Grippe A, l'omniprésence des « y'avait qu'à » dans les médias
Depuis le début de l’année on assiste à un retour étonnant d’une forme de mémoire sélective de certains médias au sujet de la grippe porcine. Un étalage de « y’avait qu’à » des grands spécialistes inspecteurs des travaux finis.
Un petit historique s’impose : dès fin mai 2009, la France annonce qu’elle compte commander 100 millions de doses de vaccins.
Ce calcul est basé sur l’utilisation prévue de deux doses par personne, et le gouvernement français passe finalement commande fin juin pour 94 millions de doses (plus une extension en option), ce qui fait une couverture prévue de 76% de la population.
A cette époque, la France n’est pas le pays qui couvre le plus sa population, 3 autres pays européens ont prévu une couverture plus grande.
Pas de scandale
Pourquoi si tôt ? Le gouvernement dit qu’il fallait passer les commandes dès juin sinon les vaccins n’auraient pas été prêts à temps, ce qui paraît crédible.
Pourquoi pas seulement des options ? On peut imaginer que les options impliquent des livraisons non prioritaires pour les fabricants, et qu’un vaccin qui arrive en avril quand les pics de grippe sont d’habitude entre janvier et février, ça tombe à plat. J’imagine les titres : « Pourquoi la France n’a pas encore reçu ses deux doses alors que les autres pays sont livrés depuis novembre ? »
L’OMS voit la France parmi les bons élèves. Dès la mi-juin, tous les médias sont au courant de cette commande de 94 millions. La prudence est de mise, et peu semblent scandalisés. Pas en tout cas Rue89, qui écrit :
« Pourquoi dépenser autant d’argent alors que le virus n’a pas l’air si virulent ? Au-cas-où. En effet, la particularité du virus H1N1 est de pouvoir muter et devenir plus méchant qu’il n’est actuellement. [...] »
A cette époque, personne ne semble scandalisé, pas même Rue89. C’est facile de dire des mois plus tard que c’est un gâchis financier, c’est début juin qu’il fallait dire comment faire autrement.
Prudence justifiée des experts
En juin, les chiffres venant des autorités sanitaires mexicaines et américaines (et non d’experts français catastrophistes) annonçaient un virus :
- plus meurtrier que la grippe saisonnière (démenti depuis)
- plus virulent (en partie confirmé, puisque les personnes âgées, principales victimes chaque année de la grippe saisonnière, pourraient être déjà immunisées de la grippe A par une précédente exposition)
- qui touche les jeunes adultes au lieu de toucher les vieux (confirmé)
- qui pouvait atteindre des parties plus profondes des poumons (confirmé)
- qui se propage plus vite et plus largement qu’une grippe classique (confirmé)
Pas extrêmement rassurant. Se basant sur l’expérience de la grippe, les experts craignent une mutation, fréquente pour ce type de virus, qui ferait que l’agent pathogène serait à la fois très contagieux et encore plus virulent.
Cette mutation ne s’est pas produite pour l’instant et tant mieux, mais c’est facile de dire après coup qu’il y a eu du catastrophisme des experts qui ont simplement exposé les risques probables. D’après moi, il y a eu du catastrophisme de la part des médias.
Rue89 privilégie la parole anti-vaccin
Aujourd’hui, Rue89, de concert avec d’autres médias, se permet de donner des leçons aux autorités politiques et médicales, inventant au passage une supposée « longue liste de mensonges accumulés », qui se réduit à une approximation, une résiliation annoncée comme faite alors qu’elle n’est qu’en cours.
Rue89 jouit, c’est vrai, d’une autorité en la matière : pendant des semaines, le média a laissé des tribunes non pas à des experts, mais à des rigolos qui, n’ayant aucune compétence sur le sujet (Olivier Postel Vinay de Books citant les délires et chiffres inventés du professeur Even), se sont mis à dire n’importe quoi (la campagne de vaccination comparée au nazisme par le philosophe Bernard Dugué dans un éclair de génie). Quasiment uniquement des tribunes anti-vaccins.
Les articles de Rue89 ont eux-mêmes largement surfé sur une vague populiste, avec un florilège d’approximations et critiques à retardement des experts et élites, auxquels on préfère des blogs aux chiffres trafiqués. Un exemple parmi tant d’autres : les faux chiffres de décès de la vaccination de 1976.
A ma connaissance, les experts disent toujours aujourd’hui que la vaccination massive était le bon choix sanitaire. Qu’elle est toujours largement intéressante en termes de balance bénéfice/risque. Une information que je n’ai jamais lue dans les articles de Rue89, si prompt à donner des leçons.
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Journaliste
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Cher Slovan,
Pourquoi redire grippe porcine ? parce que le terme grippe A serait une des causes de l’insuffisant affolement du public ? et qu’il est plus efficace pour faire peur de réhabiliter le terme « porcine » comme l’explique Frédéric Kerck, anthorpologue Lien
« La France n’est pas le pays qui couvre le plus sa population » : oui, Danemark, Suède et Suisse avaient prévu plus de vaccination /personne, certes,, mais ce sont de petits pays en termes de population alors que nos voisins à qui l’on peut se comparer, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne n’avaient prévu à ce moment là qu’un maximum de 80% de la population vaccinée.
« Pourquoi si tôt ? Il fallait passer les commandes dès juin sinon les vaccins n’auraient pas été prêts à temps » : je suis d’accord, mais l’Espagne avait prévu une commande en deux temps avec option au cas où la recommandation serait de deux doses. L’hypothèse privilégiée à Madrid est qu’une dose suffirait, comme pour la grippe saisonnière. Pourquoi avons-nous supposé qu’il faudrait 2 doses ? Je l’ignore mais ça interpelle. La ministre aurait-elle été mal conseillée ?
Quoi qu’il en soit, avoir commandé très tôt n’a pas permis de vacciner tôt comme prévu, mais la campagne a démarré mi-novembre, soit à peu près au milieu du pic épidémique, en tous cas plus tard que promis par les labos initialement quand ils négociaient la signature rapide de nombreux contrats.
Pourquoi ne pas s’être scandalisé en juin du volume de la commande ? Il me semble que poser la question suffit, et apporter les arguments du ministère n’est pas illogique. Eh oui, il faut parfois du temps avant d’analyser des décisions, le temps que des experts qui n’ont pas été consultés se décident à parler, de les chiffrer et d’avoir les éléments de comparaison...
Je me félicite aujourd’hui, contrairement au Monde, d’avoir évité le pièce des grippes parties, comme le rappelle Arrêt sur images Lien (qui salue la position de Rue89).
Par ailleurs, le fait que le conseil de l’Europe lance une enquête sur le rôle joué par les laboratoires dans la campagne de panique autour du virus est un signe que tout n’a peut-être pas été net dans l’exagération de la gravité de la grippe.
Vous dites que Rue89 a « inventé une supposée “ longue liste de mensonges accumulés ”, qui se réduit à une approximation ». Pardon mais j’ai passé sous silence une partie des mensonges ou non-dits qui me sont parvenus et qui me semblaient mineurs. Mais avoir soutenu à un député que l’on ne revendait pas les doses à l’étranger alors qu’un contrat était déjà signé et un autre sur le point de l’être moi je trouve que ça en dit long sur une certaine communication.
Quant aux « délires » de Philippe Even, je vois dans la biographie Lien du monsieur qu’il est doyen de faculté, ce qui n’est pas signe d’incompétence notoire, et qu’il a une propension à mettre le doigt sur des scandales. De l’avis d’autres spécialistes interrogés, on n’en est qu’au début de la découverte d’un scandale d’ampleur inégalée.
Vous dites qu’on a donné la parole qu’à des anti-vaccins, sauf que je vous passe les dizaines de mails d’internautes renvoyant vers des théories du complot vantées par des pseudo-spécialistes, et dont je n’ai rien retenu. Le virus serait créé de toutes pièces pour accomplir un génocide ... passons, tout cela a en partie été démonté dans un article cet été : pandémie de rumeurs Lien
« A ma connaissance, les experts disent toujours aujourd’hui que la vaccination massive était le bon choix sanitaire » : cette affirmation semble un peu rapide. Hier soir le dossier du JT de France3 Lien cite par exemple Bruno Lina « on a besoin de connaissances supplémentaires pour affiner nos hypothèses, oui on s’est trompé (un peu) », le professeur Bricaire trouve qu’il y a eu trop de consensus parmi les experts « ce ne veut âs dire que ce sont les meilleurs », et Patrick Berche doyen de la fac de médecine de Paris regrette la mauvaise image de la vaccination, causée par le plan de masse.
En Allemagne, en tous cas, la vaccination se fait notamment dans les cabinets de médecins, et ça convainc puisque plus de 7 millions de personnes se sont fait vacciner.
Et si la vaccination collective était le bon choix, pourquoi en change-t-on ? Puisque je rappelle que Bachelot vient d’autoriser la vaccination dans les cabinets de médecins....
Quant à dire qu’on n’est pas équilibré, je vous renvoie simplement à ce double tchat, parole donnée à un pro vaccination, le conseiller de Bachelot, et à un anti. Lien




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