Sur le terrain 28/12/2009 à 16h48

Roumanie : photos d'orphelins, vingt ans après Ceaucescu


Elisabeth Blanchet avait monté une association pour aider les enfants de Propricani. Elle les a retrouvés et raconte leur histoire.


Elisabeth Blanchet est photographe. Dans les années 90, elle avait, avec des amis, monté une association pour aider des orphelinats en Moldavie roumaine.

Elle avait alors pris de nombreuses photos noir et blanc des enfants de l'orphelinat de Popricani. En 2008 et 2009, elle est retournée en Roumanie pour savoir ce qu'ils étaient devenus et les photographier dans leur vie de tous les jours.

Elle en a retrouvé vingt-six, qu'elle a photographiés dans leur vie d'aujourd'hui et dont elle a recueilli les histoires. Elle nous en présente cinq ici. Vous pouvez retrouver les autres sur son site.

Florin Botoc, revenu de l'« eldorado » britannique


Florin Botoc (Elisabeth Blanchet)

Florin est arrivé à Popricani à l'âge de 7 ans. Comme la plupart des autres enfants, il a été abandonné à la naissance, à l'hôpital.

Florin, c'était un des caïds de la « casa de copii », l'orphelinat. « Il ne se passait pas un jour sans qu'il fasse une bêtise », se souvient Dan, son ancien éducateur. Aujourd'hui, à 26 ans, Florin a gardé son regard vif et malin, voire roublard... avec sa petite houpette et son visage enfantin, il aurait pu interpréter Tintin dans le prochain Spielberg.

Il y a quelques années, il a failli mal tourner. Grâce au soutien de Dan, il est retombé sur ses deux pieds et travaille aujourd'hui comme manutentionnaire dans un grand magasin de Iasi.

Florin vit dans une maison rachetée par un Français

Il y a deux ans, il a tenté sa chance en Angleterre, et s'est retrouvé laveur de voiture sur le parking d'un hypermarché de la banlieue londonienne. Exploité par un patron crapuleux, il a réussi à récupérer ses papiers d'identité qu'on lui avait confisqués et est retourné au pays.

Depuis, il vit dans une maison du village, qu'un Français, Michel, avait achetée à la fermeture de l'orphelinat, pour que quelques jeunes puissent y loger et ainsi éviter de se retrouver à la rue.

Son expérience de l'« eldorado » britannique ne l'a pas échaudé et Florin est prêt à retenter sa chance à l'étranger dès que l'occasion se présentera.

Portrait suivant : Ramona Cutitaru, sans formation ni travail

Ramona Cutitaru, sans formation ni travail


Ramona Cutitaru et sa famille (Elisabeth Blanchet)

Ramona a été abandonnée à la naissance dans un hôpital de Iasi. Elle est arrivée à l'orphelinat de Popricani à l'âge de 7 ans en 1991.

En 2002, quand les autorités ont décidé du jour au lendemain de fermer l'institution, Ramona a été envoyée dans un autre orphelinat de la région, à Budai. Elle y a rencontré son futur mari, Dorel, avec lequel elle a un petit garçon de 3 ans, Marius.

Ni Ramona ni Dorel n'ont suivi de formation. A 25 ans, avec un enfant en bas âge, Ramona ne peut pas travailler et Dorel nettoie des cours d'immeuble pour survivre. Ils vivent dans une chambre sordide d'un immeuble tout aussi lugubre.

Dans une dizaine de mètres carrés, ils dorment à trois dans le même lit et partagent l'espace avec quatre autres personnes aussi démunis qu'eux.

Portrait suivant : Adriana Lica survit avec d'autres orphelins

Adriana Lica survit avec d'autres orphelins


Adriana et Ionut Lica (Elisabeth Blanchet)

A 25 ans, Adriana a la même taille qu'elle avait, à 10 ans, quand elle est arrivée à l'orphelinat de Popricani. Son visage, lui, n'est plus le même. Ses traits se sont creusés et se sont figés dans des expressions de tristesse et de résignation.

Adriana a trois enfants, dont deux ont été placés dans des familles d'accueil. Le dernier, Ionut, est sourd et muet. Elle l'élève seule et touche des allocations pour s'en occuper. Adriana survit grâce à la mendicité. Elle vit avec d'autres anciens de l'orphelinat dans un squat, une cantine délabrée d'une ancienne école.

L'endroit est sordide, précaire, l'eau s'infiltre dans les mûrs. Un raccord électrique miraculeux leur permet de s'éclairer et de se chauffer. Adriana, comme beaucoup d'autres anciens de l'orphelinat, survit comme elle peut.

Portrait suivant : Constantin Urzica, manutentionnaire en ville

Constantin Urzica, manutentionnaire en ville


Constantin Urzica (Elisabeth Blanchet)

Quand il avait six mois, Constantin a été abandonné par sa mère dans une poubelle. Par chance, une femme l'a trouvé et l'a emmené à l'hôpital. Il était très malade et le geste de cette femme lui a sauvé la vie.

A 7 ans, il a été placé à Popricani. Quand on lui demande quel est son meilleur souvenir de l'orphelinat, il répond en souriant : « C'était la première fois que l'on fêtait mon anniversaire ».

Aujourd'hui, Constantin a 25 ans et travaille comme manutentionnaire d'un grand magasin de Iasi, la grande ville voisine de Popricani mais il a choisi de rester vivre au village. Il loge gratuitement chez un des voisins de l'ancien orphelinat, en échange de quelques services. Constantin s'en sort tant bien que mal malgré un équilibre psychologique et une santé fragiles.

Portrait suivant : Paul ne mange plus de grenouilles crues

Paul ne mange plus de grenouilles crues


Paul, alias « la Grenouille » (Elisabeth Blanchet)

Paul est arrivé à l'âge de 4 ans à l'orphelinat de Popricani. Petit, il ne présentait pas de signe particulier de handicap. Il avait l'air « comme les autres ». Il était souriant, affectueux, sociable. Son seul « signe particulier » : il mangeait les grenouilles crues... D'où son surnom. Et puis les années ont passé.

En 2002, à la fermeture brutale de l'orphelinat, c'est dans une autre institution du district, à Tirgu Frumos, qu'on l'a envoyé. Il y a appris le jardinage.

Le service de la protection de l'enfance a décidé que Paul n'était pas apte à vivre en dehors de l'institution et l'a renvoyé à Popricani dans l'ancien orphelinat, qui porte aujourd'hui le nom pompeux de Centre de réintégration sociale par le travail. Il ne s'agit ni plus ni moins d'une institution pour handicapés mentaux.

Paul s'y plaît, il ne veut pas la quitter. Il peut jardiner tous les jours mais il jure qu'il a arrêté les grenouilles crues...

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 17h06 le 28/12/2009
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Ouais , c'est pas l » eldorado, le résultat des orphelinats des associations d » ONG , hein ..

    Voila un reportage honnête qui nous apprend autre chose que des photos de grandes vedettes blondes faisant les malines avec un petit noir malade dans les bras pendant un centième de seconde pour faire contraste et maximiser leurs images de marques..

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 17h17 le 28/12/2009
    • Internaute
      Aboyeur

    Merci pour ce reportage photo.

    Une question : pourquoi cet orphelinat a t-il été fermé ?

  • Picnic
    Picnic
    Lost in Mexico
    • Posté à 17h54 le 28/12/2009
    • Internaute
      Lost in Mexico

    Touchant !
    un bémol cependant, les photos méritent le grand format.

  • gloomy
    gloomy répond à flixp
    photographe
    • Posté à 18h37 le 28/12/2009
    • Internaute
      photographe

    Merci pour votre commentaire. L'orphelinat a fermé quasiment du jour au lendemain en septembre 2002. Les services sociaux du district n'ont pas vraiment donné de raisons au personnel et aux enfants et jeunes mais depuis la fin des années 90, le gouvernement roumain ferme petit à petit les institutions et, fortement encouragé par l'UE, favorise d'autres formes de prise en charge des enfants abandonnés comme le placement familial. Voilà donc sans doute la raison pour laquelle Popricani aurait fermé
    Elisabeth

  • jpouille
    jpouille
    En crise
    • Posté à 19h59 le 28/12/2009
    • Internaute
      En crise

    C'est dommage qu'il ne puisse pas avoir sa chance en Roumanie, chez lui, dommage qu'il doive chercher un eldorado ailleurs alors que la Roumanie vient d'integrer l'UE.
    Cela nous prouve qu'en vingt ans, et beaucoup de roumains seront d'accord avec moi, rien a ete fait pour moderniser et developper le pays. la classe dirigeante roumaine est corrompue, que ce soit le Partidul Liberal ou le PDSR.
    On attend touours l'autoroute Bucarest - Timisoara, ou Bucarest Arad pour joindre la Turquie a Belgrade ou la Hongrie plus rapidement.
    Les trains roumains font rire. En 1999, ok, c'etait marrant de voyager dans des wagons datant de l'aire sovietique, en 2009 ca saoule. Les salaires sont miserables, les retraites sont obliges de travailler pour joindre les deux bout, les subventions arrivent par millions mais le peuple roumain ne voit rien. Juste des drapeaux frappes de 12 etoiles et quelques promesses lointaines pour un monde meilleur.
    Creciun Fericit !

  • A.V.
    • Posté à 20h19 le 28/12/2009

    J'ai visité votre site et regardé le diaporama de Grégoire Bernardi. En retournant là-bas 20 ans après, vous faites un travail de mémoire avec des orphelins qui ont du mal à s'ancrer dans un passé sans parents. Le tout avec beaucoup de simplicité et de moments partagés. On est loin du photo-reportage voyeuriste, et on apprécie d'autant plus la beauté des photos.

  • artman
    artman
    indépendant
    • Posté à 23h38 le 28/12/2009
    • Internaute
      indépendant

    Ce pays a une particularité. C'était un régime dictatorial mais très particulier : il a vidé le pays de son âme. Ce qui était un pays « en voie de développement » où l'on rencontrait le sourire, est devenu un pays triste et miséreux. Je me souviens y être allé enfant, en 67 peut-être. J'avais même un correspondant de mon âge à Bucarest. J'ai encore les photos de chasse de son père dans la neige des Carpathes. Il rêvait de venir un jour visiter la France. Mais quelques années plus tard il ne m'a plus écrit. C'était sans doute devenu dangereux... J'ai vraiment le souvenir d'un pays accueillant, souriant, coloré.

    Merci pour ce témoignage et ces photographies, nous avons tous sans doute à l'esprit les images pénibles des orphelinats de la fin Ceaucescu...

  • Sandek
    • Posté à 09h43 le 29/12/2009

    Nous avions aimé votre travail photographique et en avions parlé le 4 décembre 2009 sur OSI Bouaké via Sophot. Notre blog est consacré entre autre à l'orhelinage. Vos photos y sont en grand format, elles le méritent.
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