A la une 19/12/2009 à 17h18

Trente-cinq ans en prison pour un crime qu'il n'avait pas commis

Laurent Mauriac | Cofondateur Rue89

« M. Bain. Je signe votre ordre maintenant. Vous êtes un homme libre. Félicitations. »

Il aura fallu 35 ans à James Bain pour entendre un juge admettre qu'il était innocent, 35 ans derrière les barreaux pour un crime qu'il n'avait pas commis. La scène se passait ce jeudi à Bartow, en Floride.



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L'homme qui vient d'être libéré a aujourd'hui 54 ans. Lorsqu'il fut condamné à la prison à perpétuité en 1974, pour l'enlèvement et le viol d'un garçon, il en avait 19. Depuis lors, James Bain n'avait cessé de clamer son innocence. La victime, âgée de 9 ans, avait cru le reconnaître sur des photos montrées par la police.

A sa sortie, James Bain souriant a expliqué qu'il ne ressentait « aucune rancoeur » et pensait surtout à « revoir sa mère » qu'il a appelée au téléphone. C'était la première fois qu'il utilisait un téléphone portable.

C'est une association d'avocats, The Innocence Project, qui s'est saisie de son cas et a oeuvré pour sa libération. Cette association se bat pour faire passer des tests ADN aux condamnés, afin de vérifier leur culpabilité.

Selon The Innocence Project, James Bain est la 248e personne innocentée grâce aux tests ADN aux Etats-Unis. De tous ceux-là, il est celui qui a passé le plus de temps en prison.

Le travail de l'association a permis en 2009 la libération de 27 détenus ayant subi des emprisonnements de 15 ans en moyenne pour des crimes qu'ils n'avaient pas commis. « Leurs cas révèlent de graves défauts dans le système de justice criminelle », clame l'association sur son site.

The Innocence Project demande notamment une réforme de l'identification par les témoins visuels. « C'est la cause principale de condamnation d'innocents », a expliqué un des responsables de l'association.

En visite à Paris en octobre 2007, un des responsables de l'association, Greg Hampikian, était passé à Rue89, après être allé visiter un laboratoire d'analyse ADN de la gendarmerie nationale. Il nous avait confié son souhait de monter un Innocence Project en France :

« Les gens ici ont l'air surpris, mais c'est comme partout, il doit aussi y avoir des innocents en prison... »

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  • ApollonduRéverbère
    • Posté à 17h26 le 19/12/2009

    J'ai lu cette dépêche hier. J'avoue avoir vécu un grand moment de solitude et d'horreur pour cet homme et tous les autres dans son cas. Une vie entière ruinée. J'ai pensé à tous ces hommes peut-être condamnés et exécutés.
    Les compensations ne seront jamais à la hauteur (quelles sont-elles du reste ? ), elles ne lui rendront pas sa jeunesse et tout ce qu'il a perdu.

  • alberich
    • Posté à 18h06 le 19/12/2009

    1 750 000 $, soit 50 000 $ par année de détention.

  • Holocrate
    Holocrate
    Douteur plus que douteux
    • Posté à 18h49 le 19/12/2009
    • Internaute
      Douteur plus que douteux

    Comme des milliers d'autres, cette affaire illustre la grande fragilité du témoignage humain. De fait, pour se rendre compte de la (très) grande diversité de perceptions que nous pouvons avoir d'une même réalité ( alors que celle-ci est intangible ), il suffit de se livrer à une petite expérience : demander, à chaud ( pour éviter les distorsions dues au temps qui passe ) à des témoins d'un incident de le raconter. Surprises garanties ! Pourtant, ils sont tous sensés avoir vu la même chose...

    Donc oui, il serait peut-être bien - et plus que temps ! - de reconsidérer le poids ( à la baisse ) du témoignage humain à la lumière du peu de fiabilité dont il fait preuve quasi toujours ET de lui substituer des preuves matérielles ( comme l'ADN ) bien plus tangibles et indiscutables.

    Voilà encore un cas où la technologie pourrait être au service de la justice.

  • affreuxjojo
    • Posté à 22h03 le 19/12/2009
    • Internaute

    Le système judiciaire américain est très différent du notre. Le juge d'instruction français dont le rôle est d'instruire à charge ET à décharge n'existe pas. Au Etats-Unis, le juge recherche seulement les preuves à charges (système accusatoire). La défense du suspect (son ou ses avocat) recherche, lui, à démontrer l'innocence de son client.
    Le système Américain fonctionne bien si l'accusé à suffisamment de moyens pour être assisté de couteux avocats dotés eux-mêmes de gros moyens d'investigation. Les moyens accusatoires de la justice sont équilibrés par les moyens de la défense. Dans certains cas, ce système peut même profiter à des coupables.
    Inversement un suspect sans moyens financiers se verra octroyé un avocat commis d'office qui fera de son mieux avec les moyens du bord.
    Ce système crée une justice à deux vitesses. Expéditive pour les pauvres. Extrêmement pointilleuse et procédurale pour ceux qui ont de gros moyens.
    L'envoi de nombreux innocents en prison, voire à la chaise électrique, découle directement de ce système accusatoire.