Témoignages 26/12/2009 à 15h38

Comment je suis devenu porte-parole des Roms de ma ville

Cartron Nicolas | Professeur des écoles

Tout a commencé il y 2 mois. Un article dans la presse locale m’alerte sur la présence d’un squat de Rom d’origine bulgare sur la commune. Comment ça dans ma commune ? Je décide donc d’aller voir ce squat.

Au sein de ce squat, situé dans le centre ville, survivent environ 100 personnes âgées de 9 mois à 78 ans. On pourrait parler de bidonville tellement les conditions de vie y sont indignes : pas d’eau, peu d’électricité (coupure permanente), ordures entassées depuis quatre ans, boue tout autour des cabanes... (Voir le diaporama)

Pour voir le diaporama en plain écran, cliquez ici

La plupart des habitants de ce squat ont construit eux-mêmes leur logis grâce à des matériaux de récupération : bois, carton, tôle. Ils ont également construit eux-mêmes leur chauffage en bricolant des morceaux de tôles ondulées. Quatre familles ont réussi à squatter des bâtiments mais certains ont déjà brulé.

Depuis ce jour, je ne peux plus dire que je ne sais pas, que je ne suis pas au courant. Maintenant que j’ai vu, je me dois d’agir. Alors je me suis engagé. Engagé dans un premier temps à me rendre sur ce squat 3 à 4 fois par semaine.

Dans la vie courante, je suis professeur des écoles et membre du Réseau éducation sans frontière. Pour clarifier les choses auprès de la population et de moi-même, j’ai décidé de centrer mes efforts sur la scolarisation des enfants.

Honte de mettre leur enfant à l’école

Parmi ces Roms, une vingtaine d’enfants à scolariser. En effet, avant mon arrivée seulement trois enfants allaient à l’école. Les conditions de vie sont tellement dures que la scolarisation reste très difficile. Comment ne pas comprendre ?

Ces enfants vivent toute la journée au milieu des ordures et les pieds, que dis-je, les chevilles dans la boue ! Tant que la dignité humaine ne sera pas rétablie au sein de ce territoire républicain français, les parents auront honte de mettre leur enfant à l’école.

Il y a Tania (3 ans) et Dunka (12 ans). Dunka ne va plus à l’école car elle doit s’occuper de sa petite sœur. En effet, les parents persuadés que la cantine leur serait refusée, n’ont trouvé que cette solution. Alors toute la journée, les deux sœurs restent, sans manger un seul repas, assises sur leur lit à regarder une télévision française qu’elles ne comprennent pas

Il y a Mircho, qui, lui, va à l’école. Enfin, il ne s’y rend que quand sa hanche le laisse tranquille. Ses parents, n’ayant pas encore d’adresse, ne bénéficient pas de l’Aide médicale d’Etat. Alors Mircho reste sur son lit et attend que la douleur passe. Mircho soufre d’arthrite et ne peut se soigner

Trayco va également à l’école. Seulement, l’école est devenue une souffrance pour lui. Il n’arrive pas à se comporter comme les autres. Sauvage depuis 10 ans, on lui demande maintenant d’être bien sage. Alors dès la rentrée, il ira dans une classe spéciale pour les nouveaux arrivants. Au sein d’ un effectif réduit, j’espère qu’il comprendra un peu mieux ce que la France attend de lui.

Droits et devoirs

Que dire à tous ces enfants ? Je ne vais pas leur faire un discours sur les devoirs d’un habitant de notre beau territoire alors qu’ils n’ont aucun droit. Il me semble que les deux doivent aller ensemble.

Et les pouvoirs publics dans tout cela ? Ils commencent enfin à ouvrir les yeux. En effet, depuis 4 ans ils se renvoient la balle en prétextant que c’est aux autres de s’occuper de ce drame humain. Seulement, le froid sec de ces derniers jours leur a fait peur. Ils ont eu peur qu’un Rom décède du froid ce qui leur aurait été politiquement fatal.

Les choses commencent à avancer tout doucement (livraison de bois, de gravier, scolarisation facilitée). Cependant la tentation de les diaboliser reste vive : la xénophobie ambiante est bien là. Certes, tout n’est pas rose dans ce squat. Certains sombrent dans l’alcool, quelques gamins volent des vélos. Mais que ferions-nous à leur place ?

Je suis devenu, malgré moi, le porte parole des Roms de ma commune. Je vais de réunion en réunion, je rencontre les femmes et les hommes politiques de ma commune et de mon département et j’essaye tant bien que mal de leur parler d’humanité...

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  • Cartron Nicolas
    Cartron Nicolas répond à Hemenate
    Auteur(e) de l'article Professeur des écoles
    • Posté à 17h15 le 26/12/2009
    • Expert 99777
      Professeur des écoles

    Les causes, je les connaît et je pouvais pas les détailler en 800 mots. Concernant les conséquences à en tirer les politiques doivent jouer leur rôle. Tout en sachant qu’en 2012, la Bulgarie et la Roumanie seront totalement en Europe. Cela voudra dire libre circulation. Et là, nos grandes têtes pensantes devront bien prendre le problème à bras le corps.
    Quand à ma pathologie, je ne la comprends pas...

  • sgt.toper
    sgt.toper
    Pessimiste/Optimiste informé
    • Posté à 17h25 le 26/12/2009
    • Internaute 99912
      Pessimiste/Optimiste informé

    L’action menée par Nicolas Cartron est honorable...
    Seulement les parents qui ont honte que leurs enfants aillent à l’école n’ont pas honte que leurs enfants de moins de 10 ans fassent la manche.
    De plus « ils sont persuadés que la cantine leurs serait refusée », mais vous ne leurs avez toujours pas appris qu’il pouvaient en bénéficier alors que vous les voyez 3 fois par semaine depuis 2 mois ?
    Dernier point, autant peut-on justifier le vole de Jean Valjean par une nécessité qu’est la faim, autant un vélo n’entre pas dans la catégorie des besoins mais plutôt dans celle des envies, ce n’est par conséquent pas justifiable. Un sans-abris dérobant le même vélo n’aurait pas un si bon avocat que vous ne l’êtes pour les roms.
    Malgré le désaccord complet sur nos points de vues, je vous encourage à continuer à les aider.