à la une 31/12/2009 à 16h47

Un procureur belge s'intéresse à Frère, l'ami patron de Sarkozy

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

La justice soupçonne des arrangements comptables en faveur du milliardaire lors de la vente de Quick à l'Etat français.


Montage : photos d'Albert Frère lors d'une assemblée générale de GBL en 2006 (Yves Herman/Reuters)

En Belgique, un procureur s'est associé la semaine dernière à la plainte d'un Français, en y ajoutant de nouvelles charges. Le Français Jean-Marie Kuhn soupçonne la Caisse des dépôts et consignations (CDC), holding contrôlée par l'Etat français, d'avoir racheté à un ami de Nicolas Sarkozy, le milliardaire belge Albert Frère, la chaîne de restaurants Quick à un prix largement surévalué. L'objectif ? Permettre à Frère de monter au capital de Suez, et peser ainsi sur la fusion de ce groupe avec GDF.

La semaine dernière, le procureur du roi de Charleroi, Christian De Valkeneer, a demandé à la juge d'instruction d'instruire sur les chefs de faux et usage de faux, faux bilans et infractions au code des sociétés. Soit deux chefs nouveaux par rapport à la plainte pour faux, usage de faux, escroquerie et abus de confiance déposée « contre inconnu » par Kuhn en juillet, et instruite depuis par la juge France Baeckeland, puisque les deux magistrats se prononcent indépendamment sur les chefs à instruire en Belgique.

En cause : la vente, en 2006, des restaurants Quick par une société d'Albert Frère, GIB, à une filiale de la CDC, Caisse des dépôts et consignations capital investissement (CDCCI), donc à l'Etat français. L'homme d'affaires lorrain Jean-Marie Kuhn, actionnaire de plusieurs sociétés d'Albert Frère, s'est brouillé avec lui lors du rachat d'une entreprise textile à GIB. Echaudé, il s'est intéressé de plus près aux affaires du baron belge.

Quick acheté 150 millions d'euros trop cher par l'Etat ?

Il a constaté que Quick, évalué en 2004 par son propre PDG à 300 millions d'euros, a été vendu en octobre 2006 à la CDCCI pour 800 millions environ. Dans sa plainte, qu'il a communiquée à Eco89, il montre que plusieurs montants (chiffres d'affaires et bénéfices 2004, par exemple) changent entre le rapport d'activité de 2004 et celui de 2005 :

« Sur base des éléments produits, on peut donc constater que la valorisation boursière de la société de droit belge SA Quick Restaurants était, au 31 décembre 2005, de l'ordre de 437 millions d'euros et, au début du mois d'octobre 2006, de l'ordre de 550 millions d'euros. »

Kuhn s'interroge sur la raison du « bonus » de quelque 150 millions d'euros accordé à Albert Frère. Il s'interroge par ailleurs sur la vente d'une participation de la Compagnie nationale à portefeuille (CNP, autre société d'Albert Frère) dans le groupe de BTP Eiffage à la même Caisse des dépôts, en décembre 2006, avec là encore une plus-value de 30%. La CDC avait acquis cette participation seulement neuf mois plus tôt, en même temps et pour un montant équivalent qu'une première participation d'Albert Frère.

Jean-Marie Kuhn fait un lien avec la montée de Groupe Bruxelles Lambert (GBL), une autre société d'Albert Frère, dans le capital du groupe Suez en janvier 2007 :

« J'ai donc pu constater qu'au travers des trois opérations financières évoquées ci-dessus, dont les deux premières, [...] il existait des indices sérieux d'irrégularité visant à privilégier des intérêts économiques particuliers. »

Plainte vite classée en France, instruite en Belgique

Le 24 décembre 2007, Jean-Marie Kuhn dépose plainte en France contre X et contre Albert Frère pour « prise illégale d'intérêt », « escroquerie » et « abus de confiance ». La plainte est classée sans suite dès le 15 janvier 2008. Une rare célérité.

Avant de se tourner vers la justice belge, Kuhn se confie à un journaliste de Libération, Nicolas Cori, qui publie le 14 mars un article titré « Dans le sillage des troublantes amitiés patronales de Sarkozy ». Quick porte plainte pour diffamation, Kuhn et le journal sont condamnés début 2009, Kuhn seul fait appel... et gagne en novembre 2009.

L'article de Libération racontait que Kuhn avait été reçu courant 2007 par deux hauts conseillers de Bercy, qu'une discrète enquête avait été lancée, que Christine Lagarde en avait été informée, et que conseil avait été donné à Kuhn de déposer plainte « eu égard à l'extrême gravité des faits », selon l'homme d'affaires.

Cori terminait son article en évoquant la remise de la grand-croix de la Légion d'honneur par Sarkozy à Frère et à son associé (notamment au capital de Suez) Paul Desmarais, un milliardaire canadien, en février 2008, avec éloge très appuyé du Président. Puis le journaliste reprenait ce qu'en déduit Jean-Marie Kuhn :

« Dans cette optique, tous les avantages accordés à Frère et Desmarais seraient une façon, pour le Président, de renvoyer l'ascenseur. »

Plutôt gênant pour Albert Frère (actionnaire de nombreuses sociétés du CAC-40 dont Total, Pernod, Lafarge, et 5,2% de GDF-Suez) et la CDC, le dernier développement judiciaire survenu en Belgique n'a pour l'instant donné lieu qu'à un seul article dans un média français, dans La Tribune de mercredi.

Albert Frère n'a pas réagi chez nos confrères belges, et la CDC n'a pas donné suite à notre demande de réaction.


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  • I.P
    I.P
    Flat4
    • Posté à 16h58 le 31/12/2009
    • Internaute
      Flat4

    Il serait temps que les belges s'inspirent de nos méthodes judiciaires pour mettre fin à ces affaires !

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 17h20 le 31/12/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    La dépénalisation de la vie des affaires
    Groupe de travail présidé par Jean-Marie Coulon
    Premier président honoraire de la cour d'appel de Paris
    Janvier 2008
    Enterré pour l'instant à cause des traders et autres joyeusetés de La Crise , ce rapport réapparaitra certainement en 2010.
    Actuellement les « affaires » sont traités par des tribunaux de justice, demain il seront traités par des tribunaux administratifs du genre de celui qui à clos l'affaire Tapie contre le CDR, où Nanard s'est vu attribué 294 millions d'euros par un tribunal arbitral monté pour la circonstance et à la demande de son nouveau copain, notre « bon Président »
    Tapie ne faisait qu'inaugurer le futur des magouilles entrepreneuriales.
    Elle est pas belle la France du Medef et de l'UMP réunis ?

  • Anastaze
    Anastaze
    profiteur-assisté et électeur
    • Posté à 17h40 le 31/12/2009
    • Internaute
      profiteur-assisté et électeur

    La CDC a acquis Quick à la suite d'une OPA amicale.

    En France c'est donc contre la CDC qu'il aurait fallu instruire.

  • alice91
    • Posté à 17h51 le 31/12/2009

    ca causait sec ds la presse belge depuis un certain temps, mais la presse fse était muette ! ! ! ! !

  • big némo
    big némo
    charcutier- coiffeur et je m'en (...)
    • Posté à 11h52 le 01/01/2010
    • Internaute
      charcutier- coiffeur et je m'en (...)

    Tres bien fait le site de la CDC...
    En fait tout s'eclaire :
    Le groupe Caisse des Dépôts est un groupe public, investisseur de long terme au service de l'intérêt général et du développement économique du pays.

    Créateur de solutions durables, il invente en permanence de nouvelles manières d'appuyer les politiques publiques nationales et locales. Il anticipe, innove et s'adapte aux défis de demain.

    et :
    Le plan stratégique Elan 2020 a été adopté en décembre 2007.

    Avec ce plan, la Caisse des Dépôts s'est dotée d'un cadre d'action clair pour répondre aux urgences du pays.

    * une identité : être un investisseur de long terme, au service de l'intérêt général et du développement économique du pays
    * des priorités : le logement, les universités, les PME et le développement durable
    * des mandats publics au coeur de la solidarité nationale dans les domaines de l'épargne, de la retraite, du financement du logement social et comme banquier du service public de la justice et de la sécurité sociale
    * des doctrines d'action précises et transparentes dans un cadre de gouvernance adapté

    L'achat de quick est finalement complétement justifié....ou pas !