a la une 11/01/2010 à 17h04

Guillon dézingue Val et Hees sur l'« actionnaire » de France Inter


Ce 11 janvier, 7h55, Stéphane Guillon, mine bronzée et panama sur la tête, a tranquillement attaqué Philippe Val, directeur de sa chaîne, ainsi que Jean-Luc Hees, président du groupe Radio France. C'était pendant le « 6h30/10h » de France Inter, dans une chronique intitulée « Sarkozy : actionnaire de France Inter ».

Pour la gouverne de Philippe Val :

« Je me dis, c'est pas possible, Sarkozy actionnaire de France Inter ? Maltraité par des journalistes et des chroniqueurs surpayés ? Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, n'a pas pu dire ça. Les actionnaires de France Inter, ce sont les auditeurs qui paient la redevance, en aucune façon Nicolas Sarkozy. »

Une manière pour le chroniqueur de rappeler les propos de Philippe Val du 18 décembre rapportés par Le Monde :

« France Inter est une radio qui coûte cher à l'actionnaire, qui n'est pourtant pas très bien traité par la station »

Une « forme de nervosité » à France Inter

Mais de quel actionnaire parlait-il ? Philippe Val avait alors re-précisé au Monde, le 7 janvier :

« Nous sommes encore dans une forme de nervosité. Il est évident pour moi que l'actionnaire d'Inter n'est pas le président de la République, mais les auditeurs. [...] je ne veux pas que France Inter soit un musée. »

La faute était commise. Si Philippe Val parlait des auditeurs, pourquoi dire qu'ils sont mal traités sur la chaîne ? Le 9 janvier, la section Radio France du Syndicat National des Journalistes est revenue sur la première allusion :

« Philippe Val confond sans doute notre actionnaire (les auditeurs et les Français en général), et le sien, le pouvoir qui l'a nommé.

Jamais un directeur de France Inter n'a parlé en ces termes. Ces mots sentent les années 60, ils ont le parfum de la “radio d'Etat”, ils rappellent le téléphone rouge des ministères de l'information, l'allure d'Alain Peyrefitte venant présenter lui-même le décor du nouveau journal télévisé. »

« Ici, on n'arrive toujours pas à croire que Philippe Val ait tenu ces propos »

Stéphane Guillon a fait sa chronique sans avoir préalablement pris connaissance du communiqué du syndicat. Un responsable du SNJ s'en félicite :

« Ici, on n'arrive toujours pas à croire que Philippe Val ait tenu ces propos. C'est comme si le ministre de l'Intérieur disait que la police coûte cher à l'actionnaire ! Les “actionnaires” de France Inter, et Guillon a raison de le souligner, ce sont les auditeurs.

Le coût pour l'auditeur, c'est une infime part de la redevance, quelques euros pour 50 radios : rien par rapport à la télé ! [22% des recettes de la redevance audiovisuelle sont reversées à Radio France, ndlr]

Se corriger en disant que France Inter risque d'être un musée n'arrange rien ! »

« T'as pas peur qu'on dise que t'as mis tes couilles dans ses mains ? »

L'humoriste aborde ensuite le cas Jean-Luc Hees, sa décoration de la légion d'honneur le 1er janvier, mais également, histoire plus ancienne, sa nomination à la tête de Radio France en juin dernier :

« Jean-Luc Hees, officier de la légion d'honneur ! Fallait pas qu'il accepte ! [...] C'est un peu l'histoire de Thérèse Van Belle, élue Miss SDF Belgique et gagnant un an de loyer gratuit. C'est inespéré ! [...] On lui a dit “Fais gaffe, comme t'es nommé directement par Sarko, est-ce que t'as pas peur qu'on dise que t'as mis tes couilles dans ses mains ? ” »

Jean-Luc Hees s'est exprimé ce matin dans Le Point, invitant Stéphane Guillon à « se renouveler un peu » sur ses chroniques le parodiant (voir sa chronique sur l'opération pour le Mur de Berlin). Il note aussi que ce (doux ? ) acharnement le touche davantage que les employeurs de Stéphane Guillon à Canal + où ce dernier tient une chronique dans l'émission Salut Les Terriens ! :

« Et pour cause : s'il se le permettait, eux ne réagiraient pas comme nous. Et il perdrait ses 40.000 euros par mois ! »

Quant aux propos attribués à Philippe Val, il a préféré refroidir les ardeurs :

« Je ne sais pas. Ou alors, il ne voulait pas vraiment dire cela. Je ne vais pas contrôler ses propos, j'ai déjà assez de mal avec les miens ! (rires) Moi-même, je préfère dire le mot “actionnaire” plutôt que “tutelle”.

En tout cas, je n'ai pas remarqué qu'il y a un climat liberticide à Inter. [...] Même si on est des petits rebelles, l'État nous traite bien. France Inter est une belle maison. Et je n'en connais pas d'autres qui soient aussi ouvertes à tout vent. Chez Europe 1, ce serait inconcevable. »

Le SNJ attend une explication de Philippe Val

Le directeur de France Inter Philippe Val est pour l'instant injoignable. En cette rentrée, son changement d'horaire de la matinale et la façon précipitée dont il l'a annoncée aux journalistes, ont énervé.

La décision de remercier Frédéric Pommier à son arrivée sur Inter avait inquiété la rédaction. Après 6 mois de « drôle de prise de pouvoir », a t-il, comme le suggère Arrêts sur Image, « décidé de sortir de son bureau et de prendre la station en tenaille, entre copinage et nettoyage » ?

Aujourd'hui, le SNJ de Radio France nous a dit attendre une réaction de la part de Philippe Val :

« Qu'il revienne non sur les propos qu'on lui a prêtés sur l'“actionnaire” de France Inter, qu'il a à moitié démentis dans Le Monde, mais surtout sur le fait qu'Inter soit un musée ! C'est sa vision de la chaîne, notre travail et concrètement, le devenir de la grille à son renouvellement en septembre prochain, qui sont en jeu dans ces propos. »

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  • leo s
    • Posté à 17h13 le 11/01/2010

    Je croyais que le concept d'actionnariat concernait les entreprises côtées en Bourse mais n'était pas adéquat pour parler d'un Service Public.

    Me tromp'je ?

  • A déménagé le 8-10 2
    • Posté à 17h36 le 11/01/2010

    Guillon est tout sauf un imbécile. Tout, c'est à dire aussi bien exécrable quand il s'en prend au physique des gens (ils n'y sont pour rien) qu'appréciable quand il dézingue Kouchner à la sortie du livre du trop isolé Pierre Péan (ne jamais oublier la façon indigne dont Schneidermann avait traité ce dernier dans son émission).

    Que veut-il ici ? Juste se faire virer avec l'auréole du martyr sous le bras ? Commencer à monter, pour le bénéfice des journalistes de France Inter, une barrière de protection entre eux et le conducator spinozien* qui se croit encore à CH où il était patron et actionnaire (héhé) principal ? Ou permettre au duo Val-Hess de la jouer magnanime en le laissant faire sur eux ? Mermettre (heu, permettre, ça m'a échappé) en fait au Guide Suprême de tout ça, Nicolas le Grand, de laisser France Inter continuer à être de-gauche… càd, dans lémédias, un inoffensif îlot de contestataires dans un efficace océan de jeanpierrefoucaults chazélysées, heu, alisés ?

    Car, pour l'instant, pour la stratégie que je viens de décrire, on ne peut pas vraiment dire qu'Inter valhessisé à viré à droite. Pour l'instant…

    * Mes derniers restes de respect pour ce monsieur fort autiste (que ceux qui ont reçu une réponse de lui lèvent la main, ils ont gagné, comme disait Cavanna) se sont évaporés le jour où j'ai appris que cet ex-chansonnier était ami de Madame Sarkozy III, qui est à la chanson ce que l'eau gazeuse est au Dom Pérign.n et à la pensée ce qu'est une facture de téléphone à la Critique de la raison pure.

  • Gastlag
    Gastlag
    flâneur | http://identi.ca/ (...)
    • Posté à 18h28 le 11/01/2010
    • Internaute
      flâneur | http://identi.ca/ (...)

    « Moi-même, je préfère dire le mot “actionnaire” plutôt que “tutelle”. »

    Bel état d'esprit ! Quelqu'un l'a-t-il prévenu que la radio qu'il dirige est publique ? Ces propos sont pires que ceux de Val puisqu'ils sont assumés et qu'ils viennent après la polémique.

    De plus ce reniement conforte l'idée que sa nomination directe par le président de la république est problématique.

  • LG240
    • Posté à 18h45 le 11/01/2010
    • Internaute

    Guillon est un bouffon. Son truc à lui, c'est de répéter le plus fort possible et le plus de fois possible que le roi est nu. D'où les blagues sur le physique de Sarkozy qui ne sont drôles que parce que celui-ci n'assume pas sa taille. Ici, c'est la même chose. On peut juger que ce n'est pas drôle (ce qui est d'une certaine façon exacte puisque ce n'est pas de l'humour. Le rire naît de l'insolence du bouffon, pas de la subtilité des situations ou des jeu de mots). il n'empêche que tant que Guillon était en vacance, personne n'a repris les mots scandaleux de Val. A défaut d'être drôle, Guillon est au moins utile

  • Gastlag
    Gastlag
    flâneur | http://identi.ca/ (...)
    • Posté à 20h00 le 11/01/2010
    • Internaute
      flâneur | http://identi.ca/ (...)

    Hees en balançant le salaire de Guillon joue un jolie coup (certes en dessous de la ceinture).

    Parce que quand même, 40 000€ par mois ! ! Rien que sur Canal+ ! !
    ça fait 480 000€ par an ! Soit 30 années smic en un an !

    Et à ça il faut rajouter son salaire de France Inter, les ventes de ses dvd et les ventes de ses spectacles ! *

    à ce prix là Guillon est tout autant dépendant de ses employeurs que Hees l'est en étant nommé par Sarkozy. Se pose alors la question de la rébellion de Guillon, elle ne doit pas déranger tant que ça les moins de 1% de Français qui sont au pouvoir.

    Sa rébellion est bonne à prendre, mais il ne faut pas en espérer grand chose non plus. Il faut aller plus loin, de nous même.

    .
    *au passage, on nous dit que la culture va mal, mais si le fric qu'elle engrange était mieux réparti ça irait sans doute mieux ! C'est bien plus un problème de répartition que de volume.

  • Désinscrit le 15-6
    • Posté à 12h40 le 12/01/2010

    Je lis vos commentaires intéressants sur le rôle de Guillon, son indépendance (ou non) par rapport à l'argent.
    D'ailleurs mon cœur vari puisqu'en passant d'un commentaire à l'autre je trouve que tous les points de vue se défendent.
    Cependant, je me permets d'ajouter comme habituellement mon grain de commentaire parfois un peu étrange et décalé. (sans doute car je suis plus dingue qu'il n'y parait de prime abord)

    J'ai habité Paris pendant 10 ans, j'ai fait mes études d'art juste à côté de la tour de Canal+
    J'ai bien le goût de cet univers parisien, cette sensation d'être le centre de la France, d'être la partie importante du pays, la partie moderne qui compte et qui réfléchie.

    Maintenant que je vis en province depuis de nombreuses années, cet univers parisien me revient comme un relent de métro tiède, lorsque j'écoute France inter mais surtout par hasard sur les chaînes de TV je ne renifle que ce petit monde des parisiens centre du monde.

    Les petites histoires de Guillon le parisien dans sa petite boite France inter parisienne, ses cafés parisiens, ses copains parisiens, les directeurs parisiens, les guéguerres d'influence parisienne avec les gros salaires parisiens des gens du show-biz parisien.

    Bref, j'ai la sensation que Paris nous régurgite ses petites histoires de village et que le reste de la France doit manger derrière.
    Je finis par voir Sarkomachin et Guillon de la même manière, avec un dégoût pour cet excès permanent dans les propos sur les médias, ce parisianisme envahissant nous pisse dessus ces histoires locales en pensant qu'on va aimer cela parce que c'est Paris

    D'ailleurs l'exemple caractéristique est que l'on pond des décisions nationales pour des problèmes concernant les parisiens seulement.

    Une partie de la France regarde Paris et pense que c'est la France
    Mais surtout tout Paris pense que la France c'est eux.

    J'ai du manger un peu trop de Paris, ça me reviens dans la bouche.

  • jivé13
    jivé13 répond à C. Creseveur
    salarié comme plus de 90%des (...)
    • Posté à 13h58 le 12/01/2010
    • Internaute
      salarié comme plus de 90%des (...)

    Je suis quand même surpris par cet article de Rue 89 qui ne parle pas du tout du contexte sur lequel s'appuie Guillon qui, lui, en parle.
    A savoir qu'on a amputé d'une demi heure le 5/7 excellent de Patricia Martin, dans le seul but d'en virer Simon Tivolle.
    En effet, sous la houlette de N Demorand, on retrouve B Maris et P Gélinier, mais plus le billet de Simon Tivolle.
    Ce grand journaliste travaille à France Inter depuis 1983.
    Il a crée en 1999 l'émission de reportage long « Interception » qui récolte régulièrement des lauriers.
    Pendant deux ans il a fait oeuvre de mémoire avec « Mémo ».
    Et depuis la rentrée 2008 il avait un « billet » chez Patricia Martin.
    Ce billet, il suffit d'aller consulter les archives de l'émission pour comprendre pourquoi N Sarkozy avait Simon dans son collimateur.
    Philippe Val se contente de nettoyer la tranche infos de France Inter à la demande pressante du Prince.
    Simon Tivolle a appris son éviction à son retour de vacances en guise de cadeau de Noêl.
    Je ne pense même pas que Demorand ait été joyeux de se lever une demi heure plus tôt.