Tribune 27/12/2009 à 13h33

On fait dire ce qu'on veut aux études sur les jeux vidéos

Haru | Journaliste en jeux video (et étudiant en lettres)


Des soldats américains jouent aux jeux vidéos à Mossoul en Irak le 30 janvier (Erik de Castro/Reuters)

La délégation interministérielle à la famille a commandé à Ipsos une étude sur les jeux vidéos. Les questions posées en disent long sur les a priori dans le domaine.

On y apprend que 99% des ados touchent régulièrement ou ont touché à un jeu vidéo. Et, plus intéressant, 83% des ados tous sexes confondus jouent au moins une fois par semaine et 42% d'entre eux jouent quotidiennement. Autrement dit, on ne peut vraiment plus dire que les joueurs sont des marginaux.

Jouer « la nuit »... soit après 22h00

Viennent ensuite les questions cherchant à montrer que les jeux, c'est mal. Celle sur les moments de jeu, notamment le matin avant d'aller au lycée. 4% à peine ; l'essentiel d'entre eux jouant, de façon prévisible, en rentrant des cours (51%) ou après dîner (41%).

Seuls 6% jouent tard (après 22h00, ce que le sondage appelle « la nuit »...), preuve à nouveau que le jeu vidéo reste un loisir globalement maitrisé et non pas un hypnotiseur d'enfants.

Le jeu vidéo, facteur de disputes

Puisqu'il faut montrer que le jeu vidéo rend les adolescents agressifs et que celui-ci est l'occasion de tensions familiales, on demande aux sondés à quelle fréquence les jeux vidéo - plus précisément le temps de jeu - sont sujets de dispute avec leurs parents.

Le temps de jeu n'est un sujet de dispute fréquent que dans 6% des cas, parfois dans 28% et rare dans 39% des cas. Notons que ça n'est pas un problème pour 27% des parents.

La question parle de disputes. 73 % en admettent, y compris rarement. Qu'est ce qu'une dispute ? Une remarque agacée de la mère parce que Kevin a mis dix minutes à trouver un point de sauvegarde pour descendre diner ? Le refus de participer à une activité familiale du petit dernier parce que sa team sur Dofus avait prévu un raid ? Ou encore, et c'est surement le plus probable, les parents qui demandent à leur ado d'arrêter sa console parce qu'il monopolise la télé du salon ?

La question suivante souligne le manque d'implication et d'intérêt des parents pour les comportements de jeu de leurs enfants. 42% des parents n'ont jamais été foutus de regarder leur enfant jouer, même pas une fois !

Qu'est-ce que choquer ?

Vient ensuite la violence des jeux vidéo. Là encore, on cherche à démontrer un danger. 68% des ados disent avoir été choqués au moins une fois par un jeu vidéo « parce qu'ils étaient violents ou vulgaires ». Oui, sauf que seuls 2% le sont « souvent ». J'aimerais avoir des chiffres comparatifs, par exemple, avec la télévision : on doit arriver facilement au moins à 68% de choqués au moins une fois par une image vue à la télévision.

Cette étude offre quelques informations intéressantes mais, elle montre que soit les questions ont été posées de façon à obtenir certains chiffres stigmatisants, soit elle a été réalisée par des personnes mal informées sur la réalité de la consommation des jeux vidéo. On est loin d'un rapport solide sur la démographie des joueurs.

Photo : des soldats américains jouent aux jeux vidéos à Mossoul en Irak le 30 janvier (Erik de Castro/Reuters)

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  • alberich
    • Posté à 13h59 le 27/12/2009

    J'ai 56 ans, de mon expérience des jeux vidéos que je pratique depuis leur origine, je pense que pour un adolescent les plus perturbants ne sont ceux les plus gore dans la violence ou la vulgarité.

    La violence ça les fait marrer, ils savent bien que c'est du « chiqué », aucune espèce de confusion possible.

    Les jeux de rôle par contre sont sans doute plus addictifs et prégnants et peuvent provoquer une certaine perturbation psychologique sur une personnalité en formation.

  • Compte supprimé le 23 janvier 4
    • Posté à 16h15 le 27/12/2009

    Y a que des vieux qui jouent ici !
    J'ai 57 ans et c est mon occupation principale : ils ont bon dos les ados !
    Tous les joueurs que je connait sont des adultes et pleins de quadra et quinqua !
    Vous avez honte de le dire ou quoi ? ? ? ?
    J ai commencé par baldur gate 1er du nom et depuis j ai fait TOUS les rpg pc et pas mal de ceux console ! !
    D autres regardent star academy et on ne les interne pas , on ne fait pas d enquete non-plus sur le danger de la cretinerie televisée ! ! !
    Ce truc des jeux qui rendent violents cest un hoax de familles de françe !
    Enfin , pour etre honnete , celui qui tente de m arracher ma souris , je coule ses pannards dans le ciment , et hop dans la seine ! ! !

  • Haru
    Haru
    Auteur(e) de l'article Journaliste en jeux video (et (...)
    • Posté à 17h12 le 27/12/2009
    • Journaliste
      Journaliste en jeux video (et (...)

    Merci à tous pour vos réactions ! En analysant ce sondage, j'ai surtout essayé de montrer comment celui-ci était effectué afin d'obtenir des résulats qu'on pourrait aisément plaquer sur des a priori au ministère. Les jeux vidéo sont chronophages (les sous-entendus avec « la nuit » quand il aurait suffit d'écrire le neutre « après 22h »), source de tensions en famille (l'absurde regroupement des réponses positives à la question des disputes) ou encore les questions sur le système PEGI avec ses sous-entendus (« oui j'en ai entendu parler mais je ne sais pas vraiment de quoi il s'agit). De même effectivement, le nombre 404, outre qu'il soit maudit ; ), paraît être un panel assez faible.

    Cela ne tend à prouver qu'une chose : il s'agit d'une étude au rabais et dont les enseignements sont pauvres : sondage en ligne, peu de questions, peu de sondés. Néanmoins, cela suffit à déclencher l'emballement médiatique puisque le chiffre le plus raccoleur et biaisé de l'étude a été repris dans ses brèves par le plus grand sites sur les jeux vidéo français, jeuxvideo.com, et nombre d'autres comme le témoigne google (Lien).

    Sur le fond nous sommes d'accord, les jeux vidéo sont un loisir qui permettent de s'évader, de sortir du quotidien comme on pourrait le faire avec un livre ou en allant au cinéma. Comme je le disais ailleurs, c'est la seconde industrie de divertissement en France : il reste aujourd'hui navrant que les jeux vidéo ne se voient consacrés qu'en moyenne une page par mois dans les quotidiens et deux sujets par an dans les JT à l'occasion du plus gros salon et de noël. Comprendront-ils un jour que le jeu vidéo, comme le cinéma, à ses blockbuster et à coté, ses oeuvres plus confidentielles et plus poétiques ? Rien n'est moins sur...

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 21h42 le 27/12/2009
    • Internaute
      oiseau

    Ridicule !

    Faire une étude sur les jeux vidéo sans distinguer les jeux vidéo me parait un peu bête. Il est probable que jouer à des jeux de combats sanglants ce n'est pas la même chose que jouer à un jeu de simulation.
    C'est comme dire que les livres sont dangereux parce que « Mein Kempf » existe. L'encyclopédie existe aussi. Et reste à prouver que les jeux vidéo sanglants sont dangereux.

    De plus IPSOS cherche à voir par du « self-report » (ce qui est potentiellement biaisé) les causes / conséquences des jeux vidéo. Problème : une étude par questionnaire du type enquête n'a pas vraiment le pouvoir de déterminer les relations causales. Une étude corrélationnelle n'est pas une étude expérimentale. Ainsi, si le jeux vidéo peut être la cause de l'engueulade parentale, les engueulades parentales peuvent aussi pousser le jeune à se réfugier dans les jeux vidéo. Le choix du sens de cette relation relève au mieux de la représentation que s'en font les jeunes joueurs et au pire du choix de celui qui a fait l'enquête et formuler les questions.

  • Haru
    Haru répond à Tita
    Auteur(e) de l'article Journaliste en jeux video (et (...)
    • Posté à 21h53 le 27/12/2009
    • Journaliste
      Journaliste en jeux video (et (...)

    C'est d'autant plus ridicule que la question ne porte pas sur « les disputes à cause des jeux vidéo » mais à cause « du temps de jeu ». C'est encore plus incompréhensible et pourtant le ministère en arrive à dire, des résultats de cette seule question, que les jeux vidéo sont « Un sujet de dispute plus que de discussion entre parents et enfants ».

  • Haru
    Haru répond à albertoxic
    Auteur(e) de l'article Journaliste en jeux video (et (...)
    • Posté à 22h05 le 27/12/2009
    • Journaliste
      Journaliste en jeux video (et (...)

    Vous devriez tout trouver sur l'article original : Lien