A débattre 22/12/2009 à 17h48

Secret des sources des journalistes : un texte imparfait


Comme Julien Dray, j'ai eu droit à un rappel à la loi. C'était à l'été 2008, après la publication d'un article sur le sort de Kamel Bouchentouf, ex-informateur de la DST, condamné à six ans de prison. Les enquêteurs de la 3e Division de police judiciaire voulaient connaître mes sources.

Après une longue et courtoise discussion (eux aussi pratiquent le off), je décidais d'en rester aux termes de mon papier. Ni plus, ni moins. Dialogue :

- Je me retranche derrière l'article 109 du code de procédure pénale.
- Le quoi ?
- L'article 109, celui du secret des sources.
- Voyons cela...

Après consultation du substitut de permanence et quelques semaines de réflexion, le parquet de Paris décida de ne pas me poursuivre pour « recel de correspondance illicite avec un détenu ». Fin de l'histoire. Parfois, elle prend un autre tour, comme les riverains de Rue89 l'ont suivi pour le off de Sarkozy sur France3.

Un principe supportant des exceptions

La loi, adoptée lundi soir en catimini par une vingtaine de députés (les Verts et les communistes n'étaient pas dans l'hémicycle), entérine ce principe du secret des sources. Trois ans après avoir lancé le débat, suite à l'affaire de l'équipe cycliste Cofidis où un juge cherchait à identifier les sources de l'Equipe et du Point, celui-ci est donc tranché. Le secret des sources est désormais encadré par un texte en six articles, qui prévoit une exception :

« Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d'intérêt public le justifie et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi. Cette atteinte ne peut en aucun cas consister en une obligation pour le journaliste de révéler ses sources. »

Concrètement, il s'applique :

  • aux journalistes, au sens des titulaires de la carte de presse, y compris les pigistes
  • à toutes personnes associée professionnellement à la chaîne de l'information. « C'est un point important, souligne Basile Ader, spécialiste du droit de la presse et avocat de Rue89, car cela écarte les blogueurs par exemple. C'est un problème que nous verrons apparaître. »

Le nouveau texte encadre précisément :

  • les perquisitions dans les rédactions et/ou au domicile des journalistes, uniquement sous la direction d'un magistrat et avec la possibilité de la contester
  • le droit de se taire
  • l'interdiction de « transcrire » dans la procédure judiciaire des écoutes téléphoniques ou interceptions de communications visant à identifier les dites sources
  • la jurisprudence Gaetner (du nom de ce confrère de l'Express) qui autorise un journaliste à produire dans le cadre de sa défense des documents protégés par le secret de l'instruction

Un texte historique et... imparfait

Dans l'ensemble, les juristes saluent donc un « texte historique », dans la mesure où le législateur reconnaît enfin un principe entériné par la Cour européenne des droits de l'homme (Strasbourg), où la France est régulièrement condamnée.

Même le Syndicat national des journalistes (SNJ) se réjouit d'une loi toutefois « imparfaite ». Dominique Pradalier, secrétaire générale du SNJ, y voit surtout la porte ouverte aux contentieux :

« Je le crains et l'espère en même temps, car cela permettra de voir si le législateur est allé assez loin. La loi devrait avoir un effet pédagogique, sur les juges et sur les journalistes. Répétons-le : ce n'est pas les journalistes qui doivent être protégés, mais les sources. »

Pourtant, avec ce texte, la France reste en-deça des standards européens. C'est l'avis de l'avocat Christophe Bigot :

« Si les juridictions avaient accepté d'appliquer l'article 10 de la CEDH, on n'en serait pas là. Ce n'est pas très glorieux pour les juges. C'est le fruit d'une résistance incompréhensible des juges, en particulier ceux qui, dans les affaires de droit commun, estiment que les journalistes ne sont pas au-dessus des lois. »

En Belgique, depuis 2005, le secret des sources ne souffre qu'une seule exception, uniquement si c'est :

« Pour prévenir la commission d'infractions constituant une menace grave pour l'intégrité physique d'une ou de plusieurs personnes. »

En clair, si la source d'une information permet d'éviter un attentat dans la demi-heure, alors la justice peut agir. Le terme d'« impératif prépondérant d'intérêt public » est beaucoup plus vague. Il va sans doute donner du travail aux avocats français.

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  • xavier-xavier
    xavier-xavier répond à spleenlancien
    muntagnolu
    • Posté à 18h34 le 22/12/2009
    • Internaute
      muntagnolu

    Du côté des juristes (Lien)
    comme du côté des journalistes(Lien), le texte est plutôt vu comme une avancée indéniable, offrant aux journalistes des garanties bien supérieures à celles d'aujourd'hui.
    Quand les nouvelles sont bonnes, sachons donc les prendre comme telles.

  • Barbatruc
    Barbatruc
    Jedi
    • Posté à 18h50 le 22/12/2009
    • Internaute
      Jedi

    Protection des sources : les journalistes « consternés »

    Lire : Lien

    Le Forum des sociétés de journalistes estime que « le secret des sources, pierre angulaire de la liberté de la presse, ne souffre d'aucune des exceptions - subjectives et dangereuses - que prévoit la nouvelle loi française », adoptée mardi au Parlement.

  • Jaïlou
    Jaïlou
    étudiante à oreilles
    • Posté à 18h51 le 23/12/2009
    • Internaute
      étudiante à oreilles

    La protection des sources deviennent légale, bien qu'imparfaitement protégée, pour les médias officiels, mais les medias en ligne, pas seulement blog mais associatifs de tous genre reste menacés. A l'image de nos copains de la télé associative TV Bruits (Lien) à Toulouse qui transmettaient ce message mi décembre :

    « A nouveau Tv Bruits a reçu un courrier émanant des instances judiciaires. Aucune plainte contre nous cette fois mais une Réquisition judiciaire. La DIPJ de Pointe à Pitre nous prie de lui communiquer les coordonnées de l'administrateur de notre site internet et souhaiterait connaitre les sources de l'un de nos articles.

    Cet article est intitulé “ Lisa DAVID interpelle la direction de RFO ” où la journaliste syndiquée au SNJ-RFO dénonce le choix de la direction de n'avoir choisit aucun journaliste martiniquais pour rendre hommage à Aimé Césaire.

    Tv Bruits n'a pas à dévoiler ces sources, comme n'importe quel média, mais la justice tente apparemment actuellement de distinguer les publications sur internet du reste du droit de la presse. »