Entretien 07/01/2010 à 12h34

« L'histoire de Philippe Séguin, c'est aussi l'échec du gaullisme »



Philippe Séguin avec Pierre Lellouche, Nicolas Sarkozy, Nicolas Dupont-Aignan et Francois Baroin

Nommé secrétaire aux fédérations du RPR en 1998 lorsque Philippe Séguin était à la tête du parti, Nicolas Dupont-Aignan réagit sur Rue89 au décès de celui qui présidait la Cour des comptes depuis 2004. Proches, les deux hommes ont chacun affiché leur appartenance au « gaullisme social » et leur rupture avec la politique de l'UMP. Le premier en refusant d'intégrer la formation politique à sa création en 2002. Le second en la quittant cinq ans plus tard.

En quoi, selon vous, Philippe Séguin incarnait-il le gaullisme social ?

C'était quelqu'un de très grand dans un monde politique très petit. Parce qu'il faisait passer d'abord ses convictions avant ses intérêts, il voyait toujours le fond des choses. (...) Il était dans une période politique où le zapping et la com » l'emportent, et c'était quelqu'un de « fond ».

Il avait une exigence pour la France. (...) Son histoire personnelle, son extrême sensibilité, sa générosité, son mauvais caractère aussi étaient le fruit de tout ça. Il était très exigeant, il ne supportait pas le compromis et la compromission. (Ecouter le son)

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Que reste-t-il aujourd'hui en France de ce gaullisme social ?

Pas grand-chose. Parce que l'histoire de Philippe Séguin aussi, c'est l'histoire malheureusement d'un échec. C'est lui qui avait inspiré la « fracture sociale » de 1995, ensuite Jacques Chirac avec oublié ça et l'avait jeté avec. Il ne supportait pas cet abandon. C'est tout le contraire de tout ce qu'on vit depuis vingt ans. Il en avait beaucoup souffert, à mon sens. (Ecouter le son)

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Avec Henri Guaino, l'autre inspirateur de la « fracture sociale » de 1995 et désormais conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, le gaullisme social n'est-il pas encore présent au pouvoir ?

Non. Sans doute la personne, mais c'est devenu l'alibi, en rien un inspirateur. (Ecouter le son)

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En quoi la politique de Nicolas Sarkozy n'est-elle pas gaulliste ?

Elle est anti-gaulliste sur tous les sujets : politique étrangère, retour dans l'Otan, politique européenne, traité de Lisbonne, discrimination positive contre l'égalité républicaine, poids de l'argent, poids des intérêts... C'est une politique anti-gaulliste dans toute son horreur ou sa splendeur. Il n'y a rien de commun, bien évidemment. (Ecouter le son)

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Quels sont aujourd'hui les héritiers de ce gaullisme social et qui pourrait porter ces idées au pouvoir ?

Votre modeste serviteur essaye. Pour autant, c'est un immense combat que nous devons reprendre. En tout cas, s'il y a une personnalité politique qui m'inspire et qui m'a inspiré, c'est bien lui. C'est pour ça que je suis très triste aujourd'hui.

Ce qui est clair, c'est que ces idées-là sont profondément modernes et qu'elles sont attendues par les Français, que lui aurait pu les incarner, que malheureusement il n'a pas pu et qu'il faudra bien le faire. Ce n'est pas la politique actuelle, tant de la droite que de la gauche, qui peut sortir le pays du pétrin. (Ecouter le son)

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  • harey
    • Posté à 13h54 le 07/01/2010

    C'est certainement très con, mais j'ai grandi à Épinal à l'époque ou Séguin en était le maire, et même si je ne supporte quasiment aucun homme politique de droite, j'avais une sorte d'« affection » pour lui.

  • fxh.dechezmoi
    • Posté à 14h16 le 07/01/2010

    intéressant cet entretien...
    court mais intéressant, beaucoup de choses sont dites
    déjà, ça change de tout ce que l'on peut entendre depuis ce matin et d'une certaine manière, cela relativise certaines des choses que l'on entend depuis ce matin...

  • christobal0094
    • Posté à 14h40 le 07/01/2010

    Seguin l'integre a la fibre sociale.

    mais surtout celui qui n'a pas sut franchir vraiment la ligne.

    c'etait assez confus cette epoque des reformateurs, avec Pasqua dans le role de gardien du temple exigeant du « Chi » et obtenant la emission de Michelle Barzach alors Ministre de la Sante ( je mets des majuscules).

    avec Michel Noir et Leotard perdu dans leur scandales.
    avec Devedjian evolaunt baladurien ( du tout)
    avec Simone Weil, l'icone, asservie.

    c'est le probleme d'une caste, d'un « milieu », on n'en sort pas.