A la Une 17/12/2009 à 18h34

Besson porte plainte contre Cambadélis : fin d'une exception


Ce jeudi 17 décembre, Eric Besson a fait savoir qu'il portait plainte contre Jean-Christophe Cambadélis (PS). Un ministre en exercice qui traine un député de l'opposition devant les tribunaux, c'est rarissime. Mais le titulaire de l'Immigration et de l'Identité nationale entend marquer le coup après avoir été comparé à Pierre Laval par l'élu socialiste de Paris.

L'affaire remonte au 1er décembre. Ce jour-là, dans une interview à Libération, Cambadélis, qui fait partie de la direction du PS, déclare :

« Pour moi, c'est Pierre Laval. A gauche, il n'a jamais été reconnu. Mais comme il s'estime plus intelligent que les autres, il finit par démontrer qu'il peut l'être à gauche comme à droite. Sans aucun état d'âme. »

Trois jours plus tard, Eric Besson affirmait sur Europe1 qu'il ne commenterait pas « de telles outrances, de telles insultes ». (Voir la vidéo, ça se passe aux alentours de la septième minute.)

Depuis, c'était silence radio sur le dossier. Jusqu'à ce communiqué de presse diffusé jeudi par son cabinet :

« Il a déposé plainte à raison des propos publics qu'ils ont tenus récemment, assimilant son action et celle des agents de son ministère aux heures sombres du régime de Vichy et à l'entreprise criminelle d'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Précision ultime : le ministre « entend à l'avenir poursuivre systématiquement en justice tout propos similaire ».

Une première

Ce n'est pas la première fois qu'Eric Besson fait l'objet d'allusions insultantes à la période de Vichy : le thème est récurrent, notamment sur le Net, où l'éditeur d'un site peut être poursuivi pour une modération trop laxiste des commentaires.

Mais que le ministre engage des poursuites est une première. Et l'affaire est d'autant plus spectaculaire qu'il s'en prend à une personnalité publique pour des propos qui relèvent en droit français de la diffamation et de l'insulte.

Jusqu'à présent, la plupart des poursuites exercées par des représentants de l'Etat concernaient non pas des personnalités publiques (politiques, universitaires, essayistes...) mais des citoyens « ordinaires », si l'on peut dire.

On se souvient par exemple du militant CNT Romain Dunant, poursuivi en 2008 pour « outrage » après avoir comparé Nicolas Sarkozy (époque ministère de l'Intérieur) au Maréchal Pétain. Il avait été condamné à 200 euros d'amende pour un e-mail de 2006 qui disait notamment :

« Voilà donc Vichy qui revient : Pétain avait donc oublié ses chiens ! »

Les universitaires semblent être mieux protégés que les citoyens ordinaires. Ainsi, Emmanuel Terray anthropologue qui défend la thèse de similitudes entre l'actuelle politique migratoire et Vichy, n'a-t-il jamais été inquiété.

Ce régime différencié pourrait bien avoir pris fin avec cette toute première plainte d'Eric Besson dans l'exercice de ses fonctions actuelles. Jean-Christophe Cambadélis n'est pas seul poursuivi par le ministre puisque le romancier et cinéaste Gérard Mordillat est également mentionné dans le communiqué pour des propos similaires.

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  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 20h00 le 17/12/2009
    • Journaliste
      journaliste, auteur

    Effectivement , la comparaison avec Déat est plus pertinente. et Badiou a parfaitement raison quand il parle du pétainisme transcendental français...

  • alain.bago
    alain.bago
    Apaisé dans un monde en guerre
    • Posté à 20h44 le 17/12/2009
    • Internaute
      Apaisé dans un monde en guerre

    Je ne suis pas fan des petites phrases, et adepte de la politique spéctacle affligeante qu'on nous sert en ce moment.

    Cela etant dit, comparer des lois difficiles a des lois ou aux nazis et a vichy est un amalgame nauséux.

    J'espere vraiment que les gens de gauche, républicain, les humanistes se rendent compte qu'il faille absolument critiquer avec intelligence et passion certaines decisions politiques, mais qu'il ne faut pas tomber dans les insultes et crier sans cesse au loup.

    Même si je m'etrangle à la lecture des décisions anti sociale de ce gouvernement, je ne pense pas un seul instant à les comparer a des collabos, aux nazis, a vichy.

    Franchement, l'outrance, la démagogie ne doit pas etre combattu avec une telle legereté, les mots ont leurs importances.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 21h32 le 17/12/2009

    Il n'y a pas besoin de comparer « Besson » à qui que ce soit, fut-ce à Laval.

    Il devient une AOC à lui tout seul, à coté de laquelle celle de Laval fera rigoler :
    A son époque, il y avait une armée d'occupation.

    Pour « Besson », non.

  • penabranca
    • Posté à 01h00 le 18/12/2009

    Le premier qui me traite de « besson » je porte plainte.

    petit rappel pour ceux qui ont raté l'épisode précédent, « espèce de morano » ou « pauvre kouchner » sont également des injures caractérisées passibles de procès.