A débattre 03/01/2010 à 17h04

Jospin assume 2002 pour ne pas être résumé à son échec

François Krug | Journaliste Rue89

Dans un docu et un livre, l'ex-Premier ministre tente de réhabiliter un parcours brisé par sa défaite à la présidentielle en 2002.

Lionel Jospin assume. Dans un livre et un long documentaire, il admet sa responsabilité dans sa défaite à la présidentielle, et veut convaincre que sa carrière ne se résume pas au 21 avril 2002. Impossible ?

Un livre de mémoires, « Lionel raconte Jospin », à paraître le 7 janvier, puis un documentaire en deux parties sur France 2... « Lionel Jospin se raconte enfin », résume le Journal du dimanche.

Enfin, on saura donc tout de son passé trotskiste, de ses relations avec François Mitterrand et de sa cohabitation avec Jacques Chirac, à en croire les extraits du documentaire cités par le Journal du dimanche.

Une responsabilité « entière » pour 2002

C'est surtout son analyse de la défaite de 2002 qui retient, ce dimanche, l'attention des médias. Sa responsabilité ? « Par définition, elle est entière », admet Lionel Jospin :

« J'ai surestimé le rejet de Jacques Chirac, j'ai surestimé la perception positive de mon bilan. J'ai sous-estimé l'impact qu'avait la division de la gauche, j'ai sous-estimé le premier tour. Ma campagne n'a pas été assez offensive. Mais quand l'attelage va à hue et à dia, c'est difficile d'être bon. »

Rien de bien nouveau, en fait. Le soir même du 21 avril 2002, en annonçant son retrait de la vie politique, Lionel Jospin livrait une analyse et un mea culpa assez identiques :

« Au-delà de la démagogie de la droite et de la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette situation, j'assume pleinement la responsabilité de cet échec. » (Voir la vidéo)

En 2006, Lionel Jospin était revenu sur son échec devant les militants du Mouvement des jeunes socialistes. Avec un peu plus d'émotion, mais avec une analyse pas vraiment inédite sur cette « épreuve cruelle, soudaine, inattendue » :

« Au-delà même des divisions qui se sont produites et qui l'ont en partie expliquée (...), je ne pensais pas que cela était possible (...). Avez vous vu beaucoup d'armées repartir à la bataille avec un général battu ? » (Voir la vidéo)

Dans le documentaire de France 2, le « général battu » détaille un peu plus ses erreurs stratégiques. Mais sur le fond, Lionel Jospin n'avait pas attendu 2010 pour admettre sa « responsabilité ».

Jospin : « Mon parcours politique d'acteur est achevé »

La différence, c'est qu'aujourd'hui, Lionel Jospin ne compte plus sur ses aveux pour relancer sa carrière. « Mon parcours politique d'acteur est achevé », explique-t-il, après avoir longtemps laissé planer le doute.

Place, désormais, à l'histoire et à la construction de la légende personnelle. Le destin de Lionel Jospin serait ainsi « une tragédie intime », explique le journaliste Claude Askolovitch dans le Journal du dimanche.

Lionel Jospin peut aussi compter sur la nostalgie du public. Comme Jacques Chirac, qui vient lui aussi de publier ses mémoires et a également fait l'objet d'un long documentaire sur France 2, du même réalisateur, Patrick Rotman.

Sauf que Lionel Jospin, lui, n'a jamais gagné la présidentielle. Un livre et un documentaire n'y suffiront sans doute pas : pour les Français, Lionel Jospin devrait rester dans l'histoire comme l'homme du 21 avril.

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  • thierry reboud
    • Posté à 17h18 le 03/01/2010
    • Internaute

    En lisant le titre de l'article, je me suis dit : « Ah, quand même ! ... Enfin ! » N'ayant jamais pris Jospin pour une truffe et ayant toujours eu une assez haute idée de ses capacités intellectuelles, je n'en revenais pas qu'il puisse se montrer aussi aveugle sur ses responsabilités dans sa défaite de 2002.

    Et puis non. Finalement, Jospin fait du Jospin, c'est-à-dire qu'il assume ses responsabilités en s'en défaussant. Notamment, j'attends toujours le mea culpa de Jospin sur son programme[qui]n'est pas socialiste (ce qui d'ailleurs était, il faut lui reconnaître ce mérite, exact).

    Franchement, son passé trotskiste, ses relations avec Pierre, Paul, Jacques ou François, il me semble qu'on s'en fout un peu. Et, à vrai dire, le marbre de sa statue dans l'histoire aussi. Encore une occasion ratée. Et si c'était cela, la spécialité de Jospin ?

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 17h23 le 03/01/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Ma campagne n'a pas été assez offensive. Mais quand l'attelage va à hue et à dia, c'est difficile d'être bon. »

    Retenez donc l'essentiel :
    c'est l'attelage qui n'était pas bon, et non le char du candidat.

    - Ce sont donc les chevaux (les autres) qui ont tout fait foirer !

    Quoi qu'il en soit, les Français ne remettront jamais en selle un capitaine qui a abandonné son navire en pleine tempête...

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 17h34 le 03/01/2010
    • Internaute
      non connue

    Sa responsabilité ? « Par définition, elle est entière »

    Hé, hé, le « par définition » dit exactement le contraire d'un mea-culpa. Il n'a pas changé, Yoyo.

    Cela dit, si tous ceux qui approuvent aujourd'hui les 35 heures avaient voté pour lui au premier tour...

  • letroisièmeoeil
    • Posté à 17h38 le 03/01/2010

    Je trouve ces commentaires plutôt durs... Je suis nostalgique de Jospin.

    C'était une époque où le Premier ministre se contentait de faire son boulot, où la tête de l'Etat ne passait pas son temps à essayer de monter les Français les uns contre les autres, et où le gouvernement essayait... Certes timidement, certes il y eut les privatisations, mais il y eut les 35 heures également, et la tentative de mener une politique plus à gauche que n'importe quel gouvernement post-1982. Jospin lui-même donnait peu ou pas dans la « politique-spectacle », et menait son navire avec austérité et sérieux ; plus que n'importe quel autre gouvernement récent en tout cas.
    Les années Chiras-Sarozy paraissent tellemnt vulgaires en comparaison.
    Mais je suppose que c'est la clé pour la victoire : la vulgarité, le bling. On peut se moquer des Italiens et de leur fascination pour Berlusconi, nous ne sommes pas meilleurs en tant que peuple.

    Nous avions en 2002 l'occasion d'élire un président austère et sérieux, qui avait au moins une vague idée de ce que voulait dire le terme « intérêt commun ». Que cette époque semble loin !

  • nono le simplet
    nono le simplet
    bidochon
    • Posté à 17h55 le 03/01/2010
    • Internaute
      bidochon

    une chose est sûre , je ne lui pardonnerai jamais son lâchage de la gauche dont il était pourtant le leader au soir du premier tour et avant les législatives .
    Il a peut-être assumé sa propre défaite mais il nous a fait assumer la défaite des législatives .
    Jospin qui se tire comme un voleur en 2002 et Delors qui nous a fait le coup « j'y vais -j'y vais pas “ en 1995 , vraiment de mauvais souvenirs ...

  • Orphee
    • Posté à 23h34 le 03/01/2010
    • Internaute

    Je trouve ces commentaires très durs dans l'ensemble. Se retirer le jour même d'une défaite historique me semble au contraire le signe d'une grande honnêteté intellectuelle. Et à ce moment même, en faisant ce geste il a assumé personnellement sa défaite, et n'a pas cherché à faire porter le chapeau à d'autres ou à trouver des excuses foireuses pour continuer. Quoi qu'on pense de son bilan et du personnage, on ne peut pas lui retirer d'avoir donné du sens et de la sincérité à l'engagement politique. Et comment peut-on lui reprocher de ne pas avoir, par pur esprit de clan, soutenu Ségo en 2007, alors qu'il s'agit de deux approches de la politique totalement opposées ?

    A part ça, on peut toujours tirer à droite ou à gauche sur la politique qu'il a menée, mais le personnage mérite le respect