session, les participants doivent rendre leurs T-shirts : il ne sont pas donnés, seulement prêtés, une manière d'éviter que ces uniformes soient arborés lors de manifestations anti-olympiques. Dès qu'ils auront revêtu leurs couleurs, les Legal Observer entendent se tenir à leur obligation de neutralité.

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  • 100 000 d entre nous
    • Posté à 12h43 le 12/01/2010

    Je trouve cela très intéressant car certains policiers abusent de leur pouvoir.

    Il faudrait aussi pouvoir l'appliquer aux hommes politiques : ministres, députés, élus locaux...

  • Et vlan
    • Posté à 12h58 le 12/01/2010

    Mais quel est le but de surveiller les policiers ?
    Puisque ces gens là surveillent, autant le faire vis à vis des délinquants.

  • alexandre32
    alexandre32 répond à Et vlan
    clochard céleste
    • Posté à 16h00 le 12/01/2010
    • Internaute
      clochard céleste

    Ben, au hasard, je dirais que c'est parce que c'est « in », que ça fait citoyen, que ça donne l'impression de participer à une lutte noble (les droits de l'homme), et surtout que ça donne au final de belles histoires à raconter le lendemain aux copains, au Strabuck du coin en consultant le cours des actions....... oups ! je m'égare.
    Non, c'est top la défense des droit de l'homme ! Vive les tee-shirts oranges ! (tiens, ils viennent d'où au fait leurs tee-shirts ? )

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 18h32 le 12/01/2010
    • Internaute
      délinquante avérée

    A l'origine, les JO étaient une période de trêve pendant laquelle seul le sport avait droit de cité.
    Depuis quelques dizaines d'années, cette trêve est oubliée, la politique prime, la concurrence entre nations est féroce par l'intermédiaire du classement par médailles obtenues. Le fric a effacé les résultats sportifs et la joie qu'avaient les participants de se retrouver, d'échanger entre délégations, de vivre de vrais moments d'amitié.
    La politique et l'argent sont tellement présents que les JO sont devenus une cible à abattre. Des manifestations anti-JO sont logiques, même si on peut les regretter. Les policiers feront leur boulot de policiers anti-manifestations, anti-terrorisme (se rappeler du massacre des athlètes israéliens à Munich) ... comme d'habitude, ils ne feront certainement pas dans la dentelle (cf Copenhague). Il est donc intéressant de voir ce que pourront faire les « Legal Observers », s'ils pourront observer et rendre compte en paix ...
    les « Legal Observers » font penser au « legal team » des manifestations en Europe.

  • Holocrate
    Holocrate répond à Nils Wilcke
    Douteur plus que douteux
    • Posté à 18h56 le 12/01/2010
    • Internaute
      Douteur plus que douteux

    « Que l'on soit obligé de surveiller la police, c'est le monde à l'envers ! »

    Un pouvoir sans contre-pouvoir se révèle vite totalitaire. Pour qu'il s'exerce dans le respect des droits de chacun, il est donc bon qu'un pouvoir soit lui-même contrôlé. Police comprise... ; -)

  • gringo4c
    gringo4c
    Nuance de gris
    • Posté à 19h09 le 12/01/2010
    • Internaute
      Nuance de gris

    Cette mesure me dérange. Ne tombons pas dans l'angélisme et ne disons pas que la police n'a jamais dérapé, je pense qu'il y a suffisamment de preuves, vidéo à l'appui.

    Cela me dérange dans le sens que pour entamer pareille action, on n'a par définition aucune confiance vis-à-vis des forces de l'ordre. Considérant qu'on a en effet été victime de violences, c'est compréhensible.

    Mais dans ce cas, cette justification est impossible. Les gens qui participent à ces surveillances ne peuvent décemment pas invoquer le fait que tous, sans exception ont été victimes d'agressions de la part des forces de l'ordre. Cette action relève plutôt de préjugés véhiculés par les médias qui apprécient ce genre de faits divers, la fameuse rubrique des chiens écrasés. Au fond, la formule est la même que celle qui consiste à stigmatiser une communauté pour des faits divers, non ? Et c'est pousser le vice même plus loin, car cela sous entend que si les policiers ne font pas d'excès d'autorité, c'est sous prétexte qu'ils sont filmés.

    N'oublions pas que les policiers sont la pour protéger la population. Des ripoux il y en a, c'est indéniable, mais cela représente une goutte d'eau dans un piscine, surtout dans les pays occidentaux.

    Ne vous faites pas avoir. Ne vous faites pas avoir.

  • Et vlan
    Et vlan répond à alexandre32
    • Posté à 19h50 le 12/01/2010

    Et si ces beaux tee shirt allaient défendre les Droits de l'Homme, au , en algérie, en Tunisie, en Egypte, en somalie, au soudan, en Iran, au Pakistan, en afghanistan...

    oups je m'égare Non c'est trop dangereux...