Polémique 01/01/2010 à 16h45

Les mauvais arguments de Serge Klarsfeld en défense de Pie XII

Albert Herszkowicz | Memorial98

La réaction publique de Serge Klarsfeld face au processus de béatification de Pie XII est choquante et inquiétante. Avant de poursuivre la lecture de cette tribune, je vous invite à lire dans son intégralité son interview au Point parue le 24 décembre.

En dehors des éléments concernant Céline et De Gaulle, l’argumentation de Klarsfeld porte sur 3 points essentiels :

  • Un engagement de Pie XII contre le nazisme.

Klarsfeld déclare que « Pie XII a joué un rôle déterminant contre Hitler », sans apporter aucun début de preuve dans ce sens. Si c’était vrai, cela constituerait pourtant une révélation historique bouleversante.

Au contraire, tous les historiens estiment que Pie XII, attaché à l’Allemagne et à la lutte contre le « bolchévisme », ne s’est absolument pas engagé contre le nazisme et à même cherché à préserver l’Allemagne nazie de la défaite qui s’annonçait à partir de la fin de 1942 et de la capitulation de l’armée allemande à Stalingrad le 31 janvier 1943.

Dès 1964, Saul Friedlander publie le livre « Pie XII et le IIIe Reich, Documents » (éditions du Seuil) qui démontre amplement ce que fut l’attitude réelle de ce pape.

Notons ainsi que lors de son accession à la papauté en mars 1939, le premier ambassadeur qu’il reçoit de sa propre initiative est celui de l’Allemagne nazie ; puis il expédie immédiatement un courrier à Hitler lui-même en faisant assaut d’amabilités et de références à son attachement renouvelé à son séjour allemand, prolongé en tant que nonce et négociateur du Concordat de 1933.

  • Une affaire sortant de son champ de compétence

Klarsfeld développe une autre idée selon laquelle Pie XII n’avait, au fond, pas à se préoccuper des Juifs, mais uniquement de l’avenir du catholicisme.

Ainsi le chef d’une l’Eglise qui se proclame universelle, qui commande à des millions de catholiques, de prêtres, d’évêques n’aurait aucun devoir de sauvegarde à l’égard d’êtres humains ne faisant pas partie de sa chapelle. Cette position est d’autant plus monstrueuse que pendant des centaines d’années, l’Eglise et les papes ont diffusé la haine et le mépris des Juifs.

Il ne s’agit pas ici d’un gourou local ou du chef d’un petite secte spirituelle mais d’un homme qui détient un pouvoir immense. Les nazis sont sensibles à ce pouvoir.

Quand l’Eglise d’Allemagne s’engage contre l’euthanasie des malades, elle obtient rapidement gain de cause. L’évêque de Munster Mgr Von Galen explique en détail, dans un sermon prononcé à l’église Saint-Lambert de Münster le 3 août 1941, comment on tue les malades innocents et comment on trompe les familles par des avis de décès falsifiés.

Des copies du sermon sont distribuées dans toutes l’Allemagne et sur le front, parmi les soldats. Peu après le sermon du 3 août, Hitler donne l’ordre d’arrêter le programme d’euthanasie. L’évêque ne subit pas de répression.

Dans son ouvrage plus récent « L’Allemagne nazie et les Juifs » (Editions du Seuil), Saul Friedlander examine une nouvelle fois l’attitude de Pie XII face au IIIe Reich. Se demandant pourquoi Hitler n’a pas reculé dans ses plans d’extermination du peuple juif, comme il l’avait fait pour l’élimination des « aliénés », Friedlander trouve « une seule réponse vraisemblable : Hitler et ses acolytes devaient être convaincus que le pape ne protesterait pas ».

Ainsi, comme le proclame le panneau du musée Yad Vashem à Jérusalem accompagnant le portrait de Pie XII :

« ... son silence et l’absence de directives mit les gens d’Église de toute l’Europe dans l’obligation de réagir de leur propre initiative... » (Lire ici le texte intégral)

  • Les impératifs du combat contre le communisme

La vraie et terrible explication de la position de Klarsfeld réside peut être dans le troisième thème qu’il évoque et qui magnifie le combat de Pie XII contre le « communisme » en Europe. Klarsfeld paraît reprendre à son compte la principale motivation de Pie XII qui choisit de ne pas condamner la barbarie nazie afin de ne pas affaiblir l’Allemagne, seul rempart contre le « bolchevisme ».

Est-il nécessaire de rappeler que de très nombreux nazis ont pu s’échapper puis se recycler au nom de cette « lutte contre le communisme » ? C’est le cas notamment de Klaus Barbie, récupéré et protégé par l’armée américaine dès 1947 pour cette raison même.

Quand, à partir de 1948, la France réclame l’extradition de Barbie, le Counter intelligence vorps qui l’emploie refuse puis l’exfiltre vers l’Argentine avec le concours des réseaux d’évasion de l’Eglise. On connaît la suite et le combat victorieux de Serge et Beate Klarsfeld pour son extradition de Bolivie et son jugement.

Face à cette déclaration du fondateur de l’association des Fils et Filles des déportés juifs de France, on ne peut pas rester silencieux. Nous avions déjà noté la complaisance de Serge Klarsfeld au moment de la controverse sur la repentance. Mais il s’agit ici d’une toute autre dimension qui nous fait craindre de nouvelles dérives.

En partenariat avec Mémorial98

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  • Compte supprimé le 3 janvier 2
    Compte supprimé le 3 janvier 2
    Collectionneur d'armures.
    • Posté à 17h49 le 01/01/2010
    • Internaute 88342
      Collectionneur d'armures.

    Encore un article écrit avec de « gros sabots »... Ce lynchage de Pie XII a quelque chose de mesquin et de pénible qui se retourne contre son auteur. C’est encore là un exercice comme la gauche les aime, avec des relents nauséabonds. Que Pie XII ait voulu protéger les Catholiques n’a rien de choquant, bien au contraire. Les évêques Hollandais ont condamné avec vigueur les persécutions nazies contre les juifs. Résultat : les citoyens hollandais d’origine juive qui pouvaient sauver leur vie en produisant des faux certificats de baptême censés prouver leur conversion au christianisme ont cessé d’être pris en considération par les Nazis et des milliers de juifs ont été déportés. D’autre part, il est incontestable que par reconnaissance pour Pie XII, à la Libération, le grand Rabbin de Rome, Israël Zolli, s’est converti à la Foi Catholique et a pris comme nom de baptême « EUGENIO », en hommage au Saint Père, Eugenio Pacelli. Doit-on rappeler que Pie XII a rédigé de A à Z la grande encyclique qui condamne sans appel le Nazisme : Mit brennender sorge. Je peux en produire le texte pour ceux qui voudraient lire cette oeuvre immortelle. Rappellons enfin qu’à quelques jours d’écart, L’Eglise a condamné le Nazisme et le Communisme Athée, qualifié d’intrinsèquement pervers. Que tous ceux qui s’en prennent lâchement au pape Pie XII commencent à balayer devant leur porte et à faire leur propre examen de conscience !

  • Deborah
    • Posté à 18h01 le 01/01/2010
    • Internaute 3584

    L’ennui c’est que « tous les historiens » dont il est fait mention ici n’ont jamais disposé de toutes les archives du Vatican ! Et que des témoins, juifs, et non des moindres, ont déclaré que Pie XII avait sauvé des juifs ce qui à l’époque avait un sens. « Le Vatican, combien de divisions ? » face au nazisme.
    L’opprobre jeté sur Pie XII remonte essentiellement à la pièce « Le Vicaire » de Rolf Hochhuth (1963), pièce dont on sait aujourd’hui qu’elle n’a pas été écrite par philanthropie.
    La juive, et rescapée que je suis, considère que l’erreur du Vatican, c’est depuis tant d’années, de n’avoir pas fait le travail de classement des archives et d’ouverture des mêmes archives aux chercheurs internationaux. Pour le reste, Pie XII était un pape catholique. Son devoir, en effet, était à ses yeux, de protéger prioritairement ses ouailles. La condamnation sans procès, d’un homme et d’événements d’une époque bien particulière, et bien troublée, n’a strictement aucun sens.
    Il serait temps qu’on fasse preuve d’un peu de discrétion avant de jeter des anathèmes.

  • Slovan
    Slovan
    Baroudeur
    • Posté à 18h52 le 01/01/2010
    • Internaute 63535
      Baroudeur

    « et à même cherché à préserver l’Allemagne nazie de la défaite qui s’annonçait à partir de la fin de 1942 et de la capitulation de l’armée allemande à Stalingrad le 31 janvier 1943 »

    Pouvez-vous éclairer notre lanterne et nous donner des détails sur ces points ?

  • Claude Lebrun
    • Posté à 19h07 le 01/01/2010
    • Internaute 17829

    Ce qu’on peut reprocher à Serge Klarsfeld c’est de s’en tenir à une vision monolithique de l’attitude de Pie XII et de ne pas faire la différence entre ses positions, basées sur l’hypothèse de la victoire allemande, du début de la guerre à celles, beaucoup plus nuancées - comme chez beaucoup d’autres -, à partir de 1943 (après Stalingrad).

    En septembre 1941, la position de Pie XII est parfaitement résumée dans le fameux rapport à Pétain de l’ambassadeur au Vatican, Léon Bérard (« Il ne nous sera intenté aucune querelle sur le statut des Juifs ») alors qu’à l’automne 1943, après l’invasion allemande de l’Italie, Pie XII ordonne, en tant qu’évêque de Rome, de cacher les enfants juifs dans les couvents.

    Entre les deux périodes, non seulement le vent de la guerre a tourné mais également des informations détaillées sont parvenues au Vatican sur l’extermination des Juifs. Il va de soi, d’autre part, que la préoccupation première du pape à travers les années de guerre ait été la survie et le bien-être des catholiques.

    Klarsfeld a fait preuve dernièrement de prises de position à l’emporte-pièce : on lui a reproché il y a peu sa complaisance à l’égard de la candidature d’un antisémite qualifié, le ministre égyptien de la Culture Farouk Hosni, au poste de directeur général de l’Unesco. Mais il s’en est expliqué et cela n’entame en rien l’immense mérite du militant chasseur de nazis, en duo avec Beate, et du documentaliste acharné qui a réuni les pièces éparses du vaste dossier de la persécution des Juifs en France.

    C’est dire que de là à rejoindre l’entreprise de démolition menée de manière systématique par Albert Herszkowicz il y a un fossé que je ne franchirai pas.

  • Albert Herszkowicz
    Albert Herszkowicz
    Auteur(e) de l'article Memorial98
    • Posté à 20h03 le 01/01/2010
    • Internaute 64158
      Memorial98

    A Me Lebrun et Slovan,
    Il n’ y a aucune « entreprise de démolition menée de manière systématique » mais au contraire un profond chagrin de voir SK écrire et penser cela, car j’ai un immense respect pour son oeuvre historique et pratique. Mais il faut lire son interview au Point (le lien est dans l’article) ainsi que le panneau de Yad Vashem (idem) et surtout les ouvrages sérieux qui traitent de cette question : avant tout le livre de S. Friedlander « PIe XII et le 3e Reich Documents » (lien pour l’achat en fin d’article). Il montre comment à partir du tournant de la guerre, Pie XII s’active à construire des alternatives à la défaite et à la capitulation de Mussolini et des nazis.
    Pour un complément à cet article voir le site Mémorial 98 Lien notamment les notes sur Benoît XVI

  • lancetre
    • Posté à 22h33 le 01/01/2010
    • Internaute 18658

    La complicité du haut clergé catholique avec les dictatures fascistes est une évidence.

    Le franquisme s’est appuyé sur l’Eglise. Les films abondent, dans lesquels on voit les prêtres espagnols, bras tendus, saluer le Caudillo.Heureusement, sans quoi les curetons oseraient le nier.

    Mussolini s’est appuyé sur l’Eglise, au point de créer l’Etat du Vatican.

    Pinochet s’est appuyé sur le haut clergé.

    Hitler a bénéficié du silence coupable de Pie XII.

    C’est grâce à un réseau organisé par l’Eglise catholique que de nombreux nazis ont pu fuir, après la guerre.

    Paul Touvier s’est caché, des années durant, de couvent en couvent.

    Dés lors, la béatification de PieXII ne peut surprendre que les naïfs, qui s’imaginent qu’on peut encore sauver quelque chose d’une structure cléricale d’un autre temps.

    C’est Jean-Paul II qui a fini par admettre officiellement que peut-être, au sujet de Galilée, l’Eglise avait commis une petite erreur...

    Qu’attendre de pareils dinosaures ?

    Laissons-les disparaître et ignorons-les.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 23h08 le 01/01/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Toute l’ambiguité de la politique du pontife Pie XII à l’égard du massacre des juifs d’Europe se mesure à son attitude absolument silencieuse lord des rafles de juifs dans Rome en octobre 1943 par les Allemands :

    « Le pape, bien que pressé, parait-il de divers côtés, ne s’est laissé amener à élever aucune protestation contre la déportation des Juifs de Rome.
    Bien qu’il doit prévoir que son attitude sera retenue contre lui par nos adversaires et par les milieux protestants des pays anglo-saxons à des fins de propagande, il a aussi tout fait, dans cette affaire épineuse, pour ne pas grever les relations avec le gouvernement allemand et les services allemands de Rome. »

    L’Ambassadeur de l’Allemagne Ernst von Weizsäcker au Ministère des Affaires étrangères, le 28-10-1943

    Extrait de La déportation en Italie voir le site Lien

    On prétend, aujourd’hui que des négociations secrètes entre l’ambassadeur allemand et un représentant du pape aurait abouti à un accord, les rafles s’arrêteraient si le pape ne faisait pas de protestation publique.

    C’est peu probable au demeurant, car des fascistes italiens étaient à la manœuvre. Il eût été impensable que les allemands qui recherchaient depuis longtemps à organiser la déportation des juifs d’Italie les eussent ainsi découragés au moment même où les premières déportations d’importance avaient lieu à la grande satisfaction des SS et des fonctionnaires criminels en charge de la solution finale.

    Rien, évidemment, ne fonde cette version, qui justifierait la réserve de Pie XII vis à vis de la Shoah, dont l’un des épisodes les plus noirs se déroulait aux portes du Vatican, pour ainsi dire devant les yeux du pontife.

    Or, nous savons qu’après la rafle massive du 15 et du 16 octobre qui a entrainé l’arrestation d’environ 1300 juifs sur les 8000 présents à Rome, les allemands aidés par des collaborateurs italiens ont mené des opérations actives pour pourchasser les juifs qui se cachent dans les semaines qui ont suivi.

    Reportons-nous en novembre 1938 lors de la promulgation des lois fascistes anti-juives, on dit que «  Pie XI fut très mécontent que la note sévère de protestation contre les lois raciales, qu’il avait adressée au roi d’Italie, Victor-Emmanuel III, et la réponse de ce dernier, n’aient pas été publiées dans L’Osservatore Romano du 15 novembre 1938.

    A la place des deux documents, figurait un article plat qui ne disait rien, ou presque. Quelques jours plus tard, le pape ne réussissait pas non plus à faire publier dans L’Osservatore Romano un texte qu’il avait dicté pour faire réentendre le fond de sa protestation. Dans les deux cas, la publication des textes du pape dans le journal du Saint-Siège fut bloquée par le cardinal Eugenio Pacelli.  »

    Extrait de l’article, Le Vatican, la Shoah, et les lois raciales fascistes, publié sur le site du Nouvel Observateur : Lien

    En fait, nous le savons depuis longtemps, des catholiques, individuellement ou en petit comité, dans tous les états occupés par l’Allemagne ou sous son influence, ont participé à sauver des juifs.

    Ce qui pose question c’est qu’on cherche après des décennies d’expectative à attribuer ces actions en faveur des juifs traqués, en particulier celles qui furent faites par des clercs catholiques, à une volonté politique du pontife lui-même dont en ferait foi des directives secrètes émanant du Vatican.

    Depuis peu, les milieux catholiques proches du Vatican mènent une campagne opiniâtre en faveur de Pie XII afin de corriger l’opinion exécrable qui prédomine encore à propos de l’attitude et de la responsabilité de l’état pontifical quand à sa politique vis à vis des régimes autoritaires meurtriers, du fascisme italien et du nazisme allemand.

    Seul l’accès aux documents des archives officielles de la papauté datant de cette période permettrait d’en savoir un peu plus quant à la politique pontificale lors de cette période cruciale.
    Mais qu’en sera-t-il vraiment ?

    On peut penser que les archives de Pie XII ne sont pas près d’être mis à la disposition des historiens.

    Si on suit cette logique de la campagne menée par les catholiques pour faire accepter à l’opinion publique la béatification de Pie XII , on prend le risque d’assister sous peu, à une initiative des post-fascistes italiens du MSI qui vont demander à l’association Yad Vashem de reconnaitre Mussolini comme un Juste parmi les nations !

    Vous trouvez cela obscène ?

    Mais jusqu’à la chute du dictateur fasciste, malgré les lois anti-juives abominables de 1938, en Italie et dans les territoires administrés par les italiens, aucune déportation n’a eu lieu.

    Des milliers d’européens juifs se sont même réfugiés pendant un temps dans les zones contrôlées par l’Italie afin d’échapper aux persécutions nazies. On pourrait ainsi attribuer à Mussolini la sauvegarde de milliers de réfugiés juifs qui ont pu ainsi gagner des contrées plus hospitalières.

    Il faudrait que les milieux catholiques et les membres du clergé réagissent. Cette tentative du Vatican de s’épargner des lourdes responsabilités de l’église catholique dans les tragédies du XXe siècle en Europe sont malheureusement indignes et profondément indécentes surtout à l’égard de ceux qui ont eu à souffrir de la cruauté des régimes totalitaires et violents avec lesquelles l’église catholique avait pactisé pour le seul intérêt des clergés nationaux.

  • Schaub JF
    • Posté à 14h23 le 02/01/2010
    • Internaute 24548

    Les arguments qui s’échangent sur les attitudes successives de Pie XII et de la secrétairerie d’Etat du Saint Siège à propos du régime nazi et de la destruction des Juifs ne sauraient épuiser la question posée. Il me semble assez surprenant que la question des exécutions de masse des Yougoslaves de confession orthodoxe par le régime fasciste et catholique d’Ante Pavelic, dictateur de Croatie, ne soit pas plus évoquée. La culpabilité politique du clergé catholique croate et du nonce apostolique, Monseigneur Stepinac archevêque de Zagreb, dans ces massacres semble solidement établie, en dépit des efforts contraires de la République Croate et du Vatican. Que le complexe des camps de concentration de Jasenovac où des dizaines de milliers d’orthodoxes ont été liquidés ait été dirigé par un ecclésiastique, le franciscain Miroslav Filipovic, n’est pas anodin.

    Peut-être les données que je rapporte appellent rectification critique ou même révélations en sens contraire. Quoi qu’il en soit, il me semble étonnant que le thème de la responsabilité de l’Eglise catholique dans l’atroce Guerre de Religions qui a ravagé la Yougoslavie sous le pontificat de Pie XII, semble hors du champ de la discussion.

    Pour tout dire, il me semble plus intéressant d’apprendre à réfléchir sur notre histoire européenne dans toute son ampleur géographique et culturelle, plutôt que de s’interoger sur les motivations de Serge Klarsfeld à opiner sur tout type de discussions historiques.

  • koz
    koz
    Blogueur
    • Posté à 20h06 le 02/01/2010
    • Internaute 24849
      Blogueur

    Il est dommage de commencer un article qui affiche la prétention de rétablir la vérité historique par une erreur historique. Pie XII a reçu Von Ribbentropp ? Oui, en effet. Mais plutôt que de tirer 70 ans après, des leçons incorrectes d’un fait brut, je préfère me pencher sur la façon dont les contemporains ont rapporté l’entrevue.

    A ce titre, je vous propose la Une du New York Times du 13 mars 1940 : Lien

    Le premier sous-titre est « Jew’s rights defended ». Et l’article fait état d’un entretien tendu.

    Par ailleurs, laisser entendre que Pie XII ait fait assaut d’amabilités envers Hitler fait de l’auteur de cet article un petit falsificateur de l’Histoire. Pie XII est le rédacteur de l’encyclique Mit Brennender Sorge, publiée par Pie XI, qui condamnait le nazisme sans appel Lien.

    Sa toute première encyclique, Summi Pontificatus, du 20 octobre 1939 ( !) - Lien - comporte également une condamnation de l’idéologie nazie, par la condamnation notamment de la domination de l’Etat et la réaffirmation de l’égale dignité de tous, à l’opposé évident des théories raciales des nazis.

    Prétendre que Pie XII ait fait assaut d’amabilités envers Hitler serait risible si la falsification de l’Histoire n’était un procédé aussi détestable.

  • kabreras
    kabreras
    Enervé
    • Posté à 22h24 le 02/01/2010
    • Internaute 60553
      Enervé

    Je me considère comme agnostique, mais tous ces bla bla sur la sanctification de Pie XII me semblent ridicules ! ! ! ! !

    Il a été prouvé que Pie XII a sauvé des milliers de juifs en leurs fournissant des passeports et de l’aide pour fuir le régime Nazi.

    Vous vouliez qu’il s’oppose directement au 3e Reich ?
    Comment ?
    Quelles conséquences pour le Vatican ?

    Ne vous rendez vous pas compte que cela aurai été la lute du pot de terre contre le pot de fer ?

    Pie XII avait la responsabilité du Saint-Siège et devait quoi qu’on en pense sauvegarder le christianisme avant tout.. et même avant les juifs...
    C’était un pape chrétien et non pas juif. Et malgré cela il a fait beaucoup pour les aider.

    C’est comme les Israéliens qui veulent accéder aux archives du Vatican.... D’un ridicule ! ! Mais il fallait oser quand même ! Et nous on peu les voir les archives d’Israël ?

    Ah si les Juifs pouvaient s’occuper de leurs affaires...
    Ah si les Chrétiens pouvaient s’occuper de leurs affaires...
    Ah si les Musulmans pouvaient s’occuper de leurs affaires...
    Etc...
    Mais non, il est plus important de balayer devant la porte des autres que devant la sienne !

    La Sanctification de Pie XII est in problème purement chrétien ! ! !
    Qu’est que les juifs ou les musulmans en on a foutre ? Rien, rien a faire des saints chrétiens qui ne sont de toute façon pas reconnus par leur religion ! ! !

  • FIFI75010
    • Posté à 00h19 le 03/01/2010
    • Internaute 20670

    Merci pour votre article et les commentaires intéressants qu’il suscite. Bref, l’autre question qu’il pose est celle de la réaction de SK. Notre déception est d’autant plus grande que nous ne reconnaissons plus l’irréductible combattant pour la vérité - dénonceur et intransigeant- que nous admirions.Comment cette sommité morale peut-elle, au mieux se fourvoyer ? Je connais SK depuis le milieu des années 60 (donc bien avant sa connaissance par les français), quand Der Spiegel rapportait ses combats (avec Beate) en Allemagne : ils incarnaient alors, sans le savoir ...encore, une large part de la Conscience universelle. Le travail unique d’historien qu’il a fait, et que vous rappelez, est à porter à son honneur. Depuis, ... et bien depuis il semble être devenu un vieux monsieur courant après les bibelots dévalorisés de la République ! Dès lors que la « reconnaissance » officielle est là (et combien elle a été difficile pour lui), la quête vers d’autres reconnaissances (politiques ?) n’est-elle pas le lot de nombre d’intellectuels combattants, quite à sacrifier une part d’eux-mêmes ? En d’autres termes, de quelles chimères tenterait-il de payer le prix ?

  • Albert Herszkowicz
    Albert Herszkowicz
    Auteur(e) de l'article Memorial98
    • Posté à 17h17 le 03/01/2010
    • Internaute 64158
      Memorial98

    Vous avez raison, le débat est intéressant, même s’il aborde peu le rôle de Benoît XVI et les raisons de sa décision ; voir notamment Lien et Lien sur l’affaire Willamson ainsi que les autres articles de ce site à ce sujet ;
    Voir aussi (en anglais )Lien le texte du Pr Wistrich, historien de l’antisémitisme et qui fit partie de la commission d’historiens du Vatican.
    Peu suspect de radicalisme, il porte un jugement sévère sur les raisons de la décision du pape actuel, qui selon lui manifeste ainsi sa proximité spirituelle avec Pie XII et rend aussi hommage à la germanophilie de ce dernier.

    Concernant SK, je ne sonde pas les coeurs et les âmes mais constate très amèrement une dérive, d’autant plus dramatique qu’elle provient d’une personnalité aussi prestigieuse et héroïque . D’ailleurs les sites d’extrême droite et catholiques intégristes citent abondamment et avec délectation sa prise de position.

    Je ne pense pas que SK soit motivé par les honneurs de la République, ainsi qu’en témoigne son long combat, totalement justifié, contre F. Mitterand en raison de l’hommage annuel de ce dernier à Pétain.
    Il me semble plutôt qu’il s’agit d’une évolution politique et d’un alignement sur les positions diplomatiques des gouvernements issus de la droite israélienne.

    Sur tous ces points voir les analyses de l’auteur sur le site Lien