A débattre 26/12/2009 à 14h13

Attentat manqué à Detroit : la menace du terrorisme amateur


Maîtrisé par des passagers, un jeune Nigérian de 23 ans a tenté de faire exploser un vol Amsterdam-Detroit de Northwest.


L'auteur d'une tentative d'attentat arrêté à Détroit sur un vol Northwest en provenance d'Amsterdam (CNN)

Le FBI a confirmé la tentative d'attentat dont a fait l'objet le vol Amsterdam-Détroit de la compagnie Northwest Airlines. Vingt minutes avant d'atterrir aux Etats-Unis vendredi, un jeune Nigérian de 23 ans a tenté d'actionner une bombe artisanale, « mélange de poudre et de liquide ».

Grièvement brûlé aux jambes, l'homme a été ceinturé par des passagers. D'après les services de renseignements américains, il aurait des liens avec Al-Qaeda.

Si tant est que l'on croit à l'existence de l'organisation, ce type d'actions se multiplie, marquant un tournant dans l'histoire du terrorisme. Le patron de l'Uclat, Loïc Garnier, le soulignait cette semaine sur Rue89 : la menace est désormais entre les mains d'amateurs. A la fois plus indétectables et moins dangereux, ils sont le casse-tête des services de renseignements.

L'émergence des apprentis terroristes

Les experts en ont fait l'analyse dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 : désormais, le terrorisme et ses avatars seraient entre les mains d'amateurs. Quelques mois plus tard, l'affaire du « shoe bomber » Richard Reid vint confirmer leurs prévisions.

Le 22 décembre 2001, cet Anglais d'origine jamaïcaine tenta de faire exploser une bombe artisanale dissimulée dans le talon de sa chaussure. Sans succès : il ne parvint jamais à allumer la mèche de son engin à l'aide d'allumettes. Depuis, les briquets sont interdits en cabine.

L'histoire n'a pas retenu que, le même jour, un autre apprenti terroriste renonça au dernier moment à accomplir une action similaire. Saajit Badat sera arrêté quatre ans plus tard par le MI5. Il a été condamné à treize ans de prison.

Les limites des procédures de filtrage

Dans sa présentation de la « menace », le contre-espionnage britannique insiste sur le fait que les derniers candidats au martyr sont, pour la plupart, des « UK citizens » issus des villes ouvrières moyennes du nord du Royaume-Uni. Pourquoi ?

« La spécificité d'un professionnel de l'action, c'est qu'il est capable de commettre un attentat et de s'enfuir sans être repéré. L'amateur, il y reste. »

L'avis, émanant d'un ancien responsable de l'anti-terrorisme, montre combien il est délicat aujourd'hui de repérer ces nouveaux djihadistes. Tirant les leçons de ces attentats ou tentatives, l'ensemble des services de renseignements occidentaux ont alors mis au point, entre 2002 et 2004, des procédures pour filtrer les réseaux terroristes. Le « targeting » a connu un développement aussi rapide qu'inquiétant.

L'universitaire Didier Bigo le rappelait sur Rue89 en septembre 2008, en soulignant l'importance de « l'identification de l'ennemi » (voir la vidéo).

Par exemple, si vous embarquez depuis Paris pour un vol en direction de New York ou Los Angeles par Air France, vous serez forcément passé au crible du Stic, l'énorme fichier policier des infractions, par la PAF (Police aux frontières). Trois possibilités :

  • Vous apparaissez dans le Stic -fut-ce comme victime- vous avez alors droit à une fouille personnelle
  • Vous avez commis un délit de droit commun, la PAF s'occupe de vous
  • Vous êtes lié à une affaire de terrorisme, c'est la DCRI qui vous prend en charge

Mieux : les services de renseignements américains de la douane ont accès aux listes de passagers (PNR, Passager name record) directement auprès des compagnies aériennes, avant les services français qui ne l'obtiennent qu'au moment de l'embarquement. Bien sûr, les organisations terroristes se sont adaptées à cette nouvelle donne.

« Sous-traitance » des actions terroristes à des hommes sans passé

Pour éviter de se faire repérer, les différents labels -comme Al Qaeda au maghreb islamique- ont décidé de « sous-traiter » leurs actions à des hommes sans passé. Du moins sans passé militant. Les derniers cas identifiés par les services européens font réfléchir :

Comme le rappelait Loïc Garnier, patron de l'Unité de coordination de lutte anti-terroriste :

« Dans les deux cas, ce sont des individus qui agissent seuls, avec un profil difficilement détectable, sans point commun en dehors de celui de leur radicalisation. Hicheur a des motivations religieuses, dans la logique du Djihad mondial avec une adhésion au fondamentalisme, s'appuyant sur une rancoeur profonde à l'égard de l'Occident. »

Dans cette configuration, trois éléments sont essentiels pour les responsables de l'anti-terrorisme :

A chaque nouvel épisode « amateur », deux effets sont immédiats :

  • le renforcement des mesures de sécurité aux aéroports annoncés par les politiques, comme vient de le faire Barack Obama
  • l'oubli général que ce phénomène d'auto-radicalisation ne peut être bien combattu qu'à la condition de développer des mesures politiques, économiques et sociales permettant de le contrer

De ce point de vue, l'histoire personnelle du jeune Nigérian Abdul Farouk Abdulmutallab pourra peut-être nous éclairer.

Photo : l'auteur d'une tentative d'attentat arrêté à Détroit sur un vol Northwest en provenance d'Amsterdam (CNN)

  • 25059 visites
  • 97 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • zicosas
    • Posté à 14h19 le 26/12/2009

    laissez donc ça à des professionnels...tsss des amateurs, et qui travaillent au black ?

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 15h12 le 26/12/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Le terrorisme « amateur » a ceci de « bien », c'est qu'il permet pour les idéologues d'Al-Qaïda et les tenants occidentaux de la manière forte de s'y retrouver. Pour les djihadistes, que du bonheur, pas de formation, pas de logistique et une propagande à pas cher dans les banlieues sensibles de toutes les mégalopoles.
    Pendant que les artisans « amusent la galerie », ils peuvent ourdir en toute tranquillité.
    Pour les gouvernements occidentaux, que du bonheur. Si Ben Laden n'existait pas il faudrait l'inventer. Cet être mythique à l'allure christique est une véritable aubaine pour tous les défenseurs de l'ordre et de la nation réunis.
    Comment pourraient ils justifier les faramineux budgets d'armements et les déploiements de troupes en Irak et Afghanistan ? Comment pourraient ils combattre l'islamisme ? Comment pourraient ils défendre l'identité nationale ?
    Al-Qaïda et Ben Laden ont encore de beaux jours devant eux car réels ou fantasmés ils servent de nombreux intérêts contradictoires.

  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 19h27 le 26/12/2009
    • Internaute
      Républicain

    Ce n'est pas la pauvreté qui génère le terrorisme islamique mais l'endoctrinement par une idéologie néfaste.

    Il faut combattre cette idéologie sur le terrain des idées et pour ça il faut des républicains sur de leur valeur.

    Personne ne pense qu'on va faire disparaitre les cathos intégristes en faisant du social et bien pour les islamistes c'est pareil.

    Il faut casser leur machinerie d'endoctrinement et pour ça il faut avoir des valeurs qui fonctionnent.

    Les valeurs de la République (liberté égalité fraternité laïcité) fonctionnent très bien seulement les libéraux et les bobos tiers-mondistes préfères d'autres valeurs.

    Pour les libéraux c'est l'argent roi qui casse la solidarité, et pour gérer les troubles qui résultent de cette perte ils utilisent le communautarisme.

    Les bobos tiers-mondistes eux suivent les modes, ils aiment la discriminations positive ,la laïcité positive, et tout ce qui leur permet de se battre la coulpe à eux les méchants blancs.