la marmite de l'info 22/12/2009 à 12h03

Journalistes et francs-maçons : le scoop de Médias se dégonfle

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


C'est un des marronniers préférés de la presse magazine. Chaque année, les couvertures consacrées au « pouvoir des franc-maçons » investissent les marchands de journaux et se vendent avec des accroches parfois un peu vantardes.

La sérieuse revue Médias entend elle s'intéresser à un aspect peu abordé du phénomène : les francs-maçons parmi les journalistes.

Mais ça commence mal, puisque la méthode de Médias est la même :

on couvre les parois des kiosques avec une couverture en grand format, nantie d'un titre accrocheur : « Où se cachent les journalistes franc-maçons ? » La réponse se trouve juste au-dessus : « TF1, L'Express, France Télévisions, Le Point, l'AFP, Le Canard Enchaîné, Le Figaro, Le Parisien... »

Médias, une revue trimestrielle dirigée par l'ancien secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, propose de « lire entre les lignes ».

Un magazine de décryptage des médias survend sa couverture

Attendu comme une enquête, car présenté comme des « révélations » sur un « tabou », l'article consacré aux journalistes francs-maçons est une interview de « deux des meilleurs connaisseurs de la franc-maçonnerie », Sophie Coignard et François Koch. Respectivement journalistes au Point et à L'Express, ils ont chacun sorti un livre sur leur sujet de prédilection cette année (chez Albin Michel et L'Express-Roularta).

Coignard signe une couverture annuelle sur les « frères », « qui fait une des cinq meilleures ventes sur Point chaque année », dit-elle à Médias. Koch, lui, n'est pas sur un rythme annuel, mais s'est fait remarquer en révélant l'appartenance à la franc-maçonnerie d'un de ses confrères de L'Express, Eric Marquis, en 2008.

En ouvrant Médias, on s'attend à voir quels services des médias cités en couverture sont liés à la franc-maçonnerie et, faits à l'appui, en quoi cela provoque des conflits d'intérêt et nuit à l'indépendance éditoriale. Seul affirmation concrète : un dignitaire maçon lié à Eric Marquis a poursuivi L'Express pour un article de 2006 en utilisant des informations « manifestement » données par le journaliste, dont il partage l'avocat. L'Express a été relaxé.

Comment fonctionne le « pouvoir médiatico-maçonnique » ?

Soulignant la difficulté d'enquêter dans ce milieu secret et dans leur propre profession, Coignard et Koch citent deux autres journalistes déjà révélés (l'ancien PDG de l'AFP Jean Miot et l'animateur Serge Moati). L'appartenance présumée de l'ancienne direction de la rédaction du Parisien avait déjà été évoquée par Le Point.

Les autres noms ou fonctions cités (Patrick Le Lay, Yves de Chaisemartin, les techniciens de France Télévisions, Me Jean-Paul Lévy, avocat de Libération et d'Eric Marquis) ne concernent pas des journalistes.

On reste donc un peu sur sa faim en terme de « révélations ». Ce qui pèche, c'est l'absence d'exemples d'influence éditoriale des journalistes « frères » : censures, silences sur des « affaires » ou promotions injustifiées. Le terme de « pouvoir médiatico-maçonnique » est employé, mais pas démontré sur l'éditorial.

Le journaliste de L'Express raconte avoir reçu des « menaces » d'une éventuelle intervention auprès du maçon Serge Dassault, alors propriétaire de l'hebdo. Sa consoeur les qualifie de « chantage » et de « méthodes mafieuses ». Soit, mais ont-elles été suivies d'effet, ce qui prouverait la réalité de ce « pouvoir médiatico-maçonnique » ? Non.

Un article sur les frères connu d'eux avant son impression...

Seul exemple édifiant, un article de François Koch connu du conseil de l'Ordre du grand orient de France avant même son impression, grâce à une fuite interne...

Sinon, « certains médias ne parlent jamais de maçonnerie ». Anciennement Le Point, et « Le Canard Enchaîné, il me semble », selon François Koch, qui ne donne pas d'autre nom. L'AFP et France Télévisions « sont de grandes pépinières maçonniques » car proches « du service public et de l'Etat ». On ne sait pas ce qu'il en est de TF1 depuis le départ de Le Lay.

De la loge Spartacus qui, « il y a trois ou quatre ans », rassemblait journalistes, patrons et producteurs, un de ses ex-membres a confié à Sophie Coignard que c'était « vraiment trop chiant ».

« Il y en a dans toutes les rédactions »

On veut bien croire que la franc-maçonnerie, dont les dérives ont défrayé la chronique, peut nuire la qualité de l'information, et que des frères journalistes privilégient leur appartenance plutôt que leur déontologie professionnelle.

Mais Médias ne le prouve pas, malgré ses promesses de couverture. Comme le souligne la journaliste du Point en expliquant la pratique du marronnier, « c'est un sujet qui intéresse les lecteurs », y compris dans la profession...

Ultime précision : des franc-maçons, « il y en a dans toutes les rédactions », affirme Sophie Coignard. A Rue89, on aimerait bien savoir qui « en » est, car on n'a pas encore trouvé.

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  • Guillaume_69
    Guillaume_69
    Avocat
    • Posté à 14h01 le 22/12/2009
    • Expert
      Avocat

    Ah la franc-maçonnerie... Toujours la même musique, toujours le même discours...

    Il parait qu'ils sont nombreux, il parait qu'ils sont puissants, il parait qu'ils dirigent le pays, et il parait qu'ils s'entraident plus que de raison...

    Je suppose que j'en côtoie beaucoup, car ils sont encore plus nombreux dans le monde judiciaire, mais je n'en connais aucun déclaré comme tel.

    Comme tout bon marronnier, j'ai toujours été déçu à la lecture des articles relatifs à cette pseudo secte, car jamais personne ne m'a réellement rapporté de preuve de leurs influences obscures ou officielles.

    Mais un point me dépasse un peu : un avocat ou un journaliste se doit d'être indépendant d'esprit et de mode de pensée, pour justement, bien faire son travail, pour ne pas travestir sa cause.

    Comment mes confrères ainsi que les journalistes franc-maçons gèrent-ils cette contradiction entre leurs obligations professionnelles et les obligations pesant sur tout « frère » ? ?

    J'avoue que cela me laisse perplexe....

  • dijou
    dijou
    Esclave d'une SSII
    • Posté à 16h22 le 22/12/2009
    • Internaute
      Esclave d'une SSII

    J'ai été modestement franc-maçon pendant 3 ans à la grande loge de france ici à Toulouse. Histoire de démystifier un peu les choses et pour commencer il faut parler des obédiences, une nuance très peut abordée par les médias en question.
    On ne peut mettre tous les franc maçons dans le même sac, les obédiences sont ce qui les distinguent, ce sont les différents courants de pensée si on peut dire.
    le grand orient se veut laique, voire athée mais on y trouve toutes les sensibilités. C'est l'obédience la plus large, qui a connu bien des aléas mais qui apparemment a fait le ménage dans ses rangs depuis quelques années. On y trouve beaucoup de politiques et ça peut être vu comme un réseau au même titre que le lyons club etc.. difficile quand on côtoie des gens de tous horizons professionnels de ne pas discuter boulot et de se passer des infos. Mais ça reste ouvert au tout venant autant que je sache. Pas la plus intéressante à mon avis, à Toulouse c'était un peu l'usine au temple (j'ai visité une fois).
    La grande loge de France ensuite qui serait deuxième en nombre d'adhérents. Là on se veut plus large en terme de sensibilité, religieux ou non , laïques probablement en majorité mais toutes les confessions s'y mêlent. Pour ce que j'ai pu en voir c'est un lieu de grande mixité d'origines , de conditions , de professions. Dans ma loge il y avait aussi bien des architectes que des ouvriers, gendarmes, profs etc.. Aucune distinction.
    Parce qu'il faut aussi au sein des obédiences distinguer les loges, c'est important, elles ont beaucoup d'autonomie. Certaines sont plus ou moins fermées, en ce sens qu'on n'y entre pas simplement au hasard. La cooptation est de mise. La notre s'ouvrait à des demandes spontanées, autre différence avec des loges où ce genre de démarche est tout simplement exclu. Il n'y a pas de règle écrite ce me semble à ce niveau là (j'ai gardé le règlement maçonnique, j'y jetterais un oeil pour confirmer).
    La grand loge nationale de France. Celle là n'était pas en odeur de sainteté chez nous, voire carrément mise au banc. Elle est la seule reconnue par les FM d'Angleterre (le noyau originel), on y jure sur la bible le jour de l'initiation, elle est clairement à droite en terme de sensibilité (politique celle là) et elle est souvent au centre de ces affaires relatées ça et là (mais le GO n'est pas en reste non plus du moins par le passé). Si influence active il y a (ou néfaste c'est selon) c'est d'eux dont il faudrait probablement s'intéresser de plus près.
    Comment ça fonctionne en gros une loge ? moi je dirais comme une sorte de club philosophique (pour le mieux) où se discute très librement tous les grands problèmes de notre époque, société mais aussi donc philosophique. Parce qu'en fait ceux qui constituent la loge sont ceux qui en créent l'esprit. Comme on fait son lit on se couche et si on veut en faire un cercle d'influence c'est possible mais on s'éloigne alors beaucoup de l'idée d'origine.
    D'autres obédiences existent, comme le « droit humain » ouvert aux femmes. Voilà bien d'ailleurs une des grosses tares de la FM actuelle. L'absence à 90% de mixité et pas une des moindres contradictions dans le message humaniste (sisi je témoigne) de la FM.
    Bref, ne pas se laisser avant tout embobiner par les fantasmes récurrents d'une presse qui dans la franc maçonnerie trouve surtout matière à faire vendre du papier.
    Par ailleurs vous trouverez au rayon des bonnes librairies de quoi étancher votre soif de curiosité mais je crains que , pour les plus sérieux de ces ouvrages, vous n'y trouviez que peu de matière à rêver au grand mystère : )

  • Revue-Médias
    Revue-Médias
    Revue Médias
    • Posté à 18h01 le 22/12/2009
    • Internaute
      Revue Médias

    Cher confrère, puis-je me permettre trois remarques concernant l'article que vous avez consacré à la une de Médias sur les francs-maçons ?

    Tout d'abord, il me semble que vous n'avez pas bien lu – je n'oserais écrire « mal compris » - le titre de cet article. Il vous aura échappé que nous avons intitulé cette interview « Où se cachent les journalistes francs-maçons ? » et non pas « Qui sont les journalistes francs-maçons ? ». Un peu plus qu'une nuance, me semble-t-il. Mais, peccadille à vos yeux, puisque vous auriez voulu nous voir établir une sorte de « liste noire » de nos confrères et consœurs qui portent le tablier.

    Ensuite, il existe des lois en France – il en est d'ailleurs fait état dans l'article de Médias – qui interdisent de dire que tel ou tel est un frère ou une sœur s'il n'appartient pas à la hiérarchie d'une obédience et s'il n'occupe des responsabilités importantes dans la vie profane, comme les élus par exemple. Or, ce n'est pas toujours le cas de nos confrères francs-maçons. Je peux, comme vous, regretter cette loi – il s'agit de la législation sur la vie privée – mais on ne peut, pour l'instant, s'y soustraire. Si je comprends bien, à notre place, vous l'auriez fait au risque de procès à répétition. Je salue au passage votre audace et votre courage… par procuration.

    Enfin, vous vous gaussez de ce marronnier que serait à vos yeux un sujet sur les francs-maçons. Mais je note que vous avez peu résisté à la tentation d'en faire vous aussi – grâce à ce papier sur Médias – la une de votre site… On ne se refait pas.

    Robert Ménard, directeur de la rédaction de Médias

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud répond à Revue-Médias
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 18h34 le 22/12/2009
    • Internaute
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Robert Ménard ,
    Bien tenté Bob , mais vous arrivez un poil trop tôt pour gagner un sac rue89.

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    Il faut être le 100 000 éme inscrit .