a la une 02/01/2010 à 10h42

De l'art de voler des tableaux : les maîtres de la cambriole

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Après le vol de toiles de maître chez un particulier et dans un musée, retour sur les disparitions qui ont marqué l'histoire de l'art.


« Les Choristes », pastel de Degas dérobé au musée Cantini, à Marseille (DR)

Jeudi, le gardien d'une résidence privée du Var a découvert la disparition d'une trentaine de tableaux de maîtres comme Picasso. Le même jour, à Marseille, les gardiens du musée Cantini ont constaté le vol d'un pastel d'Edgar Degas. Les auteurs de ces vols n'ont pas eu à faire preuve d'autant d'imagination que certains de leurs ancêtres en filouteries.

Dans le premier cas, le ou les voleurs ont simplement fracturé une porte-fenêtre d'une résidence de La Cadière d'Azur, un village du Var. Le propriétaire était en vacances en Suède. La valeur totale des oeuvres dérobées approcherait un million d'euros.

A Marseille, comme le raconte Nouvelobs.com, le petit pastel de Degas a été simplement dévissé du mur, jeudi à potron-minet. Il n'a pas été retrouvé. Intitulée « Les Choristes », l'oeuvre, dessinée en 1877, fait seulement 27 cm par 32 cm. Le musée d'Orsay l'avait prêtée au musée Cantini pour une rétrospective Degas. Valeur estimée : 800 000 euros.

Un employé du musée a été placé en garde à vue vendredi, puis relâché sans aucune charge. Cité par 20Minutes.fr, le procureur de la République de Marseille a indiqué qu'il n'y avait pas eu d'effraction, « à [sa] connaissance ». Il avance trois hypothèses : « Un visiteur, un intrus ou une complicité interne. »

L'AFP estime d'abord le Degas à 30 millions d'euros

Le gardien de nuit placé en garde à vue jeudi semblant hors de cause, l'enquête ne fait que commencer. Une fois la police scientifique venue pour ses relevés, le musée devrait rouvrir samedi.

La première estimation de la valeur du Degas donnée par la police judiciaire et le musée rappellent à quel point les vols de tableaux font vibrer l'imaginaire populaire : 30 millions d'euros, pas moins...

D'autres Arsène Lupin ont réussi à dérober des oeuvres beaucoup plus précieuses, dans des conditions beaucoup plus rocambolesques.

Affaire suivante : non, Pablo Picasso n'a pas volé la Joconde

Mis à jour le 02/01/2010 à 13h15 après l'annonce du vol de 30 toiles chez un particulier.

Picasso n'a pas volé la Joconde


Des visiteurs devant « La Joconde » au musée du Louvre (Jacky Naegelen/Reuters)

Le tableau le plus célèbre du monde est entouré d'un horrible sas de verre blindé qui reflète les flashs (interdits) des touristes venus de toute la planète pour admirer son mystérieux sourire.

En 1911, la Joconde était accrochée aux mêmes cimaises que ses voisins, la peinture étant tout de même couverte d'un verre. A la portée de tous.

Quand, le 22 août, un gardien du Louvre découvre un trou à la place de Mona Lisa, la presse du monde entier s'émeut.

Le voleur voulait que Mona Lisa retourne en Italie

Des journaux et des mécènes offrent des récompenses, la Société des amis du Louvre promet l'impunité au voleur... Le poète Guillaume Apollinaire et le peintre Pablo Picasso sont soupçonnés. L'écrivain italien Gabrielle d'Annunzio revendique le vol.

Mais il n'en est pas l'auteur. La Joconde est perdue jusqu'en 1913, quand le vitrier italien Vincenzo Peruggia tente de la vendre à un antiquaire florentin, qui alerte la police.

Peruggia, qui avait participé aux travaux de mise sous verre des grands tableaux du Louvre, voulait que Mona Lisa retourne en Italie. Pendant deux ans, il l'avait conservée dans sa chambre de bonne parisienne.

La belle est revenue au Louvre en 1914.

Affaire suivante : à Zurich, le braquage artistique du siècle : Cézanne, Van Gogh, Monet...

A Zurich, le braquage artistique du siècle


Les quatre tableaux de la collection Bührle volés à Zürich en 2008 (DR)

La collection Emil G. Bührle est l'une des plus riches de Suisse. C'est dire. Elle est aussi l'une des mieux dotées du monde en impressionnistes et post-impressionnistes, des peintres très cotés.

Voilà pourquoi, en moins de trois minutes et en emportant seulement quatre tableaux, des hommes sont repartis avec environ 115 millions d'euros. Vers 16h30, le dimanche 10 février 2008, trois hommes encagoulés, dont l'un au moins était armé, font irruption dans l'entrée de la fondation, dans un quartier tranquille de la capitale financière suisse.


Sous la menace de son arme, l'un d'eux force visiteurs et personnel à s'allonger au sol, pendant que les autres décrochent chacun deux oeuvres, qu'on peut admirer dans un diaporama du Nouvel Obs :

  • « Garçon dans une veste rouge » de Paul Cézanne
  • « Marronnier en fleurs » de Vincent Van Gogh
  • « Champ de coquelicots près de Vétheuil » de Claude Monet
  • « Ludovic Lepic et ses filles » d'Edgar Degas

L'« Olympia » de Magritte enfumé : ceci est bien un vol

Ce mode opératoire sera aussi utilisé en 2009 pour le vol de l'« Olympia » de Magritte, en Belgique. Ils les chargent ensuite dans une voiture blanche, et filent. Seuls deux des tableaux, le Monet et le Van Gogh, ont été retrouvés, dix jours plus tard, sur la banquette d'une voiture garée devant un hôpital psychiatrique.

Des tableaux d'une telle valeur sont évidemment invendables sur le marché légal. Mais on peut les négocier auprès de riches collectionneurs qui ne les montreront jamais à leurs invités.

Affaire suivante : Stéphane Breitwieser, 239 oeuvres d'art sous sa veste

Breitwieser, 239 oeuvres sous sa veste


Il dit n'avoir agi que par passion, mais la police l'a soupçonné d'avoir négocié quelques tableaux avec des mafias des pays de l'Est. Mulhousien de 38 ans, Stéphane Breitwieser a fait quatre années de prison en France et en Suisse pour le vol de 239 oeuvres dérobées dans les musées de l'Europe entière, entre 1995 et 2001.

Breitwieser, dont le regard de chien battu a fait la une des journaux au moment de son arrestation, s'est toujours présenté comme un amateur d'art mû par des coups de foudre pour des oeuvres qu'il engrangeait dans sa collection personnelle, au premier étage du pavillon de sa mère, près de Mulhouse.

Mais le spécialiste de l'art de Libération, Vincent Noce, qui a enquêté sur lui, a découvert un courrier où l'aigrefin faisait état de « la vente d'une dizaine d'oeuvres d'art ».

Sa mère jette plusieurs dizaines d'oeuvres dans le fleuve

Stéphane Breitwieser procédait toujours de la même manière : en visite dans un petit musée peu surveillé, il repérait une petite oeuvre, qu'il glissait sous sa veste ou dans un sac.

Lorsqu'il est arrêté, en 2001, sa mère décide de « le punir ». Elle jette dans le canal Rhin-Rhône plusieurs dizaines d'oeuvres, peintures, sculptures, médailles... Elle a ainsi détruit des tableaux de Watteau, Boucher, Cranach, Corneille de Lyon et Bruegel l'Ancien.

Trafic de drogue ou villas jamaïcaines : quand les oeuvres voyagent

Trafic de drogue et villas jamaïcaines


Image extraite du film « Ordinary Decent Criminals » (DR)

Un article paru en 2001 dans le Courrier de l'Unesco laisse rêveur quant au destin des oeuvres d'art volées. Il décrit le fonctionnement d'une brigade des carabiniers italiens spécialisée dans la recherche d'oeuvres, la seule au monde avec l'office central de lutte contre le trafic de biens culturels, en France. Deux exemples de son action.

En 1987, 29 tableaux sont volés dans le musée municipal d'un village proche de Pérouse, Bettona. Parmi eux, un Pérugin. Six pays d'Europe et d'Amérique collaborent à l'enquête, qui aboutit en 1990... à Kingston, Jamaïque. Un ancien sénateur est arrêté, il fera deux ans de travaux forcés.

L'article évoque aussi, sans le nommer, un « coup » du célèbre gangster Martin Cahill. En 1986, il dévalise un fourgon blindé à Dublin, qui contient une partie de la collection de lord et lady Beit : 18 toiles de maître, notamment de Vermeer, Goya, Rubens, pour une valeur estimée à 500 millions de francs.

« Trois toiles, dont le Rubens, sont toujours manquantes »

Le patron de la brigade italienne raconte comment cette affaire croise « les circuits du trafic de drogue et du blanchiment d'argent. L'article poursuit :

“Une toile sera retrouvée à Istanbul par la police turque, en 1990. Trois autres, transférées à Londres, seront récupérées par la police anglaise.

Quatre -dont le Goya et le Vermeer-, gagées sur un prêt accordé à un diamantaire, ont été déposées dans une banque luxembourgeoise. Les carabiniers italiens les découvriront à la faveur d'une enquête sur le blanchiment d'argent sale.

Au total, trois toiles, dont le Rubens, sont toujours portées manquantes.”

Plusieurs films ont relaté cet épisode, dont “Ordinary Decent Criminals”, avec Kevin Spacey.

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  • Erka
    • Posté à 11h04 le 02/01/2010
    • Internaute

    Vous avez oublie le cambriolage de l'Isabella Stewart museum de Boston, en 1990, avec vol de Vermeer, Rembrandt, inestimables... jamais retrouve.

    Lien

  • marta
    marta
    luciole
    • Posté à 13h36 le 02/01/2010
    • Internaute
      luciole

    aucune oeuvre d'art ne vaut l'exorbitante somme d'argent déboursée pour « la posséder » ;

    la place d'une oeuvre d'art est dans un musée et non dans le salon d'un quelconque parvenu (comme il y en a tant aujourd'hui) se pavanant devant ses invités ;

    il est malheureux de constater qu'une oeuvre d'art est réduite à une marchandise qui peut apporter gros ; d'où tous ces vols dont on parle, bien organisés et bien payés par le commanditeur ; espérons que celui-ci sait protéger l'objet de ses désirs lors des manipulations afin de ne pas l'abîmer avant qu'on ne le retrouve ;

    sur ce, et vous souhaitant à toutes et à tous une année moins désastreuse que celle que nous avons vecue, allez voir au musée Marmottant l'exposition : Fauves et Expressionistes (jusqu'à fin février)

  • A déménagé le 24-01-2012 2
    • Posté à 13h44 le 02/01/2010
    • Internaute
      nc

    Bon je m'éloigne un peu (de tableau à sculpture) mais j'aime bien les petits malheurs qui arrivent régulièrement à la statue la plus connue danoise, la petite sirène de H.C. Andersen qui, humilité nordique oblige fait 312 metres de moins que notre tour eiffel, et est juste posée sur un caillou dans le porte de copenhague... voici un historique qui n'est pas forcement vrai sur toute la ligne...mais pour se donner une idee, trouvé dans wiki :

    La statue fut vandalisée plusieurs fois, et à chaque fois restaurée.

    Le 24 avril 1964, la tête fut sciée et dérobée par des artistes engagés du mouvement situationniste, parmi lesquels Jørgen Nash. Elle ne fut jamais retrouvée et une nouvelle tête fut fabriquée et placée sur la statue.

    Le 22 juillet 1984 son bras droit fut enlevé, et rendu deux jours plus tard par deux jeunes vandales.

    En 1990, on échoua à lui enlever la tête encore une fois, tout en laissant une coupure de 18 cm dans le cou.

    Le 6 janvier 1998, elle fut décapitée pour la seconde fois ; les coupables ne furent jamais identifiés, mais la tête fut rendue anonymement, et remise en place le 4 février.

    On barbouilla la statue plusieurs fois, notamment en 1961 où on lui teignit les cheveux en rouge et où on lui peignit un soutien-gorge.

    Le 11 septembre 2003, elle fut probablement dynamitée pour l'arracher à son socle1.

    Elle fut aussi drapée d'une burqa, affublée d'un Godemichet, etc.
    Dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 mai 2007, elle a été enveloppée de deux tissus rouge et bordeaux, une tenue d'inspiration musulmane, avec la tête recouverte d'un voile.
    L'administration de Copenhague a annoncé récemment que la statue pourrait être déplacée pour la protéger.

  • lord snop
    • Posté à 16h18 le 02/01/2010

    Degas ne vaut pas 30 millions !
    tout au plus1, très bien vendu, de surcroit un tel tableau est invendable...
    les œuvres d'art sont devenues des titres speculatif dans une niche plutot interessante.
    scandale ? pas tant que ça. car qui discerne quels artistes resterons dans l'histoire et qui va disparaitre ? réponse les collectionneurs.
    qui prends des risques en disant « ceci est le futur ceci ne l'est pas » ? les collectionneurs.
    qui crée la vision de demain ? les collectionneurs encore.
    et toutes prise de risque gagnante doit être payé.

  • quetzal2012
    • Posté à 23h17 le 02/01/2010

    La cambriole : un Art, soit.

    Cela fait longtemps que je ne suis pas venu sur la Rue et j'ignorais que maintenant des articles qui n'en sont pas y font la une, une dépêche tout au plus sans fond ni forme, ni analyse...

    Un sujet intéréssant pourtant !

    D'un côté on a envie de dire « joli coup » et de se dire que de toute façon, le prix exhorbitant de ces oeuvres est une absurdité mais on se dit surtout avec amertume que ces chefs-d'oeuvres vont atterrir dans les grandes propriétés de milliardaires sans scrupules.

    D'autre part, quand on parle de trafic d'art, on doit aussi parler de pillages organisés de main de maître par les Etats colonisateurs et les dominants en période de guerre. Le musée de Bagdad attend encore de nombreuses oeuvres « volatilisées » pendant la guerre du Golfe, la Grèce exige toujours le retour des frises du parthénon, exposées depuis le XIXème siècle au British Museum pillées pendant la période ottomane (du XIVème s. au début du XIXème s.)

    En Amérique latine, en Asie le pillage des objets d'art par des réseaux de criminels internationaux se fait à la demande de riches nord-américains ou européens bien que le contrôle se soit resséré, ils doivent alors redoubler d'inventivité pour poursuivre, est-ce pour autant un art ?

    Les « listes rouges » ont notamment servi au musée d'Art précolombien de Mexico pour identifier des oeuvres qui n'auraient jamais dû atterrir en Espagne...

    du fond svp du fond...