Tribune 24/12/2009 à 12h29

Echec de Copenhague : la faute à l'unanimité ?

Serge Galam | Physicien et « contrariant »

Des riverains nous ont interrogés pour savoir si Serge Galam avait « sabré le champagne » après l’échec du sommet de Copenhague. Devenu « sceptique-en-chef » sur Rue89, ce physicien qui avait déclaré que l’on « ne peut prévoir comment va évoluer le climat » se dit aujourd’hui rassuré par l’incapacité des dirigeants de ce monde.

C’est Noël, des bulles de CO2 pour tous ?

Non, ce serait l’amertume qui a prévalu, enfin chez certains, car d’autres y ont trouvé une nouvelle énergie avec, en ligne de mire, des méchants loups américains, chinois et même onusiens. Et moi qui croyais l’espèce protégée...

En effet, les grands et les petits de ce monde, tous réunis dans ce qui devait être le jour où l’on a sauvé la planète, ont finalement choisi... de se revoir l’année prochaine. Un an de plus ce n’est rien, et les voyages à thème, c’est trop bien, en plus all inclusive, tout frais payés. Et puis à Mexico, le climat sera plus doux.

Puisqu’il n’y a rien à fêter, que va-t-on faire de tout ce champagne, dont le prix a dramatiquement baissé cette année ? On évoque la crise financière, mais non. Les fameuses bulles sont du CO2, alors imaginez le soulagement de tous nos apôtres alarmistes qui auraient dû en déboucher des milliers !

Compte tenu de la situation, n’en rajoutons pas en évoquant le bilan carbone substantiel de ce happening raté, sans mentionner le coût financier, mais ne chipotons pas... il s’agissait de sauver l’humanité.

Scientifiques = alarmistes, quelle objectivité !

Une raison néanmoins de se réjouir, du moins pour Jean Jouzel, vice-président du Giec qui, dans une interview au Journal du dimanche, était interrogé sur le point suivant : « Cela veut-il dire que nos hommes politiques n’ont pas été à la hauteur ? » et répondait :

« Il y a tout de même un point positif : les sceptiques n’ont pas réussi à se faire entendre, et les politiques se sont appuyés sur les réflexions des scientifiques. »

Insidieusement, il oppose scientifiques et sceptiques, montrant au passage comment fonctionne l’objectivité alarmiste dans la présentation des faits. Par ailleurs, je n’ose pas penser ce qui se serait passé si cela avait été le contraire.

En mal de coupable, on met l’unanimité au pilori

Ainsi donc, sitôt terminée, la conférence de Copenhague a accouché d’un nouvel avatar, de nature identique au CO2, avec la mise au pilori du principe d’unanimité pratiquée par l’ONU qui, en lieu d’un coup de froid, aurait pris un coup de vieux.

La sentence est décrétée d’autorité immanente par nos valeureux alarmistes en mal de coupable. On reste dans la même obsession à désigner un bouc émissaire. Si le CO2 anthropique n’a pas (encore) convaincu, détournons la vindicte contre le principe d’unanimité.

Et comme pour le CO2, personne ne réfléchit aux tenants et aux aboutissants d’un choix de mode de prise de décision. Il faut rester dans l’urgence et foncer tête baissée, notre « foi » étant la garantie inoxydable du bien fondé de nos exigences.

Une majorité introuvable

Il serait donc utile de rappeler quelques principes élémentaires, exactement comme pour le climat qui n’est pas encore une science qui a fait ses preuves, sur la question du mode de prise de décision d’un groupe.

Certains ont certainement en tête l’Europe et son tout nouveau traité de Lisbonne à la majorité qualifiée, car il devenait impossible de prendre des décisions à l’unanimité à 27, alors à près de 200 n’en parlons pas.

Sauf que derrière la critique de l’unanimité se cache l’envie de pouvoir forcer la seule décision légitime : la réduction drastique de notre production de CO2, comme tout groupe qui, dans une organisation, veut prendre le pouvoir à tout prix, toujours pour un intérêt supérieur, y compris par la construction des règles adéquates, fut-elles non démocratiques. Les redécoupages électoraux en sont un moindre exemple.

Ainsi, que voudraient nos preux chevaliers anti-CO2 ? Que la décision se fasse à la majorité ? Peut-être, mais certainement pas celle des citoyens du monde car avec plus de deux milliards d’Indiens et de Chinois qui ne rêvent que de consommation, sans oublier les quelques centaines de millions d’Américains qui eux la pratiquent comme dix, le « bon choix » passerait encore à la trappe.

Donc ce serait la majorité des pays ? Pour l’occasion, les nombreux pays pauvres étant persuadés (ils y croient encore... les pauvres) qu’une production payante de CO2 leur donnera des royalties pour se développer, ne pourraient que s’y rallier, et donner le coup de pouce manquant aux Européens, enfin les tellement volontaires et bons comme notre France préférée. Et encore, ce n’est pas gagné. Non, le plus sûr c’est que ce soit les seuls pays « éclairés » qui décident pour tous.

Au fond, peu importe le mode de scrutin, l’essentiel étant d’arriver à faire prendre la bonne décision. Il y a là une tentation totalitaire fort discutable, et carrément dangereuse, fut-ce au nom de la sauvegarde de L’URGENCE.

Pour une fois, c’est la faiblesse qui paye

Mais ne tergiversons pas ici sur la formule gagnante, imaginons qu’on trouve, comme diraient certains climatologues alarmistes, « l’astuce » qui permette de décider dans un forum mondial ce qu’exigent les modèles informatiques du Giec pour sauver la planète. Ce qui sous entend - c’est tellement naïf que ça en devient touchant - que nous aurions réussi à « piéger » les plus gros producteurs de CO2 que sont les USA et la Chine.

Ce sont les fêtes, alors rêvons : « l’astuce » fera du remake mexicain de Copenhague le plus grand exploit politique jamais réalisé sur notre planète avec le décision claire et nette de maintenir l’augmentation de la température moyenne à 2 degrés par une réduction drastique de nos émissions de CO2.

Non seulement nos enfants, mais nos arrières petits-enfants nous en seraient reconnaissants à jamais, nus sous leurs arbres.

Le petit hic dans ce scénario idyllique, ou plutôt la BIG question, sera alors de savoir comment on imposera en pratique cette décision à la minorité récalcitrante. Car le véritable enjeu d’après le discours alarmiste n’est pas ce qui se passe sur une portion de la planète, mais sur toute la planète.

Le bilan du carbone anthropique est la somme de tout ce qui est produit, ici mais aussi là-bas. En l’occurrence, des paradis de CO2, à l’instar des paradis fiscaux, ne sont pas concevables, car là tout est partagé. Du moins le réchauffement le sera, pas le plaisir !

Donc sans unanimité - et surtout sans les grands producteurs de ce monde - pas grand-chose de substantiel pourra être fait au niveau de l’atmosphère. Dans ce cas, rejeter l’unanimité revient à légitimer la force du plus fort.

À ce stade, on ne peut que se dire « Quel bonheur pour l’humanité que l’Europe ne soit pas (plus) une grande puissance militaire » !

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  • tox
    tox
    http://www.dessins-tox.com
    • Posté à 13h12 le 24/12/2009
    • Internaute 10208
      http://www.dessins-tox.com
  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h27 le 24/12/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Par ailleurs, je n’ose pas penser ce qui se serait passé si cela avait été le contraire.
    Il était dans le coma ces trente dernières années ? Sinon il aurait vu ce que donnait le contraire...

    Enfin faudrait se mettre d’accord sur la définition de « climato-sceptique ».
    Pour moi, ce genre de personne est un mec qui, soit par intêret soit par délire, raconte qu’il n’y a pas de réchauffement, que la banquise ne fond pas et que le CO2 ne fait rien.
    Or avec cet article l’auteur se contente de dire que ce sommet n’a servi à rien, que toutes ces idées pour régler le problème d’un coup de baguette magique sont foireuses. Bref clairement « copenhaguo-sceptique », mais on est très loin d’Allègre.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 15h51 le 24/12/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    L’unanimité est un mythe dangereux. Confronté à un consensus, les états les plus avancés ne s’armeront pas que de patience si leurs intérêts sont en jeu.

  • Rebound
    Rebound
    Sociologue
    • Posté à 01h52 le 25/12/2009
    • Internaute 55594
      Sociologue

    Voilà donc, figurez vous, qu’on croit « utile de nous rappeler quelques principes élémentaires », ligne 1 (du paragraphe « une majorité introuvable »)
    Suite à quoi, ligne 12, on pourfend les « preux chevaliers du CO2 » qui voudraient quoi ? « Que la décision soit prise à la majorité » : d’où il suit, ligne 23, qu’il y va là d’un exemple typique de totalitarisme : puisque, nous citons « Au fond, peu importe le mode de scrutin, l’essentiel étant d’arriver à faire prendre la bonne décision. Il y a là une tentation totalitaire fort discutable ».
    On laisse à l’auteur la responsabilité de cette équation entre expression de la majorité et totalitarisme que les citoyens de l’ex Union Soviétique, et nos contemporains iraniens (ceux à qui on a volé leurs votes… majoritaires) apprécieront !
    Mais non ! Nous n’y sommes pas ! C’est que l’auteur a une plus haute conception de la démocratie, et que celle envisagée n’est qu’un travesti. Ca n’est jamais qu’une majorité entre les pays, et non pas des peuples eux mêmes. Foin de démocratie formelle, que les peuples fasse entendre leur voix !
    Mais non, nous n’y sommes toujours pas, parce que ces peuples parlons-en : ces « plus de 2 milliards d’Indiens et de Chinois qui ne rêvent que de consommation » ; sans oublier les américains. Et les peuples des pays pauvres, ceux-là qui – je cite – « y croient encore … les pauvres », (qu’ils toucheront des royalties).
    Donc, si l’on comprend bien, bonne chance les démocrates formels avec un peuple mondial constitué de gloutons et de crédules. Cette conception de la démocratie est tellement « supérieure » qu’on entend bien, qu’à prendre les peuples de si haut, elle les méprise. Jacques Rancière, à ce propos, et justement, parle, de « haine de la démocratie ».

    Une chose, en tout cas, du côté du glouton américain : quand il habite la Nouvelle-Orléans il sait fort bien deux choses. Qu’une partie de sa prospérité est pétrolière, et que cette partie-là est celle là même qui menace sa survie dans la ville. Tapez voir sur Google - ça vous évitera toute condescendance sur « les pauvres » - « Lower 9th et CSED » (pour Center for Sustainable and Ecological Development »). Oui, oui, la population du Lower 9th, les « blacks de chez blacks », peu suspects de bobo mania. Pour elle, il se peut bien que les modèles de climatologie soient encore imparfaits ; mais ils n’ont pas le luxe du sarcasme du physicien en direction d’une science plus jeune, encore moins celui d’attendre. Si bien qu’ils . mettent en place des dispositifs pour reconquérir leurs bayous (luttant contre l’érosion côtière) et voilà même qu’ils en attendent des « royalties » (« carbon sequestration ») … les pauvres., voire même le développement d’un savoir expert qu’ils pourront ensuite exporter.
    Ils sont les éléments de la nouvelle majorité qui s’imposera… formellement et, certes, plus tard. Et très certainement contre vous et votre – désolé pour cela – paroisse.