A la Une 13/07/2010 à 18h22

Les députés ont voté l'interdiction du voile intégral



Jean-François Copé entouré de députés à l'issue du vote (Benoit Tessier/Reuters)

L'Assemblée nationale a adopté ce mardi 13 juillet à 335 voix contre une l'interdiction du voile intégral dans l'espace public en France. C'est-à-dire justement ce contre quoi le Conseil constitutionnel avait mis en garde. Si le texte passe tel quel au Sénat en septembre, la femme écopera d'une amende de 150 euros et/ou d'un « stage de citoyenneté ».

Toute la droite a voté pour le texte, ainsi que quatorze députés PS.

« Les fondamentalistes connaissent bien les socialistes »

Mais le gros des rangs du PS, des Verts et du PCF s'est abstenu. L'état-major socialiste avait donné cette consigne, au grand dam d'Yvette Roudy, ancienne ministre des Droits de la femme sous Mitterrand, qui pestait encore récemment dans une lettre adressée à Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste au Palais Bourbon.

En des termes finalement assez peu éloignés du lexique dont use une partie de la droite :

« Les fondamentalistes ne sont pas fous. Ils nous connaissent bien. Ils savent que, pour certains socialistes, cette question n'est toujours pas prioritaire. Ils commencent fort intelligemment par la burqa [...] mais ensuite, ils demanderont des temps de piscine distincts, des classes séparées.

A Lyon, ils demandent déjà des espaces séparés dans les bus. Ils veulent des programmes scolaires purgés de toute allusion à la sexualité.

Ce sera l'apartheid. [...] Nous aurons accepté le communautarisme par peur de stigmatiser une population. »

Le 7 janvier 2010, Rue89 passait en revue les prises de position du personnel politique sur la burqa. Retour sur un dossier qui continue de déjouer les clivages gauche-droite.


La carte des opinions sur la burqa.

(De nos archives) L'UMP doit se prononcer ce vendredi sur l'opportunité d'une loi visant à interdire la burqa. Officiellement, c'est seulement sous quinze jours que Jean-François Copé doit présenter dans le détail son projet de loi. Dans le Figaro Magazine, le chef de file UMP à l'Assemblée a cependant dévoilé le montant de l'amende qui incomberait à toute femme gardant son voile intégral « sur la voie publique » : 750 euros.

La commission parlementaire chargée de plancher sur le sujet n'a pas encore rendu ses travaux. Officiellement, l'Elysée patiente. Mais Jean-François Copé accélère la cadence, visiblement pressé d'arracher une loi dont il sera l'instigateur. Conscient sans doute aussi du potentiel de division de ce débat, notamment au PS où l'interdiction du voile intégral divise très largement.

Car interdire (ou pas) la burqa dans l'Hexagone clive en dehors des lignes de fracture habituelles sur l'échiquier politique. Au Parti socialiste, la question a viré à la passe d'armes entre Benoît Hamon, qui s'est exprimé résolument contre une loi au nom du parti, et Aurélie Filippetti, favorable à l'interdiction, comme Manuel Valls du reste. La députée de Moselle a vertement mis en cause son camarade socialiste mercredi soir :

« Je reste sur ma position. [Je suis] étonnée de ces déclarations de Benoît Hamon un peu prématurées, le bureau national n'ayant à ma connaissance pas pris de position officielle et le débat étant en cours. »

Depuis l'été 2009, le débat sur la burqa se décline autour d'arguments de nature différente. On peut lister ainsi :

  • ceux qui réclament l'interdiction par idéologie ou féminisme
  • ceux qui s'opposent à l'interdiction en se réclamant du droit
  • ceux qui doutent de sa faisabilité par pragmatisme
  • ceux qui penchent plutôt pour une simple résolution ou une loi à effet limité
  • ceux qui disent qu'ils doutent

L'argument de la liberté

Le plus « hardliner“dans ce domaine est le député Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) qui voit dans la burqa ‘une coutume barbare’. Mais Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, est à peine plus tendre contre ‘cette prison de tissus pour les femmes’.

On notera à l'inverse que Rachida Dati ou Nora Berra, secrétaire d'Etat aux Aînés, se sont déclarées hostiles à une telle interdiction législative.

Fadela Amara et Aurélie Filippetti épousent des lignes assez proches, Amara ayant par exemple déclaré  :

‘Je suis pour l'interdiction de ce cercueil qui tue les libertés fondamentales (...), expression visible et physique des fondamentalistes et des intégristes dans notre pays.’

L'argument du droit

Plusieurs détracteurs arguent qu'il existe déjà les moyens juridiques d'interdire la burqa dans les services publics et les espaces publics. C'est le cas d'Arnaud Montebourg par exemple (voir la vidéo à partir de 4'30'').

Benoît Hamon, porte-parole du PS, y voit lui aussi ‘une loi de circonstance’ et prône plutôt d'utiliser :

‘tous les instruments que nous propose le droit pour faire en sorte aujourd'hui que ces comportements soient condamnés quand ils sont encouragés.’

Attention toutefois : c'est aussi sur la base du droit que Corinne Lepage, avocate de profession, s'est déclarée en faveur d'une loi et soutenait en août dernier sur Rue89 que l'interdiction était bien compatible avec la constitution.

L'argument de la demi-mesure

Xavier Darcos, qui redoute ‘une police du vêtement’ mais aussi François Bayrou et Xavier Bertrand ont récemment adopté une position médiane : l'idée d'une simple résolution parlementaire. Nicolas Sarkozy semble s'être rallié à cette idée.

Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, lui, n'est pas contre une loi, mais il envisage de l'interdire seulement ‘dans les services publics, soit à la Poste, dans les préfectures, devant les écoles ou dans les transports en commun’.

L'argument pragmatique

Pour le PCF, Marie-George Buffet doute de la faisabilité de l'interdiction :

‘La loi, dont on ne voit d'ailleurs pas quels pourraient être les fondements juridiques, ne peut pas régler la question de la burqa. Le premier combat est celui de lutter contre la société patriarcale qui maintient les femmes dans un rôle inférieur.’

Christine Boutin, elle aussi, doute qu'une telle loi puisse s'appliquer, même si la burqa lui pose ‘un problème’.

Les indécis

Interrogé sur l'opportunité d'une loi, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, a répondu, à l'instar de Laurent Fabius, qu'il doutait... même s'il rejoint finalement son collègue Brice Hortefeux :

‘J'avoue ne pas savoir. Parce que je voudrais que les femmes soient protégées, il n'y a aucun doute, et c'est une atteinte aux droits des femmes. Et mieux, enfin mieux... Pire encore, c'est une restriction de leur liberté.

Dans les services publics, oui je crois qu'il faut absolument refuser. Maintenant, qu'on se promène en burqa dans la rue, je crois que c'est aussi une liberté élémentaire... Moi, je ne suis pas sûr de moi là-dessus.’

A noter toutefois : toute la classe politique ne participe pas au débat de manière aussi soutenue. Jean-François Copé en a certes fait un vrai cheval de bataille, tout comme Aurélie Filippetti et Manuel Valls à gauche. Ou encore Corinne Lepage (Modem) qui avait signé sur Rue89 une tribune pro-interdiction.

Mais Martine Aubry, Rama Yade, Michèle Alliot-Marie sont très discrètes. La première secrétaire du PS ne s'est pas exprimée sur la question depuis l'automne.

Chloé Leprince, Guillemette Faure et Anna Benjamin

(Article initialement publié le 8 janvier 2010.)

Photos de l'infographie : Aurélie Filippetti (Korben), Laurent Fabius (Marie-Lan Nguyen), Jean-Marie Le Pen (Manuel), Jean-François Copé (Medef) , Rama Yade (Medef), Christine Boutin (Benjamin Lemaire/Virtuo Presse), Benoit Hamon (AW/Nouveau Parti socialiste), Martine Aubry (Incorruptible).

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  • Ciencien
    • Posté à 20h18 le 07/01/2010

    Boutin dans les « contre une loi ? »
    Par ma barbe...

  • Le Putsch
    • Posté à 20h27 le 07/01/2010

    Personne pour soulever le point suivant, à savoir que c'est le fait d'en parler et surtout de vouloir imposer son interdiction, qui est assurément le meilleur moteur de démultiplication des burqas ?

    C'est aussi parce que cela n'entraîne pas cette démultiplication que la mise en priorité de la liberté des femmes de faire leurs choix - et donc la réduction du bruit médiatique causé par la mise en avant de ce problème - est décidément le meilleur choix à faire à ce sujet.
    Interdisez à grands fracas à quelqu'un de potentiellement mécontent mais jusque-là relativement silencieux de porter un entonnoir sur la tête, et vous pouvez être sûrs de l'explosion à venir du chiffre d'affaire des quincailleries.

  • Guillemette Faure
    • Posté à 20h29 le 07/01/2010

    Oui, la Burkarte est pleine de surprise : Christine Boutin est contre une loi parce qu'elle pense qu'elle serait trop difficile à appliquer : Lien

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 20h34 le 07/01/2010
    • Internaute
      friend/unfriend

    Et là, je réalise que je me positionne au même endroit que ...
    Frédéric Lefebvre.
     ! ? ! ? ! ?
    Vous n'avez pas le droit.
    Je ne mérite quand même pas pas çà.

  • thierry reboud
    • Posté à 21h09 le 07/01/2010
    • Internaute

    Je me demande s'il était bien avisé de lancer un tel débat à une époque dont l'amour de la complexité n'est pas vraiment le fort.

    Le problème, c'est que la réponse ne devrait pas (selon moi) prendre en compte le caractère détestable (selon moi) du niqab ou de la burqa. Nous devrions être capable, ou sinon nous du moins les législateurs, de réfléchir indépendamment de notre position personnelle sur le bien-fondé du port du vêtement lui-même, puisque je n'ai encore entendu personne, à quelques infimes exceptions près, prôner le port du niqab ou de la burqa.

    Je dois dire que le recours aux arguments de la laïcité par des tenants du financement public de l'enseignement privé me semble presque aussi exotique qu'entendre le Front National invoquer la défense des droits des femmes. Mais au-delà de ces défenseurs singuliers de la laïcité, on dirait qu'on oublie que la laïcité s'impose à l'Etat et à ses agents, pas aux citoyens. S'il est parfaitement inconcevable qu'une employée de la préfecture soit revêtue d'un niqab (aussi inconcevable qu'un employé qui arborerait un crucifix ou serait coiffé d'une kippa), nous n'avons pas à attendre le même devoir de ceux et celles qui utilisent les services publics.

    Autre type d'argument : le port du niqab ou de la burqa interdirait l'identification de la personne qui les porte. C'est une imposture : l'arsenal législatif pour procéder aux identifications est déjà complet, tout simplement parce qu'il est prévu que personne ne puisse se soustraire à un contrôle d'identité.

    Reste l'argument le plus pertinent de tous (selon moi), celui qui défend la dignité de la femme. Sinon que c'est oublier là aussi plusieurs éléments. Premièrement, que les femmes qui portent un niqab ou une burqa le font précisément au nom de leur dignité. (On peut considérer que c'est avoir une conception très étrange de sa dignité, mais le fait est là.) Deuxièmement, que s'il faut interdire toutes les tenues vestimentaires attentatoires à la dignité des femmes, on peut craindre un tsunami économique dans le commerce de prêt-à-porter et de produits de beauté. Certain(e)s ne manquent pas de remarquer que la mini-jupe n'est pas nécessairement un signe de libération, mais peut aussi être tenu pour un signe de la soumission du corps féminin au désir masculin.

    N'importe quel(le) citoyen(ne) doit a priori être tenu(e) pour responsable de ses choix. Nous savons tous que tel n'est pas le cas (et pas seulement chez les musulmans fondamentalistes), mais je crois que ce doit être un présupposé intouchable de la démocratie. Si une femme nous assure qu'elle porte le niqab de sa propre initiative, nous ne devons pas, sauf preuve du contraire, remettre cette liberté de choix en question. Ou alors c'est mettre le doigt dans un engrenage très dangereux, qui reviendrait à postuler que certaines libertés (qui ne portent pas préjudice à autrui) valent moins que d'autres.

    D'une certaine manière, c'est très précisément au nom de nos valeurs, parmi lesquelles le respect de la liberté individuelle, que nous devons accepter que certaines portent des vêtements que nous jugeons scandaleux.

  • Désinscrit le 23 avril
    • Posté à 21h35 le 07/01/2010

    Ou que je peux pas le saquer le Copé, mais pour une fois, je suis d'accord avec lui et avec Filipetti. On a eu exactement le meme debat avec le voile, en disant que faire une loi stigmatiserait les musulmanes et n » était pas nécessaire, aujourd'hui, cette loi ne fait plus débat. J » espère que cette loi se fera. Par ailleurs, la position de Hamon me semble hallucinante venant du PS, parti qui devrait défendre la laicité. Si c'est l'UMP qui se met à la défendre, et beh dis donc... quand à Buffet, no comment...

  • Tofraziel
    Tofraziel
    Orwellien
    • Posté à 22h45 le 07/01/2010
    • Internaute
      Orwellien

    Pour ma part, je suis avant tout contre une loi sur des bases religieuses : l'Etat laïc n'a pas à décider qu'un accoutrement est conforme à une religion ou pas, c'est-à-dire ici que le voile intégral (cessons avec ce terme de burqa) est islamique ou pas, comme essayent de le faire certains (comme Dounia Bouzar, qui affirme que le voile intégral n'est pas un signe religieux musulman, ce qui n'engage que son interprétation personnelle...on pourrait autant en dire du hijab dans ce cas).

    Si loi il doit y avoir, ce ne doit donc pas être une loi contre un « signe religieux », mais contre une catégorie d'accoutrements, qui ne permettrait pas de reconnaitre la personne qui s'y cache. Une loi devrait donc définir précisément ce genre d'accoutrement, sans faire entrer le caractère religieux ou pas, mais dans un sens général. La loi ne pourrait donc pas être taxée d'islamophobe, ou de stigmatiser les musulmans...
    L'argument principal est la sécurité et la légalité : on doit pouvoir reconnaitre une maman qui va chercher un enfant, un témoin à un mariage ou quelqu'un qui va voter. Mais dans ce cas, n'existe-t-il pas déjà des lois ?

    Après, on peut commencer à entrer dans le débat sur les « valeurs ». Et là ça devient glissant...Evidemment, on est en très grande majorité choqué, on peut même se sentir agressé par le voile intégral et par ces fantômes ambulants. Mais doit-on pour autant leur imposer comment s'habiller, au nom de nos valeurs ? J'avoue que je n'ai pas la réponse...Quant aux droits des femmes, certes, mais une bonne partie de ces femmes voilées sont volontaires (c'est même souvent un acte fanatique de revendication intégriste)...
    Je pense que faire entrer le débat sur le terrain des valeurs pourrait être encore plus mal pris, être encore plus senti comme une stigmatisation des musulmans, qu'une loi contre un signe religieux précis.

    Je pencherais donc, comme Caroline Fourest, pour une loi ou un décret, voire une circulaire, insistant sur la nécessité de pouvoir reconnaitre une personne dans des cas précis comme ceux que j'ai évoqués plus haut. Cela éviterait le problème de l'application d'une loi qui interdirait le voile intégral partout...

  • Asse42-
    • Posté à 01h52 le 08/01/2010

    Bizarre d'oublier Ségolène Royal sur la carte ? C'est fait exprès sur la Rue89 ? Elle s'est exprimé pour dire qu'elle n'était pas favorable à une loi.

    Personnellement je pense que faire une loi contre le communautarisme religieux c'est absurde et dangereux.
    Absurde parce qu'on ne sait pas où l'on va s'arrêter. Et dangereux parce que c'est ouvrir une boite de pandore qui va pousser à la confrontation des communautés.

    La meilleure façon de lutter c'est par l'éducation et par l'intelligence collective. Affronter sereinement ce qui dérange pour le désamorcer. C'est ainsi qu'il disparaitra de lui-même.
    Lien