A la une 03/01/2010 à 11h32

A saisir : millions de vaccins contre la grippe A, origine France

Laurent Mauriac | Cofondateur Rue89


Dans un centre de vaccination à Marseille (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

Le 9 septembre dernier, Rue89 révélait que la France avait commandé 10% des doses mondiales de vaccin contre la grippe A : 94 millions de doses pour un coût de 869 millions d'euros. Aujourd'hui, la France cherche à revendre une partie de ces vaccins, achetés en juillet, à d'autres pays.

Selon Le Parisien de ce dimanche, deux contrats ont déjà été signés. Le premier a été conclu en novembre avec le Qatar, pour l'acquisition de 300 000 doses de vaccin, à 7 euros pièce. Un deuxième accord a été obtenu avec l'Egypte pour l'achat de 2 millions de doses, au même prix. Des chiffres confirmés ce dimanche matin par le ministère de la santé, dans un communiqué.

Ce vaste marchandage ne concerne pas seulement la France. L'Allemagne, les Pays Bas et la Suisse, qui ont eux aussi commandé trop de vaccins cherchent à s'en délester.

Ainsi, la France a fait une proposition à l'Ukraine, où la grippe A se répand. Mais l'Allemagne est également sur les rangs et le gouvernement réserve sa réponse. Des négociations ont également eu lieu avec le Mexique, la Bulgarie et la Roumanie.

Paris donne 9,4 millions de vaccins à l'OMS

Initialement, les experts pensaient qu'il faudrait deux doses pour vacciner une personne. C'est pourquoi le nombre de vaccins achetés excède le nombre d'habitants. Le Parisien relate que le ministère français de la Santé a reçu le 1er novembre une note de l'Agence européenne de la santé (Emea) indiquant qu'une seule injection de vaccin suffisait pour être protégé contre le virus.

C'est alors que la décision fut prise de revendre des vaccins aux pays qui en feraient la demande. Mais l'opération va un peu plus loin puisque dans chaque pays, les ambassadeurs sont chargés de faire un point des besoins. En septembre, l'Elysée avait décidé de donner 9,4 millions de doses à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les pays les plus démunis.

La France revend les quatre types de vaccins qu'elle a acquis à leur prix d'achat :

  • 6,25 euros la dose pour le Sanofi-Pasteur
  • 7 euros le GSK
  • 9,34 euros le Novartis
  • 10 euros le Baxter

Reste à savoir s'il y aura assez de demande pour absorber les excédents français et européens. Les 2,3 millions de doses vendues au Qatar et à l'Egypte représentent à peine 2,5% de ce qui a été acheté. Selon une dépêche Reuters, plus de 4,6 millions de personnes ont été vaccinées en France contre la maladie, qui, selon le dernier pointage de l'Institut national de veille sanitaire, a provoqué 198 décès au 29 décembre.

Parmi les premières réactions, celle, sévère, de Bernard Debré, sur France Info.

« Il était évident qu'on avait entre 50 et 70 millions de vaccins en trop (...). On a poussé à l'extrême et à l'extrême stupidité le principe de précaution (...). Quand on exagère et on dramatise, on a tenu le pays en haleine pendant quelques mois mais après on a la note. »

L'ancien ministre et député de Paris avait qualifié en juillet la grippe A de « grippette sans danger ».

Mise à jour le 03/01/10 à 11h40 avec la réaction de Bernard Debré.

Mise à jour le 03/01/10 à 12h10 avec le communiqué de presse du ministère de la santé et correction du montant du coût des vaccins d'après le communiqué.

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  • Laurent Mauriac
    Laurent Mauriac
    Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
    • Posté à 13h48 le 03/01/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Cofondateur

    Voici le texte du communiqué diffusé ce dimanche matin par le ministère de la santé mais qui n'était Lien sur son site en milieu de journée :


    Paris, le 03 janvier 2010

    COMMUNIQUE DE PRESSE

    Vente de vaccins contre la grippe A(H1N1)

    Le gouvernement français a engagé la cession à titre onéreux de doses de vaccins contre la grippe A(H1N1) aux pays qui lui en ont fait la demande. 300 000 doses ont ainsi d'ores et déjà cédé au Qatar et 2 millions de doses sont en cours de cession au profit de l'Egypte. Des contacts sont en cours avec d'autres pays, en particulier l'Ukraine et le Mexique.

    Le gouvernement français a pris, au printemps 2009, la décision d'offrir à toute personne qui voudrait se faire vacciner la possibilité de le faire. Pour cela 94 millions de doses ont été commandés auprès de 4 laboratoires pharmaceutiques pour un montant total de 869 millions d'euros.

    Lorsque la France a signé les contrats d'acquisition de vaccins au début de l'été, le schéma vaccinal qui était inscrit dans les autorisations de mise sur le marché des vaccins pré-pandémiques était un schéma à deux doses. La commande de 94 millions de doses était destinée à couvrir la population française sur la base de ce schéma vaccinal et d'un taux d'attrition de 25%.

    Dès le début du mois de novembre, les premiers résultats des essais cliniques ont été en faveur d'un schéma vaccinal à une seule dose. Cette orientation a été confirmée le 20 novembre par l'agence européenne du médicament. Depuis cette date, il est devenu évident que la France disposerait à terme, en fonction du rythme des livraisons, d'un excédent de vaccins.

    Dès que cette perspective a été ouverte, le ministère de la santé a entamé une réflexion sur l'utilisation de l'excédent de doses. Du fait de l'échelonnement des livraisons, la question de l'excédent de doses se posait essentiellement à moyen terme. Dans un souci de coopération avec les pays qui en font la demande et dans une logistique de bonne gestion de son stock de vaccins, la France a donc décidé de céder des vaccins à des pays étrangers au fur et à mesure que les quantités livrées le lui permettraient.

    La priorité du gouvernement français est de continuer à offrir à la population française la vaccination qui reste le meilleur moyen de protection contre ce nouveau virus. La directrice de l'Organisation mondiale de la santé a rappelé récemment que ce virus est « imprévisible » et qu'il peut donc provoquer un deuxième pic épidémique voire muter.

  • lauraingalls
    • Posté à 17h39 le 03/01/2010

    En ce qui me concerne, nous avons le choix mon mari et moi de ne pas nous faire vacciner, ni nos enfants.
    Néanmoins je ne suis pas choquée que la France ait autant investi côté vaccins. Je trouve ça normal et même plutôt rassurant si tout devait recommencer avec une maladie réellement grave.
    Si il y avait eu un vrai problème de santé et que les vaccins manquaient, n'auriez vous pas été les premiers à protester ?
    Ce que je reproche au gouvernement, c'est toute cette campagne mensongère et anxiogène qui a été menée depuis le début de l'hiver pour inciter les gens à se faire vacciner.
    Alors râler systématiquement, non. Ils ont fait ce qu'il fallait au départ, par contre après la gestion de cette pandémie qui n'en était pas une a été désastreuse !
    Pour la petite histoire, un de mes enfants a finalement attrapé cette fichue grippe pendant les vacances. Nous avions échappé au vaccin, par contre on n'a pas échappé au Tamiflu dont il faut apparemment aussi écouler les stocks...

  • Sexus Empiricus
    • Posté à 18h00 le 03/01/2010

    3 janvier 2010, lorsqu'on débarque sur le site du journal Le Figaro, on tombe comme d'hab » sur la question du jour. « Grippe A : peut-on reprocher au gouvernement un excès de précaution ? » Ainsi que le remarque un lecteur, la question est « cucu », on dirait aussi bien attrape-nigaud (comme dans 90% des cas).

    Mais je vois ici pourquoi. C'est que le Pr. Debré a donné le ton : « On a poussé à l'extrême et à l'extrême stupidité le principe de précaution ». Il se peut que Mme la ministre ait poussé loin (le bouchon ? la chansonnette ? à la consommation ? ), mais certainement pas le « principe de précaution ». N'est-ce pas une imprudence que de pousser outre la précaution et son principe ? En principe, donc, on ne pousse jamais assez loin la précaution.

    Par contre, sous couvert de précaution ou de santé (la santé d'abord ! ), la bio-politique fait adroitement son office. Les dépenses de santé augmentent ? Mais comment n'augmenteraient-elles pas ? Il y a une offre, il y a de la demande, de puissants laboratoires pharmaceutiques aux intérêts prospères et, à l'autre bout de la chaîne, nos peurs. Nos peurs... nos peurs, celles-là même que la Droite aime à gérer, le soir à 20 heures, sous le nom de Sécurité.
    Par mesure de sécurité, l'Etat veilleur de nuit, Gardien de nos vies, peut tout se permettre. On a beau être libéral, la Providence chassée par la porte revient par la Main invisible : au-delà du virus, H1N1 est d'ores et déjà le nom de code de la biopolitique à la française, sécuritaire et luxueuse - mais, tout compte fait, sans queue ni tête, comme tous les monstres froids.