temoignage 08/01/2010 à 13h48

Religions : le menu à la cantine, nouveau casse-tête des écoles


Infosignalée par
un internaute

Interdits alimentaires, « menu au faciès », fichage des élèves : une directrice d'école raconte comment on compose les assiettes.


Un plat de saucisses-purée (Dearbarbie/Flickr)

Une internaute nous a envoyé un mail au mois de décembre après avoir lu un article d'Eco89 consacré à l'islam en entreprise. Ses dilemmes à elle concernent le contenu de l'assiette des enfants à la cantine. Cette lectrice est directrice d'école maternelle en région parisienne.

Quartier réputé à haute mixité culturelle et religieuse : un hangar qui sert de mosquée jouxte l'école, une communauté loubavitch plutôt dynamique à proximité, et, dans l'école, une majorité d'enfants dont les parents sont issus de l'immigration.

A plus de 50 ans, dont trente passés dans l'Education nationale, cette directrice affirme que les choses se sont compliquées seulement récemment avec les familles. « Pas du tout parce que, comme on l'entend parfois, ces parents balourderaient leurs enfants à l'école, en “démissionnant” », précise-t-elle.

C'est du côté de la cantine colaire qu'elle a découvert les conflits culturels. En cause : l'évolution des codes alimentaires liés à la culture religieuse des élèves.

Techniquement, c'est la mairie de la ville qui est responsable de la restauration scolaire. Mais, dans les faits, c'est souvent le directeur d'école qui brieffe les animateurs encadrant les enfants à raison d'une quinzaine par adulte. Notre lectrice a listé.

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Les parents ne peuvent exiger de garanties

Que faire si un jeune Omar, dont les parents auront précisé à l'enseignant qu'il était musulman, réclame du rab de saucisses-lentilles à la dame de la cantine ?

« En début d'année, je préviens les parents : je ne garantis rien en la matière. Je ne suis pas en mesure de leur promettre que ça n'arrivera pas.

Je suis chargée de la surveillance et de la sécurité des enfants en tant que directrice dans le cadre du temps extrascolaire. Mais ce n'est pas à moi de décider de ce qu'ils mangent ou ne mangent pas.

Je veux bien encourager les animateurs à les initier au goût, mais pas surveiller les enfants. C'est aux parents de leur apprendre à se nourrir comme ils l'entendent. »

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De l'« observance alimentaire » au menu au faciès ?

Certaines écoles ont décidé de mettre en place des dossiers alimentaires complets précisant à titre individuel qui mange quoi. Problème : c'est laborieux à mettre en place et, sur le terrain, les animateurs ont difficilement les moyens d'adapter chaque assiette à un dossier administratif.

Souvent, ceux qui tentent de concilier pragmatisme et exigeances des parents finissent par trier sans faire trop de détail. Les critères sont alors plus ou moins subtils : le prénom de l'enfant, la couleur de sa peau, etc.

La directrice qui nous a contacté s'inquiète de ce qu'elle regarde comme des dérives :

« Une mère de famille m'a raconté un jour qu'elle était ulcérée qu'on refuse systématiquement à son fils les plats avec du porc. Le môme avait un joli petit prénom musulman. Sauf que jamais ses parents n'avaient demandé à ce qu'il évite le porc. La mère en avait ras le bol de le voir revenir le soir en ayant mangé des oeufs. »

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Des menus sur mesure seulement pour raison médicale

Aux dires de cette directrice en Ile-de-France, les règles ont évolué : d'une interdiction de manger du porc, on passerait de plus en plus au refus de tout plat de viande, sauce bolognaise comprise.

Elle affirme avoir observé ce changement chez les élèves de familles musulmanes mais aussi chez les juifs orthodoxes :

« Certains parents ont tenté d'apporter un certificat de leur médecin de ville précisant que leur enfant ne mangeait pas de viande.

Mais le dispositif est plus strict : il faut contractualiser l'accord entre un animateur, un médecin scolaire et les parents, si l'on veut une personnalisation. Et jusqu'à preuve du contraire, les médecins scolaires ont toujours accepté pour des questions d'allergie mais refusé si c'était lié à la religion. »

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La variété alimentaire en souffre

Avec l'évolution des interdits, notamment pour les élèves juifs et musulmans, certains plats tendent à disparaitre de la carte : fatigués par les casse-têtes récurrents, les chefs d'établissement finissent parfois par demander à la municipalité de supprimer tout simplement certains plats. Notamment ceux à base de viande, qui sont pourtant des classiques de la nourriture en collectivité.

On peut citer par exemple :

  • le hachis parmentier
  • les raviolis
  • les spaghettis bolognaise
  • les laitages (qui comportent souvent des graisses animales)
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Les enfants ne mangent pas toujours à leur faim

Théoriquement, le service de restauration doit proposer un menu de substitution. Concrètement, c'est plus souvent des oeufs que du poisson, finances obligent.

Mais, dans l'école de notre lectrice, il y a rarement de quoi servir autant de menus bis que d'enfants qui en souhaitent. Question de proportion culturelle à l'échelle de l'école. Et la directrice se refuse à faire des listes pour ficher les enfants en fonction de leur appartenance religieuse.

Résultat ? De plus en plus d'enfants mangent non pas un repas complet mais seulement l'entrée et le dessert. Tout en payant plein pot, ce qui ne manque pas de faire grincer les parents, sans satisfaire l'équipe pédagogique.

Et vous, avez vous déjà rencontré ce problème en tant qu'enseignant ou en tant que parents ? L'Education nationale doit-elle s'adapter culinairement ou s'en tenir à une vision strictement laïque du menu ?

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  • Virgule de Guillemet
    • Posté à 14h10 le 08/01/2010

    Que faire si un jeune Omar, dont les parents auront précisé à l'enseignant qu'il était musulman, réclame du rab de saucisses-lentilles à la dame de la cantine ?

    Ma mère, institutrice en maternelle, avait un problème similaire. Les Témoins de Jéhovah ne célèbrent pas les anniversaires. Alors, lorsqu'un élève apportait un gâteau pour fêter son anniversaire, les petit Jéhovahs prenaient du gâteau en disant « Tu le diras pas à mes parents, hein maîtresse ? »

    Maman ne mouchardait pas.

    Problème résolu.

  • gotin
    gotin
    interne
    • Posté à 14h22 le 08/01/2010
    • Internaute
      interne

    Au collège, lycée et à l'université, les élèves ou les étudiants mangeant halal ou casher de façon stricte apportent leur gamelle ou vont manger à l'exterieur.
    Si les parents imposent à leur enfant un régime alimentaire religieux, ils n'ont qu'à préparer le repas à leur enfant comme cela peut se faire dans les pays anglo-saxons ou en Allemagne.
    Si j'impose à mon gosse d'aller à la mosquée/synagogue/eglise après l'école, je ne demande pas à la directrice d'affreter un car scolaire pour l'emmener !
    Donc pour moi la seule solution : maintenir des repas standards à la cantine et le signaler à la rentrée des classes.

  • I.P
    I.P
    Flat4
    • Posté à 14h24 le 08/01/2010
    • Internaute
      Flat4

    Ici c'est plus simple, mais les élèves ont une vingtaine d'années il faut dire. Un self-service avec au moins un plat sans porc en permanence, et du poisson tous les jours indépendemment des autres plats, comme ça tout le monde est content.

    Bon après la bouffe est dégoutante, mal cuite et de mauvaise qualité, mais c'est le problème de l'externalisation des services de restauration à des multinationales (COMPASS pour ne pas la nommer).

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 14h42 le 08/01/2010
    • Internaute
      Etudiant apolitique

    Mon père, prof dans un lycée, c'était énervé au CA lorsqu'on avait voulu introduire un plat sans porc. Non pour le principe en lui même, qui est déja discutable (après, des plats cashers pour les juifs, rien à manger pendant le carême ect... vous imagnez le bordel...) Mais simplement qu'on avait proposé de préparer 1 plat sans porc par élève avec un nom à consonance arabe. Je ne commenterais même pas la stupidité de la décision.
    Le plus simple serait de faire un plat végétarien et un plat standard, la plupart des interdictions religieuses concernant la viande.
    EDIT : et pitié, stoppez le poisson le vendredi, il est toujours dégueulasse dans les cantines.

  • claire67
    claire67
    illustratrice
    • Posté à 14h46 le 08/01/2010
    • Internaute
      illustratrice

    Je suis animatrice « restauration scolaire » dans une maternelle à Strasbourg. Comme dans beaucoup de ville en France, les écoles de Strasbourg accueillent des enfants issus de toutes catégories sociales et religieuses.
    La ville a donc mis en place un système qui pourrait paraître acceptable mais qui me semble au final très mauvais : les parents choisissent le type de menu de leurs enfants au début de l'année scolaire.
    Ils ont le choix entre : normal, végétarien, halal ou sans porc. Sur les listes d'appels, il y a un petit sigle pour repérer les enfants qui ne mangent pas comme les autres.
    Quand les écoles sont petites, ça fonctionne bien : les animateurs connaissent chaque enfant et le cas pas cas est possible.
    Mais quand ce n'est pas le cas on voit des choses incroyables, par exemple, pour faciliter l'organisation, une table pour les halals, une table pour les sans porcs... etc. C'est à dire que les enfants ne se mettent pas à côtés de leurs copains mais à côté des enfants qui mangent comme eux. Bonjour la mixité.
    Sans parler des petits qui ne comprennent pas : « pourquoi je peux pas manger ça moi aussi ? ».
    Par peur de rentrer dans des explications longues et compliqués les adultes répondent « c'est comme ça. »

  • Brin de paille
    Brin de paille
    simple citoyenne
    • Posté à 17h33 le 08/01/2010
    • Internaute
      simple citoyenne

    J'ai une fille animatrice scolaire dans une école primaire parisienne. Oui, elle est confrontée aux problèmes liés aux menus de cantine.
    Le nombre de menus sans porc s'établit de façon aléatoire, selon le quota des noms de famille à consonnance arabe ou au facies. Ce qui la choque. Des enfants sont rangés systématiquement dans la case « sans porc » alors que leurs parents ne sont pas pratiquants. Donc, c'est assez compliqué surtout le mercredi ou pendant les vacances, lorsque les enfants de plusieurs écoles sont concentrés dans une cantine. Ces jours-là, souvent, pas assez de portions sans porc . Ca lui fait mal au coeur de voir des gamins se priver de déjeûner . Alors, il lui arrive de parler avec les enfants concernés. Elle tente seulement de les déculpabiliser à faire une entorse à leur principe religieux qu'elle respecte, en leur expliquant que le principal est de se nourrir. Elle leur avoue qu'elle aussi, elle aimerait bien manger sans porc, mais que de temps en temps, elle fait une entorse et qu'elle s'adapte. En parlant avec eux sans tabou, cela se passe bien.
    Le comble, me rapportait-elle, c'est que elle, blonde aux yeux bleus, personne ne lui a demandé qu'elle était son appartenance religieuse.

  • witchone
    witchone
    Etudiant en linguistique
    • Posté à 17h46 le 08/01/2010
    • Internaute
      Etudiant en linguistique

    Il y a quelques années, à Lyon, j'étais dans un collège en ZEP avec un nombre important d'enfants musulmans, et si les « dames de cantines » étaient habituées à distribuer des menus spéciaux, elles étaient aussi habituées aux fraudeurs qui se disaient musulmans pour avoir un steack plutôt que des lardons pas cuits ! Moi, juif, j'avais souvent du mal à justifier le fait que je ne mangeais pas de porc, la plupart des dames de cantines n'étaient même pas au courant que c'était aussi le cas du judaïsme...
    En tout cas il me semble évident qu'il faut absolument préserver ce type d'aménagement. C'est le prix de l'intégration et de la diversité, et à l'école, c'est un des rares moments où juifs et musulmans perçoivent clairement la proximité de leurs traditions.

  • Otreman
    • Posté à 18h06 le 08/01/2010

    On cherche vraiment à trouver des problèmes là-où il n'y en a AUCUN ! ! !
    En 1967, il y a 42 ans tout de même, le CROUS de Marseille proposait à chaque repas de l'année, un menu compatible avec toutes les religions.

    Alors, où est le problème aujourd'hui :
    On veut prouver qu'On est devenu plus cons en 4 décennies... ?

  • Salaves
    Salaves
    Métallo
    • Posté à 21h06 le 08/01/2010
    • Internaute
      Métallo

    Cet article me rappelle un documentaire d'ARTE sur le recul de la laïcité, qui avait pour titre « Quand la République se voile la face ».
    Lien

    Et justement, il y avait un reportage sur ce cas de menus de cantine scolaire dans une école qui était dans la banlieue de Lyon. Le reportage faisait bien voir que la pression avait été téléguidée par des religieux musulmans un peu « extrêmes » qui se réjouissaient d'avoir obtenu un accommodement adapté à la religion et donc un recul de la laïcité face à leurs exigences. Cela ne veut pas dire bien sûr qu'à chaque fois que ce problème se pose il y a derrière des extrémistes qui piloteraient la manœuvre. Mais il est indéniable que c'est de plus en plus souvent. Dans le même documentaire et toujours à propos de menus de plateaux-repas, un reportage faisait état de l'hôpital de Nice qui avait accepté d'accommoder ses menus à la demande des trois grandes religions du livre. Elles avaient obtenu que lors d'une fête religieuse d'une de leurs religions, l'hôpital serve un menu correspondant à la fête en question à tous les pensionnaires, quelque soit leur propre foi, sans leur demander leur avis, et tous ces religieux s'en satisfaisaient.
    Recul après recul ...