Revue de web

Iran : les rues de Téhéran s'embrasent à nouveau

Les manifestations de dimanche ont fait 15 morts dans les rangs de l'opposition, dont le neveu de son chef Moussavi.

Un manifestant à Téhéran dimanche (Reuters)

Est-ce la victime de trop ? Le neveu du chef de l'opposition iranienne a été tué dimanche dans une manifestation à Téhéran. L'opposition avance le chiffre d'au moins quinze morts. La police a d'abord démenti, avant de confirmer par la voix de la télévision publique citant des chiffres du ministère des Renseignements. La rue iranienne est en ébullition depuis les obsèques de l'Ayatollah Montazeri en début de semaine. Revue de web.

La mort du neveu du principal opposant Moussavi

D'heure en heure, le bilan ne cesse de s'alourdir. D'après des sources proches de l'opposition, les manifestations de ce dimanche avaient fait au moins 4 morts dans les rues de Téhéran à la mi-journée. Quatre morts suite à des « tirs directs » des forces de l'ordre en direction de la foule. A midi, Parlemannews.ir, le site des parlementaires de l'opposition, a diffusé l'information suivante :

« Seyyed Ali Moussavi, neveu agé de 35 ans de Mir Hossein Moussavi a été atteint ce midi d'une balle à la poitrine place Enghelab [dans le centre de Téhéran, ndlr] et est mort après avoir été transféré à l'hôpital Ibn Sina. »

Pour mémoire, Moussavi fut, en juin dernier, le principal rival du président Mahmoud Ahmadinejad et le leader du mouvement vert d'opposition. Les circonstances de la mort de son neveu ne sont pas claires, notamment sur le point de savoir si le jeune homme fait partie des quatre morts décomptés par les reporters du site d'opposition Rahesabz.

Manifestations violentes dans le centre de Téhéran

Seule certitude : les rassemblements de jeunes qui se sont déroulés dans la capitale iranienne ont donné lieu à des scènes très violentes. Selon les compte-rendus d'Associated Press (AP), des groupes de manifestants n'ont pas hésité à attaquer directement les forces de l'ordre.

Plusieurs vidéos postées dans la journée montrent des jeunes s'attaquant à un commissariat, tandis que d'autres enflamment des poubelles pour repousser les forces anti-émeutes. (Voir la vidéo)


Des Bassijis, les milices chargées de faire respecter l'ordre religieux dans la rue, s'en sont également pris aux bureaux de l'agence Isna (iranian news agency), alors que des manifestants venaient d'y trouver refuge. La police aurait procédé à 300 arrestations dans la journée.

L'information sous contrôle

Dans l'ensemble, le régime des mollahs a pris soin de vérouiller le dispositif qui avait permis aux opposants de marquer des points dans la bataille de l'opinion en juin dernier. Plusieurs mesures étaient en vigueur ce dimanche pour limiter les effets collatéraux :

  • interdiction pour les reporters étrangers dûment accrédités de couvrir les manifestations de l'opposition
  • réseau du téléphone portable en berne dans la capitale
  • forte restriction du débit du réseau internet pour empêcher la diffusion instantanée des images

Dans ce contexte, pas facile d'y voir clair. Surtout que la police dément avoir fait la moindre victime. A Londres, le magazine Times a désigné comme personnalité de l'année 2009 la jeune étudiante Neda Soltan, 26 ans, tuée par balle le 22 juin, en dénonçant les résultats truqués de l'élection présidentielle.

La jeune femme a laissé derrière elle un slogan -NEDA - Nothing Except Democracy Acceptable- et une vidéo qui fit alors le tour du monde. (Voir la vidéo)


Elle reste surtout un symbole d'une société profondément divisée entre des élites religieuses désormais clivées par plusieurs courants et une rue iranienne qui ne supporte plus la radicalisation du régime. Christian Bromberger, ethnologue spécialiste de l'Iran, le rappelait il y a quelques jours sur le blog de Delphine Minoui :

« Ces débats ne sont pas nouveaux. Mais jusqu'ici, tout le monde adhérait à une certaine unité de corps. Les discussions étaient confinées à des réunions à huis clos, à des échanges de lettres, à des visites respectives…Mais depuis la contestation du scrutin du 12 juin, cette fameuse “ unité de parole ” (“ vahdat e kalamé ”) est brisée. »

Manière de dire que la contestation ne s'arrêtera pas là, faisant craindre un bain de sang. Des heurts ont d'ailleurs été confirmés dans plusieurs villes de province : Shiraz, Ispahan, Qom…

► Mis à jour le 28/12/09 à 7h30 : actualisation du bilan des victimes des manifestations.

► La carte Pearltrees des articles sur les manifestations en Iran :

#iranelection

4 commentaires sélectionnés

Portrait de pene-r

De pene-r

20H34 | 27/12/2009 | Permalien

Y a pas que des jeunes:
http://www.youtube.com/user/UNITY4IRAN#p/u/0/04HsxEq4xkQ
(voir à la fin de la vidéo ;-)

La foule est même sacrément variée (peut être à cause de la fête chiite (ashura, il me semble ??))??

Portrait de solènejazz

De solènejazz

| 21H47 | 27/12/2009 | Permalien

La police n'a pas pu tuer "par hasard" le neveu de Moussavi, c'est un nouvel avertissement mais qui ne fera que renforcer ce mouvement de contestation

De plus en assassinant cet homme l'état iranien a créé un martyr supplémentaire

Vraiment les libertés fondamentales (expression, opinion...) ne sont pas réservées à l'occident, tout les hommes les partagent et les chérissent

LIBERTE chéri, quand tu nous tient !!!

Portrait de Courageux anonyme

De Chamaco

22H06 | 27/12/2009 | Permalien

S’il faut absolument parler de l’Iran pourquoi se contenter de rapporter les vagues infos qui circulent partout.
Le lien avec les soubresauts, attentats et manifs qui ont lieu depuis trois ans (avant les élections donc) est-il impossible à faire ?
Pourquoi ne pas rappeler les déclarations de H. Clinton ou de J. Bolton qui reconnaissent l’intervention des EU ? Bolton dès octobre 2006 a reconnu qu’un changement de régime était « l’objectif final » de la politique de sanctions économiques.

Pourquoi ne pas parler des unités étatsuniennes qui depuis quelques années « travaillent » les Azéris, les Baloutches, les Ahwazis, les Kurdes ? Pourquoi ignorer l’utilisation des Mujahideen-e-Khalq – reconnus terroristes par les EU mais utilisés quand même pour les besoins de la « cause » ?
Le 27 février 2007, le London Telegraph écrivait « l’Amérique finance secrètement les groupes séparatistes ethniques militants en Iran dans une tentative de mettre la pression sur le régime islamique et lui faire abandonner son programme nucléaire. »

La finalité de ces opérations clandestines est bien de provoquer suffisamment de troubles et de chaos pour pousser le gouvernement iranien à commettre l’erreur qui servirait de prétexte.

Quels sont les groupes qui manifestent ? Hormis le départ d’Ahmadinejad que veulent-ils ? La "liberté" oui mais laquelle ?

Portrait de jarjar

De jarjar

04H53 | 28/12/2009 | Permalien

Je ne comprends pas que Rue89 puisse sélectionner et encadrer un commentaire comme le votre. Il ne s'agit rien de moins que de la énième version de l'éternelle théorie du complot. Il n'y a rien de subtile dans ce que vous dite, c'est juste indécent quand des femmes et des hommes meurent sous les balles de la tyrannie.

Le peuple iranien n'est pas un peuple que l'on manipule Mr Chamaco, c'est un des peuples les plus cultivé et politisé qui soit sur cette bonne vielle terre. Même s'il y a quelques tentatives hasardeuses, et vouées à l'échec, des États-Unis ou des nostalgiques du Chah planqués en Californie, ce n'est pas ce qui provoque le soulèvement de tout un peuple. Idem pour les Moudjaheddin, ce groupuscule terroriste à l'idéologie malsaine, dont personne ne scande le nom en Iran.

Je suis franco-iranien et une partie de ma famille est en Iran et a manifesté contre ce régime tyrannique, contre Khamenei et son pantin Ahmadinedjab qui avec le soutien d'une partie du clergé et de l'appareil répressif ont truqué les élections. Leur but est clair : abattre le peu de démocratie qui avait été inscrit dans la constitution et affirmer une fois pour toute la primauté du religieux sur le temporel.

Vous pensez que le grand Ayatollah Hossein Ali Montazeri entré en dissidence il y a des années et qui a soutenu les manifestations depuis l'élection truquée d'Ahmadinedjab était manipulé par je ne sais qui ? Vous croyez que les centaines de milliers de jeunes, de vieux, de femmes, d'hommes, de riches et de pauvres qui cote à cote bravent la mort en manifestant malgré les interdiction et la répression féroce, sont des gens manipulés ?

Le peuple iranien, mon peuple, ma famille, mes amis, mes frères et mes soeurs, qu'ils soient Azéris, Baloutches, Ahwazis, Kurdes, Turkmenes, Arabes ou Perses se battent pour la liberté ! L'Iran deviendra une démocratie non pas parce que les occidentaux le veulent, mais parce que le peuple est prêt à mourir pour ça. C'est ce que nous voulons, la démocratie, ce vieux concept, cet idéal du genre humain, qui n'est pas une idée occidentale mais universelle. Cette démocratie dont nous rêvons depuis 1953 et le renversement de Mohammad Mossadegh par la CIA et qu'un jour, grâce au courage de ce formidable peuple, nous aurons.

Zendebad Iran, zendebad azadi !
Vive l'Iran, vive la liberté !

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