Afrique 02/01/2010 à 09h15

Quand le Burkina Faso débat de l'alternance politique

Alain Saint Robespierre | L'observateur paalga


(De Ouagadougou) Question à un fauteuil présidentiel : quel est le mot qui, dans le champ politique du Burkina Faso, a traversé de bout en bout l’année 2009 et continuera, certainement, de défrayer la chronique pendant longtemps ? A notre avis, c’est le terme « alternance », un petit mot de quatre syllabes qui a suscité pas mal de vagues.Et le débat s’annonce encore plus palpitant en 2010 avec la perspective de la présidentielle de novembre censée inaugurer l’ultime mandat du chef de l’Etat, Blaise Compaoré. Reste à savoir si le magistrat suprême se pliera à cette obligation constitutionnelle ou plutôt, comme le prédisent nombre d’observateurs de la scène politique, il s’en fichera comme d’une guigne de ce numerus clausus en violentant à nouveau la règle sur la limitation du nombre de baux au palais de Kosyam. Autant d’interrogations qui ont fait de l’alternance le célèbre mot de l’année 2009.

Quel sens donner à ce mot ? Selon le dictionnaire Larousse,

« l’alternance, c’est la succession au pouvoir, dans un cadre démocratique, de deux tendances politiques différentes ».

Définition laconique qui trouve prolongement dans un glossaire politique Toupictionnaire  :

« L’alternance politique correspond à la situation d’un régime politique où des courants, des tendances ou des partis politiques différents, se succèdent au pouvoir. C’est le cas lorsque la majorité politique est renversée par l’opposition dans le respect des règles constitutionnelles, lors d’une élection législative ou présidentielle par exemple. La possibilité qu’il y ait une alternance politique est l’une des conditions nécessaires à la démocratie. L’alternance a pour conséquence de renforcer la légitimité de la Constitution et l’adhésion des citoyens au régime politique ».

Si chez nous ce mot a été au cœur de l’actualité politique ces douze derniers mois, c’est surtout par le fait de deux hommes. Le premier s’appelle Zéphirin Diabré. Actuellement au groupe nucléaire français Areva en tant que Directeur Afrique et Moyen-Orient, il a occupé le poste de directeur général adjoint du PNUD. Au plan national, M. Diabré a été successivement député, plusieurs fois ministre et président du Conseil économique et social.

Sous son autorité s’est tenu, en mai 2009 à Ouagadougou, le Forum des citoyens de l’alternance sous le thème éponyme : « L’alternance, un fondement de la démocratie ». Trois jours durant, activistes de la société civile, acteurs du microcosme politique (à l’exception de ceux du CDP, parti au pouvoir), et représentants des quarante-cinq provinces, se sont livrés à un véritable procès de ce qui a été qualifié, à cette tribune, de « démocratie inachevée ».

Dès l’ouverture des travaux, l’initiateur de la rencontre, Zéphirin Diabré, a asséné :

« Lorsqu’un peuple est dirigé par les mêmes personnes pendant un certain temps et que cela dure et perdure, forcément, il commence à se poser des questions... Toute démocratie reste inachevée tant qu’elle n’a pas produit d’alternance. Notre démocratie appartient à cette catégorie ».

Une première salve suivie d’une pétarades de tirs de sommation contre « l’exercice du pouvoir personnel d’inspiration monarchique », « l’influence familiale et clanique illustrée par le rôle quasi officiel joué par le frère cadet du chef de l’Etat », « l’hyperprésidentialisme qui laisse peu de place au Premier ministre et au gouvernement ».

Procès d’une démocratie inachevée

Intellectuel de haut vol, Diabré reste, malgré tout, un produit du système, et à ce titre, il a bénéficié, tout au moins dans l’ascension fulgurante qui est la sienne, de la bienveillance de ceux dont il est devenu aujourd’hui l’inquisiteur en chef. Mais peut-être c’est parce qu’il a été du sérail qu’il en connaît mieux les péchés et les déchets. Il en va de la politique comme de la religion : les pires anticléricaux se recrutent souvent dans le contingent des anciens séminaristes.

Un passé qui a aussi fait douter certains de la sincérité politique du franc-tireur au point de le suspecter de connivence avec Blaise Compaoré, réputé pour son art consommé de la manipulation.

Mais alors qu’on commençait à oublier le Forum des citoyens de l’alternance, voilà que ses concepteurs reviennent à la charge avec, cette fois-ci, le Forum des citoyennes et des citoyennes de l’alternance (FOCAL). Ce qui n’était jusque-là qu’un rassemblement informel vient de se muer en entité formelle. Ultime étape vers la création d’un parti politique ?

La nouvelle structure se mettra-t-elle au service de l’ambition présidentielle qu’on prête à Zephirin Diabré, ou restera-t-elle un laboratoire de brassage d’idées à l’image de ces thinks tank américains comme semble les affectionner le citoyen Diabré ?

La deuxième personne qui aura posé de façon retentissante le problème de l’alternance a, quant à elle, incarné pendant longtemps le système dont il s’est nourri de la sève. Depuis l’arrivée de Blaise Compaoré au pouvoir, en 1987, il a été présenté comme le fidèle parmi les fidèles. Super ministre sans discontinuer pendant deux décennies, il fut aussi le concepteur des basses et hautes œuvres de la République, le spécialiste des coups tordus et l’âme damnée du président dont il était l’œil et l’oreille : Salif Diallo.

Mais sous l’effet conjugué des intrigues du palais, des problèmes de personnes et sans doute des erreurs qu’il a dû commettre, ce gladiateur du chef a été petit à petit poussé vers la sortie de l’arène. Sacrifié un jour de Pâques par un remaniement ministériel dont il a été la seule victime, Diallo, après une période de traversée du désert, a finalement été envoyé en Autriche comme ambassadeur. Autant dire une hibernation pour qui connaît l’ardeur de l’exilé de Vienne.

La « bombe » venue de Vienne

De là-bas, est venue une « bombe » portant la signature de l’ex-artificier du régime. Dans une interview parue en juillet 2009, Salif Diallo déclarait à la stupéfaction générale :

« Il faut remettre à plat les institutions du pays en dissolvant l’Assemblée nationale pour instaurer un régime parlementaire qui transformerait le président du Faso en une sorte de reine d’Angleterre. La question de l’alternance n’est pas une question taboue qu’il faut contourner ».

Avant d’en rajouter de plusieurs louches :

« Pour moi, le meilleur moyen de créer l’alternance dans notre pays, dans la paix, et la stabilité, c’est de réformer profondément les institutions actuelles pour approfondir la démocratie en donnant des chances égales à tous les partis politiques. C’est pourquoi ma suggestion est d’aller aujourd’hui vers un régime parlementaire qui nous éviterait une patrimonialisation de l’Etat ».

Acquiescements dans les rangs de l’opposition qui regarde soudain son bourreau d’hier avec de yeux de Chimène. Branle-bas et colère noire du côté de la majorité, particulièrement du CDP dont les ténors n’ont pas hésité ou ont été contraints, c’est selon, à se désolidariser avec un camarade « en perte de vitesse ». Pour qui connaît le mode de fonctionnement de cette formation politique, régie, entre autres, par « la discipline du parti », pareilles déclarations valent abandon aux loups.

Pourquoi le sujet de l’alternance a-t-il tenu tant en haleine le landerneau politique en cette année 2009 ?

Sans doute parce que 2010, en principe, marque un tournant dans notre processus démocratique. En effet, en novembre prochain, aura lieu la présidentielle censée être la dernière pour Blaise Compaoré conformément à l’article 37 de la Constitution qui limite le nombre de mandats à deux.

A partir de cette élection à venir, les Burkinabè retiendront leur souffle. Car depuis quelque temps, des rumeurs, de plus en plus persistantes, font état d’une nouvelle modification de la Constitution aux seules fins de permettre au chef de l’Etat actuel de rempiler autant de fois qu’il le souhaite.

Velléités révisionnistes du pouvoir

Déjà, au sein du parti au pouvoir, une commission chargée de la réforme constitutionnelle a vu le jour.

Autre signe avant-coureur des desseins révisionnistes du camp présidentiel, c’est, selon certains observateurs de la scène politique, le discours du chef de l’Etat prononcé la veille de la célébration du 49 anniversaire de l’indépendance. Dans son adresse à la Nation, Blaise Compaoré a appelé ses concitoyens à des réflexions portant sur des changements politiques et institutionnels :

« J’invite l’ensemble de citoyens à approfondir les réflexions sur les réformes politiques indispensables à l’enracinement dans notre société des valeurs de démocratie et de citoyenneté responsable... Le perfectionnement continu de notre système politique est aujourd’hui un impératif qui requiert la modernisation de la gouvernance de l’Etat, en référence aux attentes légitimes de nos populations ».

Que faut-il entendre par réformes politiques ? Seront-elles opérées sur la base d’un consensus national ? Encore et encore des questions qui ne manqueront pas d’entretenir le suspens comme l’adore le chef. Comme on le voit, les Burkinabè traverseront 2010, comme en 2009 : au son de la guéguerre autour de l’alternance. Avec en sus, la crainte d’une autre discorde aux conséquences non prévisibles. Entendez par là, la bataille de l’article 37.

D’où ce vœu pour le nouvel an : puisse la sagesse et la tolérance habiter l’ensemble de la classe politique burkinabè.

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  • Cataphractaire
    Cataphractaire
    Keodedour ar bed
    • Posté à 13h52 le 02/01/2010
    • Internaute 58787
      Keodedour ar bed

    Ce serait bien si notre zoltan avait le pouvoir de la Reine Elizabeth.

  • Léo01
    Léo01
    étudiant
    • Posté à 14h52 le 02/01/2010
    • Internaute 76182
      étudiant

    Aaaaahh, ces vieux chefs qui s’accrochent au pouvoir...

  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 19h04 le 02/01/2010
    • Internaute 86373
      Républicain

    Avec un chef au pouvoir depuis 1987 ...Comment voulez vous que la situtation s’ameliore ?

    Mais c’est surement encore la faute de l’homme blanc si l’Afrique stagne.

    • Connard le Barban
      Connard le Barban répond à Duc du Granlac
      fonctionnaire nanti comme il y (...)
      • Posté à 19h50 le 02/01/2010
      • Internaute 75120
        fonctionnaire nanti comme il y (...)

      Que Monsieur le Duc me pardonne, mais il me semble que Blaise Compraoré est arrivé au pouvoir en assassinant Thomas Sankara avec la bénédiction de la France et de ses services si particuliers en Afrique. Alors homme blanc - pas homme blanc - faut voir.

      • Duc du Granlac
        Duc du Granlac répond à Connard le Barban
        Républicain
        • Posté à 19h56 le 02/01/2010
        • Internaute 86373
          Républicain

        Et oui le monde est cruel ! !

        Quand la France a voulu en 1789 changer de regime,elle a eu toute l’Europe contre elle,ce qui ne nous a pas empeché de gagner.

        Ne me dites pas que c’est 3 barbouzes qui empechent l’Afrique de devenir démocratique.

        Si un peuple veut vraiment la démocratie il finit toujours par l’obtenir mais pour ça il faut en payer le prix.

         
        • Connard le Barban
          Connard le Barban répond à Duc du Granlac
          fonctionnaire nanti comme il y (...)
          • Posté à 09h41 le 03/01/2010
          • Internaute 75120
            fonctionnaire nanti comme il y (...)

          Mais en 1789 la France était la première puissance économique (et militaire) européenne, ce qui enlève beaucoup de crédibilité à votre comparaison. Quant aux trois barbouzes,je crains que vous ne sousestimiez fortement leur nombre,ainsi que la présence militaire et économique de la France en Afrique sub-saharienne. Mais « heureusement », ceci ne devrait pas trop durer : les américains (et les chinois) sont en train de nous remplacer dans ce rôle là. Quant à la démocratie, combien de temps a-t-il fallu pour qu’elle ressemble à quelque chose en France ? Ne me dites pas que vous avez oublié le Consulat, l’Empire, la Restauration, etc ...

          • Duc du Granlac
            Duc du Granlac répond à Connard le Barban
            Républicain
            • Posté à 15h05 le 03/01/2010
            • Internaute 86373
              Républicain

            Continuer de penser que si l’Afrique souffre c’est uniquement à cause de l’homme blanc.

            Vous prenez l’africain pour un grand enfant, comme quelqu’un incapable de mal agir, d’avoir de mauvaises intentions.

            Non bien sur il ne peut qu’être bon, mais ensuite il se trompe car il est manipulé par le méchant homme blanc.

            C’est du vrai paternalisme colonialiste votre truc.

            Moi je les considère à mon égal, et donc si dans un pays qui a les ressources pour se développer, la situation se dégrade alors c’est que les dirigeants sont responsables.

            Quand en France un problème de gouvernance arrive je pense que c’est la faute à Sarko pas aux américains.

            • Azza
              Azza répond à Duc du Granlac
              Ingénieur en informatique (...)
              • Posté à 15h16 le 04/01/2010
              • Internaute 25467
                Ingénieur en informatique (...)

              Sauf que si Sarko dit merde aux americains (ou plus credible, Chirac), lesdits americains ne bombardent pas Paris.

              Vous oubliez les accords de defense, les bases militaires Francaises.

              Les pays Africains colonises par la France ne maitrisent meme pas leur propre monnaie. Le CFA est ainsi totalement rattache a l’Euro via Paris.

              L’assassinat de Sankara en est l’exemple caricatural. Un homme politique tente de sortir son pays du controle Francais, il est assassine et remplace par un pantin a la solde de Paris. Que voulez vous de plus ?

        3 autres commentaires
    • PIT LE CHIEN
      PIT LE CHIEN répond à Duc du Granlac
      Wouaooouh!
      • Posté à 15h36 le 03/01/2010
      • Internaute 25924
        Wouaooouh!

      Assassin au pouvoir !
      Revoir les discours éclairés du grand Sankara, le seul créateur du Burkina faso , dont cette interview :

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