A la une 31/12/2009 à 11h31

Vœux : ce que Nicolas Sarkozy aurait pu dire aux Français

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


(Mis à jour) Que retenir des voeux de Nicolas Sarkozy aux Français, jeudi soir ?

  • L'appel à « débattre sans nous déchirer » ou sans « s'injurier » ?
  • Ou la promesse que si vous avez aimé les réformes de 2009, vous adorerez celles de 2010 ?
  • Ou encore la réaffirmation par le chef de l'Etat qu'il n'est pas homme à se laisser abattre par un revers, allusion à la décision du Conseil constitutionnel de retoquer la taxe carbone qui sera reformulée dès le 20 janvier ?

Quoi qu'il en soit, le président ne s'est guère apesanti sur les difficultés sociales des victimes de la crise et que le début de reprise n'allègera pas, ou sur les dérapages coupables auxquels le débat sur l'identité nationale déclenché par son gouvernement a donné lieu.

Il s'est voulu positif pour l'économie française en 2010, a lancé des appels à l'unité et s'est voulu positif, mais rien pour faire changer d'avis la majorité des Français qui, dans les dernières études d'opinion, ont cessé de lui faire confiance.

On pouvait espérer mieux. Ce discours parraissait bien pâle par rapport à une édition précédente des voeux rituels du président.

Un peu plus tôt, je m'étais livré à un petit jeu : une note pour Henri Guaino, « speechwriter » présidentiel avant les vœux

de Nicolas Sarkozy pour 2010 : faites un copié-collé des vœux de 2008, et ajoutez-y un peu de contenu. Pour le copié-collé, ça sera pas trop difficile, à l'Elysée on sait faire...

Il y a deux ans, avant la crise, c'est-à-dire il y a fort longtemps, Nicolas Sarkozy avait sorti une idée géniale dans son message de Nouvel An, laissant les télespectateurs perplexes à l'heure du réveillon : une « politique de civilisation ». Les plus intellos d'entre eux avaient vite repéré la source non créditée de ce concept : les sociologues Edgar Morin et Samir Naïr, eux-mêmes tout surpris de cet emprunt provenant d'un imprévisible président de la République.

La politique de civilisation n'a fait qu'un petit tour avant de disparaître dans les oubliettes des bonnes trouvailles présidentielles, sans avoir jamais été explicitée ni développée, autrement que par un catalogue de bonnes intentions : « l'école », « l'intégration », les « droits de l'homme », le « goût de l'aventure et du risque »...

Sarkozy a eu raison trop tôt

Mais le timing n'était pas le bon. Nicolas Sarkozy, ou plutôt son speechwriter, avaient eu raison trop tôt. C'est aujourd'hui, alors que les économies occidentales commencent à sortir de la récession, que la France a besoin d'une « politique de civilisation », au sens où l'entendaient Edgar Morin et Samir Naïr, c'est-à-dire une tentative de corriger les effets négatifs d'un demi-siècle de développement productiviste.

Morin et Naïr avaient spécifiquement visé, dans leur livre publié il y a plus d'une décennie, l'affaiblissement des solidarités, la déshumanisattion des villes, la désertification des campagnes, tout autant de thèmes qui restent d'une actualité criante.

Avec plus d'un demi-million de chômeurs supplémentaires depuis les vœux présidentiels précédents, un Etat surendetté et un gouvernement qui patine et a perdu son souffle ; au lendemain, de surcroît, d'un débat sur l'identité nationale qui s'est transformé en déversoir nauséabond des fonds de tiroir lepénistes, c'est peu dire que la situation décryptée par les deux sociologues n'a fait que se détériorer. Sans oublier l'échec de Copenhague et les nouveaux équilibres mondiaux qui laissent la France et l'Europe affaiblis.

On attendrait des vœux présidentiels qui nous annoncent, non pas des lendemains qui chantent, mais une vraie vision d'avenir pour la société française, pour la France dans le monde.

Alors Henri Guaino, ne vous fatiguez pas, reprenez votre prose de 2007, elle était parfaite : veillez simplement à ce que les mots ne restent pas de vaines paroles, que la « politique de civilisation » ne soit pas qu'un gadget de speechwriter mais un véritable programme de société pour la France de l'après-crise. C'est le 31 décembre, on peut rêver. La réalité du discours de jeudi soir a mis fin au rêve.

Mis à jour le 31/12 à 20h30, après le discours prononcé par Nicolas Sarkozy.

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  • Fernand Buron
    • Posté à 11h44 le 31/12/2009

    Bonjour Monsieur Haski,
    C'est pas moi qui vous contredirai, le président a tellement de courants d'air dans le ciboulot qu'il est pas foutu d'avoir une idée tout seul, mais nom d'une pipe, on est en France !
    Pourquoi vous écrivez « SPEECHWRITER » ?
    Henri Guaino, c'est pas un spichevraïteur, mais un NÈGRE !
    En ce moment, je passe les fêtes au Québec, vous allez pas vous faire que des amis chez nos cousins…
    Allez, bonne année à toutes et à tous !
    Et n'oubliez pas, le 28 janvier 2010 à 17h55, tous devant l'Elysée pour souffler les 55 chandelles au petit président !
    Moi, en tout cas, j'y serai !
    Et j'invite tous les « pov » cons » de Sarkozy à me rejoindre pour lui dire une bonne fois pour toutes « casse-toi, mon gars, on t'a assez vu… »
    Fernand.
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  • RBWL
    • Posté à 12h10 le 31/12/2009

    Pour être un tant soit peu crédible dans un contexte de proposition de vrai politique de civilisation, Nicolas Sarkozy devrait se renier sur quasiment tous les points développés dans sa campagne électorale.
    Le premier est le plus important étant son fétichisme de la méritocratie. A priori, rien à redire autour du mérite, mais encore faudrait-il en définir réellement les contours. Or pour notre acharné de la performance, rien n'est discutable, tant que celle-ci existe, est visible.
    Il suffit d'analyser son admiration pour le coureur cycliste ultra-dopé Lance Armstrong, pour mieux comprendre ce qu'il entend par mérite. De même, son admiration des réussites financières ultra rapide, sans se poser les questions fondamentales sur les méthodes qui ont permis de tels enrichissements.
    Sarkozy est tellement obnubilé par cette réussite financière, par la force de consommation, les revenus, les propriétés, le paraître qu'il est génétiquement handicapé pour développer une quelconque idée autour de ce que devrait être une société en parfaite homéostasie.

  • Nana Obour II
    • Posté à 12h32 le 31/12/2009

    Je préfère encore ma taper le « plus grand cabaret du monde » de Patrick Sébastien que les voeux de Sarko ! ! ! ! !

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 12h47 le 31/12/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    @ Pierre Haski

    Je sais bien que la période des vœux est propice aux rêves. Mais demander à ce pauvre Zébulon ou à ses comparses de nous rendre « la politique de civilisation », non, là, cher Pierre, vous avez abusé de la bulle [rires] !

    Personnellement, j'implorerais plutôt la civilisation de nous débarrasser dare-dare de ce genre d'énergumènes !

    Allez hop, santé !

  • Compte supprimé le 23 janvier 7
    • Posté à 13h08 le 31/12/2009

    Faire un papier sur une discours qui n'a pas encore été prononcé, c'est fort.
    C'est le scoop Rue89 de fin d'année.

  • Léo01
    • Posté à 14h06 le 31/12/2009

    Etes-vous naïf ou stupide ? ? Heureusement que vous vous rattrapez à la fin en disant qu'on peut rêver le soir du réveillon, parce que c'est ce que vous faites tout au long de cet article ! !

    Le fumeux débat sur l'identité nationale émane justement de ce que Sarkozy appelle sa « politique de civilisation ». Moi, la civilisation sarkozienne, je n'en veux pas. Je souhaite que mon beau pays en soit présevé.

    Vous dites qu'une telle politique freinerait les excès de cinquante ans de productivisme. Vous avez des trous de mémoire ? Sarkozy est justement arrivé en pouvoir en disant que la France, avec son modèle social, n'était pas assez productiviste. « Les Français ne travaillent pas assez » devenait le slogan de l'UMP en 2007.

    Sarkozy n'a fait que récupérer une idée pour la caser dans un discours, comme il le fait avec d'autres idées ou personnalité « d'ouverture ». La déshumanisation de notre vieille société française, l'homme des karcher s'en fou.

    Pour ces voeux, je souhaite qu'il demande pardon aux français pour le spectacle politique lamentable qu'il nous a offert cette année. Il peut aussi promettre de se comporter autrement en 2010.

  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 14h28 le 31/12/2009

    « Nicolas Sarkozy avait sorti une idée géniale », « Sarkozy a eu raison trop tôt », « [votre prose] était parfaite »… Si nous n'avions pas une certaine connaissance de vos opinions, il serait possible de déceler dans vos propos une certaine complaisance à l'égard de NS (rien à voir, rassurez-moi, avec les subsides récemment accordés aux médias en ligne) mais, sans doute, cela relèverait-il du procès d'intention. Non, il doit s'agir de second degré…

    « Rendez-nous la politique de civilisation » : pour cela encore eut-il fallu avoir précédemment intégré ce concept qui « vise à remettre l'homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être » et s'attache « à régénérer les cités, à réanimer les solidarités, à susciter ou ressusciter des convivialités, à régénérer l'éducation » ; or, non seulement, on en est loin, mais encore, on s'en éloigne.

    « C'est le 31 décembre, on peut rêver. » : personnellement, je n'attends pas cette date pour le faire, et, surtout, mes sujets de rêverie n'ont rien à voir avec notre Président (on parlerait, alors, de cauchemar).
    Alors, non, pas question d'écouter la com en forme de discours creux de NS (vous nous en ferez un résumé, commenté de façon pertinente, je n'en doute pas) : c'est le 31 décembre, on doit rêver.

  • palmer
    palmer répond à jmc06
    passant
    • Posté à 15h01 le 31/12/2009
    • Internaute
      passant

    (piqué à Siné-Hebdo)

    ET MEILLEURS VŒUX A RUE89 !

  • alberte
    • Posté à 15h26 le 31/12/2009

    parions que le discours de ce soir sera un catalogue d » auto satisfaction, la france va mieux grâce à moi, tout repart : la bourse, les bonus, la spéculation, le chômage, grâce à moi, etc etc. Le sommet de Copenhague un succès grâce à moi qui en ai remontré à la terre entière