21/12/2009 à 19h22

Schmid : « Il y a deux PS : un électoraliste et un qui travaille »



Affiches électorales pour le PS à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89)

Ce n'est pas le mouvement qui fera le plus du bruit au PS, mais il est symbolique.

Lucile Schmid, conseillère régionale d'Ile-de-France, a annoncé ce lundi dans Le Monde qu'elle démissionnait de son poste de vice-présidente du Laboratoire des idées du parti.

Ce dernier est censé faire travailler élus, intellectuels et experts de concert en vue d'élaborer le programme socialiste pour 2012.

Dans un entretien à Rue89, elle a accepté de mieux décrire le « malaise » qui l'a poussée à partir.

Pourquoi quittez-vous le Laboratoire des idées du Parti socialiste ?

Il y avait un malaise larvé. J'ai l'impression qu'il y a deux PS : un PS électoraliste et un PS qui travaille hors-sol. Or, ce n'est plus possible aujourd'hui, on ne peut plus déconnecter les questions de personnes de celles des idées. On ne peut pas s'habituer à ce que l'émergence d'idées soit une conséquence de la désignation des personnes.

En 2002, Lionel Jospin avait conçu son programme avec ses conseillers à Matignon. En 2007, Ségolène Royal s'était retranchée à Désirs d'avenir. Aujourd'hui, comme il n'y a pas de leader naturel qui émerge, on avait décidé de faire d'abord émerger des idées, mais visiblement ça ne marche pas.

Qu'est-ce qui bloque au Parti socialiste pour faire émerger de nouvelles idées ?

Ce qui bloque, c'est le fonctionnement interne du Parti socialiste. On l'a vu avec l'atelier du Laboratoire des idées cet été à La Rochelle. On ne nous ne parlait que du fonctionnement interne. Les militants étaient très nombreux à être présent, c'était même plein, mais ils nous disaient : ça ne marche pas dans ma section parce que mon responsable ne nous laisse nous exprimer, ils ne se réunissent qu'entre anciens militants, etc.

Que faut-il alors changer pour que ça finisse par bouger au Parti socialiste ?

Il faut absolument mettre fin au règne des motions. Pour la future Convention sur le nouveau modèle économique et social de Pierre Moscovici, il fallait trois coprésidents de chacune des trois principales motions à chaque atelier, c'est absurde ! Il faut donner la priorité aux compétences, pas aux motions.

Le PS doit aussi regarder partout à gauche. Aujourd'hui, il existe bien d'autres lieux où pourrait réussir cette alliance d'élus, d'intellectuels, de représentants associatifs, de la société civile... Il y a Europe Ecologie, des collectifs sur les libertés publiques, des syndicats...

Allez-vous complètement démissionner du Parti socialiste ?

Non, je ne quitte pas le PS, je quitte mes responsabilités de numéro deux au Laboratoire des idées et le secrétariat national. Je me sens toujours socialiste. Mais j'ai pu mesurer qu'au moment de mon éviction des listes pour les régionales que le fait de dire que l'on préférait parler des idées et des convictions au PS était davantage un handicap.

Justement, n'est-ce pas plutôt cette éviction qui est à l'origine de votre retrait ?

Evidemment, j'ai été très déçue. Les militants socialistes ont voté en octobre pour la parité totale et contre le cumul des mandats. J'ai donc demandé à être tête de liste dans les Hauts-de-Seine et je me suis faite totalement évincée. Le PS ne met pas en application ce qu'il vote. L'un des arguments qui a aussi été élevé contre moi est que je suis une intellectuelle. Non seulement ce n'est pas vrai, mais c'est inquiétant.

Je ne veux cependant pas être dans la rancoeur permanente. J'ai un métier par ailleurs, je ne dépends pas du Parti socialiste. Il y a également une dimension de liberté dans cette démission.

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  • poppa
    • Posté à 19h43 le 21/12/2009

    « J'ai un métier par ailleurs, je ne dépends pas du Parti socialiste ».
    C'est toute la différence.
    C'est une force dans le monde des idées et des convictions.

  • ApollonduRéverbère
    • Posté à 19h57 le 21/12/2009

    Erreur, cette démission est un petit cataclysme. Il ne fait pas de bruit médiatique parce que Mme Schmid part seule, mais c'est au contraire ce départ qui est l'expression du problème de fond du PS.

    Je regrette pour Lucile. En juin dernier, elle avait été placée en non-éligible sur la liste socialiste des européennes, j'avais marqué le coup en refusant de porter la campagne d'Huchon aux régionales.

    Les motions ont causé des dégâts considérables. Il n'y a plus de PS, il est fractionné. Comme il n'y a pas de leader non plus, et que c'est voulu, il n'y a plus qu'un ventre sans cerveau qui ne présente des listes que pour avoir des élus.

    Ca vous fait penser aux raisons de la disparition du PC ? Ca n'est pas fortuit.

    Europe Ecologie n'est pas la voie de gauche, bien au contraire. Mais je conçois pour avoir donné ma voix en juin dernier, que ce mouvement fourre-tout soit attractif pour des militants en déshérence.

    Faisons autre chose, depuis 2007 nos idées ont profité à l'UMP. Taisons les et travaillons en silence. Aubry enterrera toute modernisation du PS. Mais de tout ce magma il sortira bien quelque chose au moment crucial.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 20h02 le 21/12/2009
    • Internaute
      non connue

    On reproche depuis longtemps au PS son manque d'idées.

    Que ce parti ait une responsabilité ne fait aucun doute. Et ce témoignage en apporte une preuve. Toutefois il faut également noter que :

    - Ce n'est probablement pas dans une structure dépendant d'un parti que l'on développe le mieux des idées. Il faut des rencontres, de la vie civile, et une structure liée à la captation d'idées, pas à la communication de celles-ci.

    - Les médias ne relayent pratiquement jamais les idées. Même ici, combien d'articles contre untel, et combien d'articles de propositions. Si nous voulons des idées, demandons aux médias de les publier, quitte à ne plus utiliser ceux qui ne le font pas.

  • Ech-picard
    Ech-picard répond à solènejazz
    • Posté à 20h49 le 21/12/2009

    C'est très difficile !
    Je me reconnais dans les explications de Lucile Schmid.
    Dans beaucoup de fédérations dont la mienne, on a voté pour une liste unique avec à sa tête des gens ayant déjà au moins un mandat exécutif important.
    J'ai refusé bruyamment le dernier vote sur le cumul des mandats, la parité et les fameuses primaires. Et vlan voilà ceux qui la veille prônaient le non cumul à la tête de cette liste (au passage de la motion de Ségolène Royale).
    La, pour ne pas mettre une camarade qui a parfaitement réalisé son travail, j'y ai apporté mon soutien.
    Je ne suis pas un élu, et je ne le serai jamais (l'age) mais je suis un vieux militant qui a des idées qui les expriment en section. Démocratiquement je crois que des « courants d'idées » sont la richesse de la gauche et inévitables et indispensables. Le problème est bien dans la transcription en terme de candidat ou d'élu. A mon humble avis un scrutin démocratique devrait comporter au moins 2 listes et si possible laisser aux militants le choix de déterminer de l'ordre de la liste.
    Quand à Lucile, désolé, pour moi en regardant ton CV, t'es plutôt intello ! T'a de la chance chez moi on parle d'Ecolo BoBo.

  • tweesty
    tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 20h59 le 21/12/2009
    • Internaute
      Gaucher et contrarié

    On est bientôt en 2010, ce qui réduit à deux ans l'échéance présidentielle et le PS n'a toujours pas trouvé d solution pour s'unifier et mettre fin aux uerelles de personnes. Si les dirigeants de ce parti continuent sur cette voie (en dynamitant toute volonté de sortir de la situation actuelle car ils veulent tous être « la personne qui a sorti le PS de la mouise et qui a su séduire une majorité d'électeurs quitte à parfois aller flirter avec des idées pas très... socialistes... »), ce ne sera même pas utile qu'ils présentent un candidat aux prochaines élections.
    Et moi, je commence à saturer d'avoir la droite la plus arrogante du monde et la gauche la plus bête comme seul paysage politique.