Polémique 05/01/2010 à 19h28

Non, les boursiers ne font pas baisser le niveau après bac


Face à la suggestion d'instaurer des quotas d'étudiants boursiers, les grandes écoles françaises arguent d'

une « baisse de niveau ».


Les grandes écoles françaises sont contre les quotas de boursiers et même tout ce qui pourrait y ressembler. Officiellement, bien sûr, elle ne vont pas jusqu'à assumer un recrutement élitiste sur critères sociaux. La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a souhaité à plusieurs reprises qu'on arrive à 30% de boursiers à l'entrée de ces établissements réputés (sans pour autant exiger de quota), et fin décembre, les écoles se sont cabrées.

Officiellement, c'est l'attachement au « mérite républicain » qui motive ces résistances. Or, lorsqu'on les interroge, certains chefs d'établissement en dévoilent davantage : selon eux, un effort en faveur des étudiants boursiers ferait « baisser le niveau ».

La prédiction sonne comme une menace, alors que la France est déjà très mal lotie dans les classements d'excellence à l'échelle mondiale. Qu'importe si un tiers des élèves inscrits en classe prépa sont désormais boursiers, à la faveur d'une évolution récente : les 221 établissements rassemblés sous la bannière de la Conférence des grandes écoles (CGE) refusent en bloc tout ce qui relèverait d'une politique volontariste.

Voici, pour mémoire, les ratios actuels de boursiers dans des écoles bien connues :

  • Ecole centrale Paris : 13,67%
  • HEC et ESSEC : 12%
  • Polytechnique : 11,03%
  • Mines Paris : 9,47%
  • Agro Paris Tech : 12,22%

A l'inverse, Sciences-Po Paris, qui ne fait pas partie de la CGE, avait fait preuve d'audace en 2001 en ouvrant un accès spécial pour les bacheliers issus des ZEP : l'école de la rue Saint-Guillaume s'est engagée à relever son ratio à hauteur de 30% à la rentrée 2012.

A HEC, c'est gratuit, mais pas pour beaucoup

On ne peut pas en dire autant de HEC : l'école, qui s'était flattée à peu de frais en avril 2008 de décréter la gratuité des frais de scolarité pour ses boursiers, était aux abonnés absents, ce mardi, pour expliquer où en est aujourd'hui leur politique de mixité sociale.

Pourtant, le raisonnement de ces réfractaires est très fragile. Rien n'indique qu'un effort pour intégrer davantage d'étudiants issus de milieux modestes ait un effet négatif sur le niveau général : les expériences montent plutôt qu'il n'en est rien.

Agnès Van Zamten, universitaire spécialiste de l'éducation et de la formation des élites, précise qu'il n'existe aucune étude croisant le ratio de boursiers et le niveau d'excellence d'une formation post-bac.

Patrick Weil (CNRS, Paris-I Panthéon-Sorbonne) rappelle quant à lui qu'aux Etats-Unis, l'ouverture des facs les plus prestigieuses aux meilleurs lycéens d'extraction fragile n'a pas été synonyme de médiocrité.

Trois noms français seulement au classement de Shanghai

Si on s'en tient au seul classement de Shanghai, qui recense à l'échelle mondiale les 100 établissements les mieux placés, rien ne montre un lien entre le niveau des écoles et leur degré d'ouverture aux boursiers.

Seulement trois sont français : les universités Paris VI et Paris XI et l'Ecole normale supérieure.

L'école des Mines, du haut de ses 9% de boursiers, n'est pas dans le classement. Polytechnique, pas davantage, même si l'école avait (sans doute) cru bon de préserver son niveau moyennant à peine 11% de bourses d'Etat.

Les trois établissements qui se sont hissés dans le classement de Shanghai ont au contraire des ratios de boursiers plus élevés. Pas de l'ordre de 30% non plus, mais plus élevés tout de même :

A Normal Sup Paris, rue d'Ulm, 17% des étudiants sont boursiers cette année. A Normal Sup Cachan, le taux dépasse 30%.

Du côté des deux facs couronnées dans le classement académique mondial, on fait aussi mieux que les Mines : Paris XI précise que, tous campus confondus, on dénombrait, sur l'année 2007-2009, 4 000 boursiers pour 27 000 étudiants.

Mais l'université compte cinq facs, trois IUT et une école d'ingénieurs, et les ratios varient d'un établissement à l'autre : la fac de médecine fait plonger les stats (seulement 3% de boursiers) tandis qu'en droit, économie et gestion, on remonte à 15%, et même à 21% pour l'école d'ingénieurs.

L'université Pierre et Marie Curie (Paris VI), qui précise qu'elle figure au classement de Shanghai « depuis le début du classement » et qu'elle a même glané deux places cette année, compte pour sa part 23.5% de boursiers en licence de sciences et 22,6% en niveau master.

Article mis à jour le 08 / 01 à 11h10 après réception des chiffres de Paris VI.

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  • Shtrâsse
    Shtrâsse
    étudiant
    • Posté à 21h32 le 05/01/2010
    • Internaute
      étudiant

    A propos des ENS :
    Tout d'abord, précisons les termes : il y a, pour l'ENS Ulm en tout cas, outre les élèves étrangers avec différents statuts, deux grandes catégories d'étudiants au sens large, les élèves (entrés sur concours, quasiment tous sortis de classes préparatoires, rémunérés, avec statut de fonctionnaire-stagiaire et contrat décennal avec l'Etat), et les étudiants admis à préparer un diplôme à l'ENS (n'ayant pas forcément fait de classes préparatoires, entré sur dossier, non rémunéré, avec le simple statut d'étudiant).

    Ensuite, à propos des différents scores selon les ENS (Cachan, Lyon, Ulm). Leurs effectifs sont très différents selon les différents départements où s'inscrivent élèves et étudiants. A Ulm, les élèves sont globalement à parité entre sciences (un certain nombre de sections différentes) et sciences humaines (deux sections différentes), 100 nouveaux élèves par an de part et d'autre (les étudiants sont recrutés par département avec une logique propre). A Cachan en revanche, par exemple, les matières scientifiques et techniques sont majoritaires par rapport aux sciences humaines. Il y a fort à parier que les proportions supérieures de boursiers à Cachan sont dues aux proportions supérieures de scientifiques dans cette Ecole. S'il n'est bien sûr pas interdit d'être boursier et littéraire, il faut avouer que c'est plus rarement le cas et que généralement les carrières scientifiques sont plus méritocratiques (d'autant qu'à l'heure actuelle, il n'y a pas par exemple de concours PT ou PSI pour l'ENS Ulm). Si les élèves et les étudiants ne savent pas forcément entre eux qui était boursier et qui était fils de millionnaire, en revanche, on constate facilement que le taux de provinciaux directs (ayant effectué une prépa en province) et indirects dans une moindre mesure (ayant effectué leur lycée en province) est bien supérieur dans les concours scientifiques que les concours littéraires.

  • gringo4c
    gringo4c
    Nuance de gris
    • Posté à 22h29 le 05/01/2010
    • Internaute
      Nuance de gris

    Non, les boursiers ne font pas baisser le niveau d'une fac. Les quotas, si. Et proposer un minima de boursiers se rapproche plus de la proposition du quota pur et simple, plutôt que de la proposition de bonne volonté innocente. Le sophisme en guise d'introduction de l'article donne le ton.

    Qu'est ce qu'un quota au final ? C'est favoriser des gens selon leur statut social, sans tenir compte de leurs capacités. Scandaleux, du moment ou le statut social est élevé, acceptable, du moment ou le statut social est inférieur. Bref, la bonne vielle discrimination positive. Sauf que la discrimination positive reste de la discrimination...

    Première étape, qui ne rend pas service aux élèves. On accueille des étudiants qui n'ont pas le niveau pour des études dans des grands écoles, mais on le fait quand même. Résultat, les « quoteux » se retrouveront paumés et la plupart se retrouveront en échec, en perdant par la même occasion une année scolaire au nom de la discrimination positive. Sympa pour eux. Sympa également pour ceux qui au contraire, ont les capacités, ne sont pas boursiers, mais devront laisser la place au profit d'un jeune, qui a eu la « chance » de naître plus pauvre que les autres.

    Deuxième étape, plus les quotas sont élevés, plus la direction sera mise sous pression pour faire baisser un taux d'échec qui explose avec l'arrivée de « quoteux ». La tentation sera forte de niveler l'enseignement vers le bas. Si la France possède que quelques écoles dans le classement de Shangaï, c'est aussi à cause de ça. A force de vouloir donner une formation universitaire à tout le monde, on assiste aujourd'hui à une dépréciation des diplômes made in France. Les quotas ne vont pas améliorer la situation.

    Au final, les quotas ne rendent service à personne, sauf aux politiques qui sous couvert d'une noble cause, font du populisme plus qu'évident. Rendons les études prestigieuses plus équitables ? Oui ! Favorisons l'entrée des boursiers qui ont les capacités pour entreprendre des études en école prestigieuse.

  • zombili
    zombili
    plouc éduqué
    • Posté à 23h40 le 05/01/2010
    • Internaute
      plouc éduqué

    @ Chloé (Auteur)
    « L'école des Mines, du haut de ses 9% de boursiers, n'est pas dans le classement. Polytechnique, pas davantage, même si l'école avait (sans doute) cru bon de préserver son niveau moyennant à peine 11% de bourses d'Etat. Les trois établissements qui se sont hissés dans le classement de Shanghai ont au contraire des ratios de boursiers plus élevé »
    Vous n'auriez peut-être pas du utiliser « le classement de Shanghai » pour argumenter. Tout d'abord il est tres controversé. Il n'est pas toujours representatif de la qualité scientifique des travaux réalisés.Ce classement est fortement influencé par la quantité d'articles parus dans Nature et Science, puis par les indices de citation dont les journaux de plus hauts indices sont souvent des journaux de Biologie (Cell ..) ou a fort contenu biologique ce qui n'est pas forcement la vocation premiere de l'Ecole des Mines de Paris. Mais bon en faisant un peu de recherche bibliographique (PubMed), on constate qu'une dizaine d'articles (pas terrible) sont seulement sorties de cette institution en 2009, pas toujours en premier auteur et dans des journaux plutôt « inconnus » (a faible indice)