Sur le terrain 08/01/2010 à 17h08

L'Hadopi a enfin un visage, mais toujours pas de voix

François Krug | Journaliste Rue89



Pour sa première apparition publique, la présidente de l'Hadopi s'est livrée à une partie de cache-cache avec les journalistes. La consigne était claire : se montrer mais ne rien dire. Notamment sur le retard accumulé. Au mieux, l'Hadopi ne sera opérationnelle qu'au printemps.

Ce vendredi, Frédéric Mitterrand a officiellement mis en place le collège de l'Hadopi, qui chapeautera l'autorité anti-piratage. A sa tête, Marie-Françoise Marais, conseiller à la Cour de cassation. Sa déclaration aux côtés du ministre aura au moins eu le mérite d'être brève :

« Je m'appliquerai à faire de l'Hadopi une autorité indépendante et respectée. Merci. »

La première décision de l'Hadopi, c'est visiblement de contrôler sa communication. Pendant une heure, Marie-Françoise s'est employée à éluder les questions et à éviter micros et caméras.

Eco89 peut néanmoins vous livrer ce scoop : à peine nommée, la présidente de l'Hadopi veut « souffler ». (Voir la vidéo)

Marie-François Garais ne soufflera pas longtemps. L'Hadopi a pris du retard par rapport au calendrier prévu lors du vote définitif de la loi, en septembre.


Photo : Frédéric Mitterrand et Marie-Françoise Garais

Au départ, les premiers mails d'avertissement aux pirates devaient être envoyés au janvier. Il faudra en fait attendre le printemps, voire l'été, a expliqué Frédéric Mitterrand :

« L'option basse, c'est avril, et l'option haute, juillet ».

Le gouvernement n'a publié que deux des décrets d'application de la loi, fin décembre : le premier précise le fonctionnement de l'Hadopi, le second nomme les membres de l'Autorité.

Le plus difficile reste à faire :

  • Le décret le plus important, consacré à l'instruction des plaintes à l'égard des pirates, n'est toujours pas bouclé. Une fois rédigé, il devra encore être validé par la Cnil et le Conseil d'Etat.
  • Le système technique permettant de traiter les plaintes et d'expédier les mails d'avertissement n'est pas encore prêt, confie un membre de l'Hadopi à Eco89.
  • Les négociations se poursuivent avec les fournisseurs d'accès, qui devront investir pour traiter les demandes de l'Hadopi. Selon un membre du cabinet de Frédéric Mitterrand, le système pourrait leur coûter au total « deux à trois millions d'euros », aucune compensation financière n'étant prévue pour l'instant par l'Etat.

Ce vendredi, ces petits détails semblaient loin des préoccupations de Frédéric Mitterrand. Son objectif : donner enfin un visage à l'institution et démontrer qu'elle n'est pas « un aréopage de pères fouettards ».

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  • mystigris
    mystigris
    ...
    • Posté à 17h28 le 08/01/2010
    • Internaute
      ...

    C'est le décret sur le logiciel de sécurisation que j'attends le plus car c'est à mon avis le plus important.

    Je me demande comment ils vont pouvoir répondre à toutes les contraintes. (conformité aux lois, pas trop intrusif..., qui réponde de manière opportune à la loi ayant crée la Hadopi etc)

    A ce titre, je me pose toujours des questions sur son utilisation.

    Nous savons qu'il doit répondre au problème du défaut de sécurisation de la ligne de l'abonné afin que celle ci ne puisse pas être piratée et utilisée pour commettre des téléchargements illégaux.

    Hors, selon les déclarations, on entend parfois parler d'un fonctionnement de type « logiciel de contrôle parental ».
    Mais ce type de logiciel ne protège absolument pas la ligne de l'abonné contre les intrusions ou les piratages.
    Elle empêche uniquement l'abonné lui même de faire certaines choses.

    Donc un logiciel fonctionnant sur le même mode que celui d'un contrôle parental ne répond absolument pas au problème posé par la loi :
    Le défaut de sécurisation de la ligne entrainant un téléchargement illégal.
    Il empêche juste l'abonné d'effectuer des téléchargements illégaux.

    Bref je suis curieux et reste attentif.

  • caro
    caro répond à screugneugneux
    délinquante avérée
    • Posté à 21h03 le 08/01/2010
    • Internaute
      délinquante avérée

    sur la colonne de gauche, dans la rubrique « à chaud », il y a un très bon article

    Lien

  • Pierre Serisier
    • Posté à 23h57 le 08/01/2010

    Ce qui est gênant dans tout ça, c'est la suspicion. C'est de partir de l'idée que nous sommes tous des voleurs en puissance, qui ne cherchons qu'à nous servir dans le grand magasin de l'internet, qui ne possèderait ni portes, ni vigiles.
    Le fait est que beaucoup d'internautes sont prêts à payer pour pouvoir consommer légalement, tranquillement et surtout d'une manière pratique tout ce qu'ils souhaitent.
    Le problème est double :
    1) la pauvreté de l'offre légale. Ce qui est proposé est insuffisant. En terme de catalogue d'abord et en terme de sortie d'autre part. Voir un film quatre ou six mois après sa sortie en salle, c'est trop tard. Dans le monde qui est le nôtre, on est déjà passé à autre chose. Ce film a déjà été remplacé par d'autres. L'offre légale ne tient donc pas compte de la rapidité de péremption des oeuvres.
    2) le prix. Le temps est révolu où l'on achetait des galettes à 20 ou 25 euros parce que c'était une nouveauté. Et même un morceau de musique à 99 centimes d'euros, cela demeure un peu cher. Il va falloir revoir les prix ou trouver d'autres sources de financement complémentaire pour les ventes en ligne.
    Tout cela pour dire que tant que l'offre légale ne sera pas plus attractive que l'offre illégale, elle ne fonctionnera pas. Ce n'est pas une question de vouloir spolier les ayants-droits. Beaucoup de gens qui téléchargent ne le font pas par économie. Beaucoup sont soucieux de la survie de la culture, de la bonne rémunération des artistes.
    Mais il faudrait juste écouter ce que les consommateurs (qui sont ceux qui font vivre l'industrie de la culture) ont à dire et ce qu'ils souhaitent. Or, depuis le début, les consommateurs sont les grands absents de ce débat. On n'a pas pris en compte leur point de vue, on n'a fait aucun cas de leurs attentes. On les a considérés avec une sorte de mépris. Tout s'est passé comme si on disait : on va réglementer tout ça et les consommateurs n'auront qu'à se plier à la réglementation.
    L'ennui est que cela n'est pas possible. Ignorer les consommateurs revient à les pousser vers l'illégalité. Et vu leur nombre (plusieurs millions ou plusieurs dizaines de millions), il va être très difficile de gérer le contentieux qui ne manquera pas d'être générer.
    D'ailleurs, avant même que la loi soit votée, des armes et des parades avaient déjà été inventées pour la contourner. Cela est quand même singulier, non ? Comme si une résistance s'organisait par anticipation, comme si le seul but était de contourner cette loi.
    Les artistes doivent être bien traités et respectés et payés pour leur travail. Mais il faut avant tout que les pouvoirs publics parlent... au public.