Témoignage 25/12/2009 à 13h57

Grippe A : leçons de zenitude venues d'Allemagne


Pas de centres de vaccinations et de battage médiatique en Allemagne, où l'épidémie se gère dans le calme. Témoignage.


Publicité pour le port du masque à l'hôpital universitaire d'Essen (Ina Fassbender / Reuters)

Installée depuis sept ans dans le sud de l'Allemagne, j'aime comparer les différences de traitement de certains sujets dans les médias français et allemands. Depuis le début de l'épidémie de grippe A, c'est un vrai bonheur de noter ces différences au jour le jour.

Ici, la vague de panique concernant l'épidémie n'a pas passé l'été : le gouvernement allemand recommande certes la vaccination, mais plutôt mollement, et on est bien loin du plan de com » de Roselyne Bachelot.

Résultat : à peine 15% des personnes se disent prêtes à se faire vacciner. Autour de moi, amis, collègues... personne n'est vacciné, et personne ne semble vraiment s'en soucier.

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Arrêter de regarder les JT français

Enceinte au moment où la vague d'hystérie concernant l'épidémie a commencé en France, j'ai tout d'abord développé un vrai sentiment d'angoisse à propos de cette grippe. J'ai commencé à aller mieux dans ma tête à partir du moment où j'ai délaissé le 20 heures de France 2...

Finies la boule dans la gorge et les sueurs froides en regardant mes fils, et en me demandant si je ne ferais pas mieux de rester cloîtrée à la maison en attendant que ça se tasse. Ou si je dois me forcer à allaiter « pour donner une plus grande chance à mon petit dernier en cas d'infection du H1N1 ».

Sans rire, j'avais fini par devenir complètement obsédée et culpabiliser pour tout ce que je ne faisais pas pour protéger mes enfants.

Depuis, je lis la presse allemande et je suis redevenue zen. J'ai repris le travail, mes fils vont à la maternelle et chez la nounou... et j'ai décidé de manière très réfléchie de me faire vacciner contre la grippe A.

Travaillant dans une entreprise où les consultants voyagent aux quatre coins du monde, je préfère m'éviter le risque de ramener ce virus à la maison et d'avoir à passer une semaine au lit puis deux semaines à garder des enfants malades.

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S'adresser à un médecin qui vaccine

Autant vous le dire tout de suite : ici il n'y a pas de centres de vaccination. D'ailleurs dans beaucoup de régions, seules les personnes prioritaires peuvent se faire vacciner : personnes à risque atteintes de maladies chroniques, femmes enceintes et personnel médical.

Quand la région le permet, les volontaires peuvent se procurer la liste des médecins pratiquant la vaccination sur Internet. Ils sont une soixantaine dans la ville où j'habite (pour environ 300 000 habitants, la taille d'une ville comme Nantes), principalement des généralistes et des gynécologues obstétriciens.

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Attendre qu'il nous convoque par groupes

Comme mon médecin référent était sur la liste, je l'ai appelé en lui demandant de m'inscrire sur la liste d'attente des volontaires à la vaccination. Cela dit, n'allez pas croire que le terme « liste d'attente » signifie que les Allemands font la queue devant chez leur généraliste pour obtenir un rendez-vous.

Pas du tout, c'est même le contraire : mon médecin recevant les vaccins par lots de 10 et ayant peu de volontaires, il est obligé de créer une liste d'attente pour s'assurer qu'à la date choisie il aura plus de 5 personnes désireuses de se faire vacciner. Il faut dire qu'au début du mois de décembre, le ministère de la Santé allemand évaluait à seulement 5% le nombre de personnes s'étant fait vacciner en Allemagne.

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Bien se laver les mains

J'ai donc attendu une semaine et demie que la liste s'allonge avant d'aller me faire vacciner hier. On m'a fait lire une double page pour m'expliquer les contre-indications du vaccin, les effets secondaires... puis on m'a fait signer un papier de décharge sur lequel je devais cocher une case type « oui je souhaite me faire vacciner ». Pas très rassurant, mais bon.

J'ai demandé à mon médecin ce qu'il en était de la vaccination pour mon fils de 3 ans. Elle l'a déconseillée, me disant que le risque était minime sur les enfants de cet âge, et que le plus important était que les parents soient vaccinés.

L'approche allemande semble être, dans le cas des jeunes enfants, d'encourager les mesures d'hygiène au maximum dans les collectivités plutôt que de vacciner à tour de bras.

Puisqu'on parle d'hygiène, ici pas de flacons de solution hydro-alcoolique dans les entreprises... je soupçonne fortement que cela s'explique par le fait que contrairement aux Français, les Allemands n'ont pas besoin qu'on leur demande de se laver les mains régulièrement... ils le font déjà en temps normal. Comme quoi, le cliché du Français pas très regardant de son hygiène n'est peut-être pas complètement infondé.

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  • La Ségaline
    La Ségaline
    écrivain public
    • Posté à 14h06 le 25/12/2009
    • Internaute
      écrivain public

    Le gouvernement français n'arrête pas de citer l'Allemagne comme modèle, pour une fois il pourrait effectivement s'en inspirer et nous lâcher un peu avec cette grippe, histoire de s'occuper enfin de choses importantes.

  • alberich
    • Posté à 14h11 le 25/12/2009

    « Comme quoi, le cliché du Français pas très regardant de son hygiène n'est peut-être pas complètement infondé. »

    Restez donc en Allemagne on veut plus de vous ici ! ! ! Renégate.

    On peut constater tous les jours au bureau que beaucoup ne se lavent pas les mains de la journée excepté les 3 secondes sous l'eau du robinet après le pipi.

    J'ai souvenir d'une étude qui montraient que les habitants des pays qui se lavaient le plus souvent les mains étaient méditerranéens, l'Espagne en tête me semble-t-il.

  • Dan51
    • Posté à 14h35 le 25/12/2009
    • Internaute

    Excellent !

    Je vis aussi en Allemagne depuis 1973 et vois les énormes différences concernant « l'information » de la population dans les deux pays.

    J'ai beaucoup ri en lisant « je soupçonne fortement que cela s'explique par le fait que contrairement aux Français, les Allemands n'ont pas besoin qu'on leur demande de se laver les mains régulièrement… ils le font déjà en temps normal. Comme quoi, le cliché du Français pas très regardant de son hygiène n'est peut-être pas complètement infondé. »

    J'ai vécu « l'information » à la française concernant l'amiante. Dans les années 70 on l'enlevait déjà des bâtiments en Allemagne, alors qu'en France, le gouvernement cédant - sûrement contre finances - au lobby de l'amiante avait même encouragé la création d'une association pour la défendre. Je me souviens même qu'on nous faisait enlever l'amiante entourant les ampoules de rétroprojecteurs dans les salles de cours fin des années 70, début des années 80 à Hambourg.
    Je rentrais dans mon Sud-Ouest natal et mon père sciait bravement ses plaques d'Everite. Je lui disais : « Tu sais que c'est cancérigène ? » Réponse : « Bah, si c'était le cas, on le saurait ». Et pourtant : Lien

    De même avec Tchernobyl. Nous étions très informés en Allemagne, et les parents prenaient toutes les mesures pour protéger leurs enfants, en France, le nuage n'avait pas franchi la frontière...

    De même pour le sang contaminé. On savait, les responsables hospitaliers allemands informés, refusaient d'acheter les conserves de sang venant de France... jusqu'à ce que certains lobbyistes les y obligent, c'est à partir de là qu'il y a eu des morts...

    Et ainsi de suite. En France, on prend les citoyens pour des « benêts », en Allemagne, on les tient pour responsables car ils ont été éduqués ainsi depuis la maternelle.
    Il n'y a aucune grille aux écoles, pas de pions, pas de portiques aux métros, etc...
    En conclusion, la photo de l'école de mon village, complexe comprenant maternelle, primaire et collège et Université populaire l'après-midi et le soir. Pas de grille, les enfants entrent et sortent librement :
    Il en était de même dans la grande ville de Hambourg où j'ai passé plus de deux décennies...