A débattre 07/01/2010 à 13h00

Affaire Treiber : les journalistes mis sur le grill par le Raid

David Servenay | Ex-Rue89


Photo : des policiers du Raid (Charles Platiau/Reuters)

Irrités par les ratés de la traque du fugitif Jean-Pierre Treiber, les policiers du Raid s’en prennent aux faits-diversiers ayant suivi l’affaire. L’un d’eux a été perquisitionné, puis entendu ce jeudi matin à la Brigade nationale de recherche des fugitifs.

Comme l’annonce Le Point, les enquêteurs de la BNRF ont débarqué à l’heure du petit déjeuner (8h) au domicile de Stéphane Munka. Ce confrère, aujourd’hui indépendant, a fait ses armes à VSD et TF1, comme spécialiste des faits divers. Avec Christophe Gautier, lui aussi ancien de VSD, ils ont publié dans Paris-Match plusieurs des lettres écrites par Treiber durant sa cavale.

Dans certaines de ses missives rendues publiques, l’homme soupçonné d’un double meurtre se moquait des policiers du Raid chargés de le retrouver. La colère du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux avait d’ailleurs éclaté au moment de l’arrestation du fugitif. Extrait :

« Nous étions, tout d’abord, sous le feu des projecteurs d’une certaine presse. Oui, la presse nous a gênés dans cette enquête.

La présence incessante de photographes dans la forêt de Bombon ne pouvait, par exemple, que perturber l’enquête. Le fait que la presse achète des photos du fugitif et les publie n’était clairement pas pour aider non plus !

Je vous le dis : celui qui a donné ou vendu les photos au journaliste et a donc mis en danger l’ensemble de votre travail sera identifié et sanctionné. Je m’y engage devant vous.

Je ne fais pas le procès de la presse, je m’interroge seulement sur l’éthique qui anime ceux qui ont accepté sciemment de mettre en danger la recherche d’un évadé, qui plus est soupçonné d’un double meurtre.

De plus, la presse a été elle-même instrumentalisée en donnant à Jean-Pierre Treiber un visage différent de celui de la réalité. »

Une fois de plus, policiers et juges cherchent donc à identifier les sources des journalistes. Dans un cas où l’exception stipulée par la nouvelle loi, votée en décembre, ne semble pas scrupuleusement respectée.

Pour mémoire, voici ce que dit la loi :

« Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi. Cette atteinte ne peut en aucun cas consister en une obligation pour le journaliste de révéler ses sources. »

Comme son confrère, Christophe Gautier a été convoqué dans l’après-midi pour une « simple audition » par la BNRF, a précisé le parquet d’Auxerre.

Correction, le 7/01/10, à 22h : précisions sur la procédure utilisée (audition simple et non garde à vue) à l’encontre des journalistes, après déclaration du procureur de la République d’Auxerre.

  • 14651 visites
  • 47 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • alexandre32
    alexandre32 répond à Yvon le Zébulon
    clochard céleste
    • Posté à 13h32 le 07/01/2010
    • Internaute 100183
      clochard céleste

    Des dizaines de journalistes pour couvrir un fait divers quelconque, en l’occurrence une cavale, des dizaines de médias faisant passer un gars lourdement soupçonné de plusieurs meurtres pour une victime sympathique batifolant dans les bois et fuyant les vilains policiers débiles : la presse d’information est en effet menacée...

  • Virgule de Guillemet
    Virgule de Guillemet
    avec un s !
    • Posté à 13h48 le 07/01/2010
    • Internaute 83260
      avec un s !

    Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi.

    D’un autre côté, faire oublier l’impéritie des services de police en criant haro sur des journalistes qui font leur métier peut constituer un impératif prépondérant d’intérêt public, en Sarkozie.