Décryptage 22/12/2009 à 20h40

Identité nationale : « L'UMP prise à son propre jeu » selon Le Pen


Tous les indicateurs politiques virent au rouge pour l'UMP dans les études d'opinion, au profit du Front national.



Marine Le Pen à Evian en 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

En bon soldat de Nicolas Sarkozy, Eric Besson martèle sa haine du Front national, tout en multipliant les appels du pied aux sympathisants frontistes. Le débat sur l'identité nationale est fait pour ça. Lancé à cinq mois des régionales, il est stratégique : l'objectif est de combattre les triangulaires de second tour avec l'UMP et le FN, traditionnellement favorables à la gauche.

Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale pourrait même aller plus loin. Si le FN n'atteignait pas les 10% au premier tour, seuil nécessaire pour se maintenir, il n'a pas rejeté, a priori, un éventuel appel du FN à voter pour l'UMP au second tour, ce mardi sur RTL :

« Je ne sais pas, nous n'en sommes pas là. » (Voir la vidéo)

Malgré les dérapages au sein de la majorité ou dans les commentaires sur le site Internet dédié, malgré le Front national qui se frotte les mains de l'émergence de ce débat, Eric Besson assure ne pas vouloir reculer :

« Je ne vais pas commenter ce que dit le Front national. (...) Il y a une part des Français qui s'interroge effectivement, il ne faut pas tourner autour du pot, sur la capacité qu'a la France de rester une terre d'immigration réussie, d'intégration, d'assimilation comme disaient les vieux républicains, et qui s'interroge aussi, sur la place de l'Islam dans la république française. Cette question-là il faut la traiter froidement, sereinement, de façon républicaine. »

« L'Elysée n'a aucune solution à apporter »

S'il ne veut pas commenter, c'est aussi que toutes les études d'opinion donnent raison au FN, qui le clame sur tous les tons : les électeurs frontistes ne se laisseront pas une nouvelle fois séduire par l'UMP. Marine Le Pen, vice-présidente du parti d'extrême-droit et tête de liste dans le Nord-Pas-de-Calais, ne dit pas autre chose à Rue89 :

« Ce débat est une chance pour les Français, il correspond à une crise identitaire flagrante, il est nécessaire, même si l'on sait qu'il a été ouvert pour des raisons électoralistes. Mais il sera difficile à refermer par une simple injonction de l'Etat, sans actes forts, telle l'inscription dans la Constitution que la République ne reconnaît aucune communauté.

L'UMP est prise à son propre jeu. D'abord parce que le FN monte, mais surtout parce que son discours est faible. L'Elysée n'a aucune solution à apporter, et il ne faut pas ouvrir un débat auquel on n'a rien à apporter. »

Selon le baromètre Opinion Way de décembre pour Le Figaro et LCI, la courbe des intentions de vote entre le 1er octobre et le 10 décembre est passée de 36 à 30% pour l'UMP, contre 6 à 10% pour le FN.


Le baromètre Opinion Way de décembre pour Le Figaro et LCI

« Le FN redevient une alternative intéressante »

Ce qui se vérifie sur les partis se ressent également sur les personnalités. D'après le tableau de bord politique de l'Ifop pour Paris Match, entre novembre et décembre, Eric Besson perd cinq points (à 35% de bonnes opinions) au profit des leaders du Front national : plus deux points pour Jean-Marie Le Pen (20%) et surtout plus six points pour Marine Le Pen (29%).

L'analyse de Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l'Ifop, publiée vendredi dernier dans Le Monde, est sans appel :

« Ce débat apporte de l'eau au moulin de l'extrême droite. On voit bien que l'UMP patine et que le FN se refait une santé sur cette thématique. L'immigration et la sécurité, qui ont toujours été le moteur du vote frontiste, n'étaient plus au centre du débat public. On remet ces thématiques sur le devant de la scène et ça fait un appel d'oxygène pour le FN.

En 2007, l'OPA sur les électeurs frontistes par M. Sarkozy avait complètement fonctionné. La déception a été très rapide et très brutale. Toutes les tentatives pour reconquérir cet électorat se sont soldées par un échec. Aujourd'hui, le FN redevient une alternative intéressante pour ces électeurs. »

Sans compter que, selon un autre sondage CSA pour Le Parisien de lundi, 50% des personnes interrogées souhaitent l'arrêt ou la suspension temporaire du débat sur l'identité nationale, contre seulement 34% qui veulent poursuivre les discussions.

« Ça ne peut que redonner de l'oxygène au FN »

Eric Besson joue d'autant plus avec le feu que sa majorité UMP, lorsqu'elle n'est pas elle-même à l'origine de dérapages, commence à le lâcher peu à peu. Jean-Pierre Raffarin estime que « la question de l'identité ne peut pas être une réflexion de comptoir », Christine Boutin que ça « ne peut que redonner de l'oxygène au FN ». Tandis que François Baroin juge « indispensable de suspendre le débat ».

« Le président de la République m'assure de son soutien tout comme le Premier ministre », rétorque le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, cependant pleinement conscient que son avenir politique est en jeu :

« Si d'aventure, dans quelques mois, on trouvait que le débat avait été mal mené, ce sera de ma responsabilité. Je n'ai jamais cherché, dans ma vie, de parapluie ou de protection : ça serait de ma responsabilité. »

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  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 20h53 le 22/12/2009
    • Internaute
      journaleux - blogueur

    Sympa cette photo de Marine Le Pen à Evian avec les drapeaux derrière. Dans les villes d'eaux, la faire à Vichy aurait été de meilleur aloi. Mais Hortefeux y squattait déjà, avec des Auvergnats.

  • Pictulo
    • Posté à 21h00 le 22/12/2009

    C'est à se demander si Besson ne bosse pas en sous-main pour la gauche.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h08 le 22/12/2009
    • Internaute
      délinquante avérée

    besson a trouvé sa place, il est l'homme lige de notre monarque bienaimé, jusqu'à prendre la responsabilité du débat sur l'identité nationale, alors que c'est bien sarko qui l'a voulu. C'est un fusible qui sautera si les résultats ne sont pas ceux que l'UMP escomptait.

    Le Fhaine retrouvera les voix qu'il avait avant 2007, ce n'est pas joyeux, c'est à dire que la politique raciste a porté ses fruits pourris, certains préfèrent l'original à la copie.

    Le paquebot se renfloue ? merci qui ?

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 21h13 le 22/12/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Le pire ennemi de Nicolas Sarkozy, c'est lui même, aimait à le répéter Christophe Barbier, Directeur de la rédaction de l'Express et ami de Carla avant les élections Présidentielles
    Cette analyse est toujours pertinente, car après avoir gagné les élections suprêmes de 2002 en asséchant les voix du FN, notre « bon Président » fait un nouvelle fois le meme pari, malgré les indicateurs qui lui montrent que la voie est minée et que l'électorat de Le Pen revient sur ses bases naturelles.
    Il faut dire qu'il a de moins en moins le choix car le Nouveau Centre se découvre des envies de retour vers l'UDF et les chiraquiens de service (Villepin, Jupé.....) se découvrent des envies.....d'émancipation.
    Pour Sarkozy, la survie à cours termes, c'est à dire pour les élections régionales, se situe avec Besson et ses excès de l'identité nationale. Il réagit comme un vulgaire Berlusconi avec la Ligue du Nord.
    Serat'ill compris par l'electorat de la droite traditionnel, celle de De Gaulle ? Là se situe le problème pour lui.

  • BePhoenix
    BePhoenix
    Révolté
    • Posté à 21h40 le 22/12/2009
    • Internaute
      Révolté

    Je ne sais pas ce qui m'hallucine le plus dans ce débat.

    Qu'il soit d'une inutilité abyssale.
    Où bien qu'en période de crise économique et d'explosion du chômage, un gouvernement en fasse une priorité numéro 1.

    Pour moi ça démontre une chose évidente. Pour la droite il n'y a pas de problèmes. La crise a servit d'excuse pour que les grosses entreprises vires du monde.

    Ils vont pouvoir réduire les coûts, délocaliser tranquillement, les patrons et les actionnaires sont content et donc la droite aussi.
    L'emploi et les conséquences sociales, ils s'en foutent.

    Et comme ils n'ont pas de solutions pour l'emploi et pas même la volonté de faire quelque chose. On nous sort un grand débat inutile qui joue sur les leviers faciles que constituent la xénophobie et le sécuritaire.

    Parcequ'il faut bien se rendre à l'évidence. Les cadeaux fiscaux fait au plus riches ça a eu pour seul impact d'aiguiser leurs rapacité. L'impact sur l'emploi lui est négatif.

    Par contre je ne vois pas trop comment ils vont pouvoir amener sérieusement le débat sur le sécuritaire, vu qu'ils ont diminués tous les budgets de la justice.

  • Spook 3421
    Spook 3421
    sniper
    • Posté à 06h27 le 23/12/2009
    • Internaute
      sniper

    Voilà que l'UMP veut déposer une proposition de loi contre le port de la burqa, avec un Jean-François Copé qui force le pas ! Tiens, tiens, simple coïncidence ? ? ?