A la une 29/12/2009 à 17h32

Comment NKM a censuré le livre « subversif » de son mari


L'éditeur et le directeur de collection de son mari contredisent le -court- démenti de la secrétaire d'Etat à l'Economie numérique.


« Non. Mon mari avait un projet auquel il a mis fin quand il s'est rendu compte que l'éditeur voulait le manipuler. » Voici comment, en quelques mots seulement sur Twitter, Nathalie Kosciusko-Morizet a nié lundi l'information de Bakchich selon laquelle la secrétaire d'Etat à l'Economie numérique avait censuré un livre de son mari, Jean-Pierre Philippe.

Ecrit en 2008, ledit livre devait s'intituler « Où c kon va com ça ? Le besoin de discours politique » et être publié aux éditions Panama, aujourd'hui disparues. Il s'agissait d'un « essai philosophico-politique qui s'interroge sur l'existence d'une frontière gauche-droite », précise Bakchich.

Pas étonnant à la vue du parcours politique de celui qui, avant d'être professeur au Conservatoire national des arts et métiers de Paris, a multiplié les postes dans différents cabinets ministériels, et a été maire PS de Villefontaine entre de 1989 et 1995 puis candidat UMP à Longpont-sur-Orge aux municipales de 2008.

« Nicolas Sarkozy n'aime pas du tout les intellectuels »

Contacté par Rue89, l'éditeur en question, Marc Grinsztajn, réfute en bloc la version de la secrétaire d'Etat :

« C'était plus qu'un projet, le livre était à son terme ! Les épreuves avaient été envoyées à la presse et l'auteur avait même donné son BAT [Bon à tirer, qui correspond à l'accord final avant impression, ndlr]. »


Le livre était chez le « chef de publication, prêt à être envoyé à l'imprimeur ». La publication du livre est donc arrêtée net après le BAT, au milieu de l'été 2008. L'auteur appelle le directeur de collection de Panama, Philippe-Michel Thibault.

Les deux hommes se connaissent très bien. Entre 1997 et 1999, lorsque que Jacques Dondoux était le secrétaire d'Etat au commerce extérieur de Lionel Jospin, Jean-Pierre Philippe était son directeur de cabinet et Philippe-Michel Thibault son conseiller en communication. Philippe-Michel Thibault qui relate à Rue89 cet échange téléphonique avec Jean-Pierre Philippe :

« Fin juillet, Jean-Pierre m'appelle alors que le livre est sur le point de partir chez l'imprimeur et me dit : “Il faut supprimer un certain nombre de passages.” Il y en a en tout pour trois feuillets [4500 caractères, ndlr], m'explique-t-il.

J'entends alors une voix féminine derrière lui et il me dit : “Je te passe ma femme.” Elle me dit aussi qu'il va falloir supprimer plusieurs passages et je lui réponds que l'on devrait pouvoir s'arranger, que trois feuillets ce n'est pas grand-chose. Là, elle me coupe : “Mais non, c'est bien plus, beaucoup plus...”

J'ai beau argumenter, lui dire que le livre est pourtant très loin du pamphlet, que ce n'est qu'un essai politique, qui n'est vraiment pas critique contre le gouvernement ni contre Nicolas Sarkozy. Elle ne veut rien savoir. Et me dit seulement : “Nicolas Sarkozy n'aime pas du tout les intellectuels et il n'a pas d'humour non plus.” A ce moment-là, je lui dit que ça me dépasse, qu'il faut qu'elle prenne directement contact avec l'éditeur. »

« Madame, si le livre sort, vous sautez »

Aussitôt dit, aussitôt fait, Jean-Pierre Philippe appelle Marc Grinsztajn. « Il voulait faire les corrections immédiatement », raconte l'éditeur, « mais on a convenu d'un dîner à mon retour de vacances. Au départ ça devait être un dîner pour discuter, pour voir comment il pouvait se sortir de ce mauvais pas, mais ça s'est transformé en dîner officiel avec sa femme au ministère. »

« Elle feuilletait le livre tout au long du dîner en disant : “Ca c'est subversif, ça c'est subversif...” », poursuit l'éditeur, qui se souvient des mots de celle qui était à l'époque secrétaire d'Etat à l'écologie :

« Normalement, je ne lis pas les livres de mon mari, pour qu'on ne m'accuse pas de les censurer. Mais quand Libé a appelé pour faire un portrait de mon mari sur le thème “Jean-Pierre Philippe, premier opposant de Nicolas Sarkozy”, ça m'a mis la puce à l'oreille. J'ai demandé à un conseiller de le lire, qui m'a dit : “Madame, le livre ne peut pas sortir en l'état. Si le livre sort, vous sautez.” »

« Sur 122 pages, Nicolas Sarkozy est cité... six fois »

De l'avis de l'éditeur comme du directeur de collection, le livre n'avait pourtant « rien de subversif », mais « je ne pouvais pas faire le livre contre le gré de l'auteur », se désole Marc Grinsztajn.

Bakchich, qui en a eu lecture, évoque également des « critiques vagues, noyées dans une masse de propos sur la politique au sens large ». Et a compté que « sur 122 pages, Nicolas Sarkozy est cité... six fois ». Comme dans cet extrait à propos de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy :

« Face au réel qui est asphyxié par sa propre accumulation, ils se sont refusés à l'explication. Leur est resté le pari de l'incantation. Et là, quelle emphase, quelle réussite médiatique, chacun dans son registre composé au fil du temps. »

L'entourage de NKM a fait savoir à Rue89 que celle-ci ne souhaitait pas réagir davantage, qu'elle préférait profiter de ses vacances. Quant à son mari, un message laissé sur son portable l'invite à nous appeler pour que l'on puisse publier sa version des faits. Invitation qui tient toujours.

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  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 17h43 le 29/12/2009
    • Internaute
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    c'est indigne de dire que sarko n'aime pas les intellectuels alors qu'il est copain avec Clavier et johny

    on vit tout de meme une drole d'epoque
    je me demande si l'on tiendra jusqu'a 2012

  • thierry reboud
    • Posté à 17h47 le 29/12/2009
    • Internaute

    Mais c'est précisément parce que Sarkozy n'est cité que 6 fois que NKM aurait sauté en cas de publication ! Sarkozy cité 6 fois seulement, si ce n'est pas un brûlot d'opposition, ça...

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 17h57 le 29/12/2009
    • Internaute
      Aboyeur

    Si je comprend bien : « Bakchich, qui en a eu lecture, évoque également des “ critiques vagues, noyées dans une masse de propos sur la politique au sens large ”. »

    NKM nous a sauvé d'un livre inutile ainsi que des encombrantes critiques littéraires qui vont avec. Quelques arbres sauvés au passage. Merci.

  • Nimch
    Nimch
    écololibriste
    • Posté à 18h03 le 29/12/2009
    • Internaute
      écololibriste

    Première étape vers la société orwelienne : on empêche les bouquins de sortir.
    A quand la deuxième étape : on brule ceux déjà existants ?

    Y'en a qui auraient démissionné par amour mais on peut toujours rêver au XXIe siècle... En plus ça aurait fait un mega coup de pub au bouquin il en aurait vendu des caisses... Mauvais calcul NKM.

    J'espère en tous cas que les vacances à l'autre bout de la planète de notre écolo de service se passe bien... On est pas à une contradiction près !

  • Maxine
    Maxine répond à Keldan
    • Posté à 19h05 le 29/12/2009

    Je me répète, mais ca pourrait être une décision prise à deux, dans l'intérêt commun. Mais bon c'est vrai qu'on est tellement habitués à voir les femmes renoncer en silence à leurs carrières que quand n mec fait une concession, ca y est sa virilité est bafouée, il est écrasé, dominé...

    Enfin la virilité est sauve sur la rue, pleine de mecs prêts à manifester physiquement leur désir de ne pas se faire écraser : -))