Tribune 15/12/2009 à 17h38

Si Sarkozy allait chez McDo, il parlerait autrement de la TVA

Xavier Denamur | Restaurateur

J'ai regardé la conférence de presse de Nicolas Sarkozy ce lundi. Ce qu'il a dit sur le secteur de la restauration m'a fait bondir.

(Voir la vidéo)

(La discussion sur la TVA commence à la 59e minute)

Une journaliste de Paris Match l'interroge sur la baisse de la TVA sur la restauration :

« Face à cet échec assez coûteux pour les finances publiques (3 milliards en 2010, soit quasiment 10% du grand emprunt chaque année), qu'est-ce que vous pouvez faire ? Qu'allez-vous faire ? »

Elle fait allusion aux ministres du gouvernement qui jugent très décevante l'efficacité de cette mesure.

Les mimiques de Nicolas Sarkozy s'accélèrent. La question gêne le chef de l'Etat. Il cite en exemple la décision de la chancelière Angela Merkel de diminuer la TVA sur la restauration en Allemagne. Sans préciser que l'Allemagne a été farouchement opposée à cette mesure pendant des années.

Il en vient au fameux « respect des promesses de campagne ». Tenir ses promesses est une chose, analyser la faisabilité et le coût de ces promesses avant de les promettre en est une autre. Le candidat Sarkozy comme le président Sarkozy n'ont visiblement pas cru bon de consacrer du temps à étudier ce dossier, notamment ses conséquences : creusement du déficit public pour des résultats quasiment nuls.

Cafouillage dans la restauration rapide

Le président se lance dans une démonstration trompeuse et démagogique concernant les deux types de TVA pratiquées dans la restauration.

Il reprend à son compte la rhétorique des organisations patronales qui réclamaient depuis des années cette baisse de la TVA pour la simple raison qu'il y aurait une « injustice fiscale » entre les fast-foods et les restaurants traditionnels.

Or, les chaînes de restauration rapide, comme la restauration traditionnelle, avaient un taux de TVA à 19.6% pour la consommation sur place et de 5,5% pour la vente à emporter. Le fait que certaines grandes chaînes de fast-food pratiquaient abusivement de la « vente à emporter » relève de la fraude fiscale.

Le président interroge la salle pour savoir pourquoi aucune campagne n'a dénoncé cette TVA à 5,5% dans les fast-food avant le mois de juillet. Personne ne bronche.

Si Nicolas Sarkozy s'était déjà acheté à manger chez MacDo (et non Burger King qu'il a cité alors que la chaîne n'existe plus en France depuis des années), il aurait vu que l'enseigne ne pratique aucune différenciation de prix TTC entre les produits en vente à emporter et ceux à consommer sur place. Cela aurait dû conduire à appliquer une TVA à 19,6% aux fast-foods comme aux restaurants, plutôt que d'accorder 5,5 % de TVA à tous.

Combien de restaurateurs en France au fait ?

Le président précise que « c'est un sujet qui l'intéresse ». Cela ne l'empêche pas de parler de « 36 000 cafés-restaurants-bars-tabacs ». Il aurait dû consulter Xavier Bertrand. Celui-ci lui aurait confirmé l'envoi de 120 000 cartons d'adhésion de l'UMP aux restaurateurs.

« Ces gens qui ne demandent jamais rien, ils ne demandaient qu'une seule chose, madame Chavelet. Etre traités à égalité de concurrence avec les grandes chaînes de restauration rapide. Pourquoi leur en vouloir ? Pourquoi le leur reprocher ? »

Comment le président, sur « un sujet qui l'intéresse », peut-il ignorer que l'accord sur les salaires en passe d'être signé ne concerne pas les chaînes de restauration rapide ? Alors qu'elles ont augmenté leurs marges de 5 à 10%, ces entreprises ne veulent rien redistribuer à leurs salariés. Un scandale qui ne semble pas émouvoir Nicolas Sarkozy.

Il espère avoir montré que « s'il y a une décision » qu'il « ne regrette pas, c'est bien celle-là », mais il n'a toujours pas démontré en quoi cette mesure est bonne pour l'économie, les consommateurs, les salariés et même les petits restaurateurs qui ne sont visiblement pas très heureux de cette affaire.

Clientélisme

Il va ensuite utiliser les conditions du petit commerce, modèle de cette France au labeur, familiale et silencieuse, pour justifier un cadeau fait aux riches et aux puissants de la restauration. Il ne sait même pas s'il a en réalité coûté 3 milliards d'euros. On peut recommander à toutes les corporations de France qui n'auraient pas encore obtenu d'avantages fiscaux d'agiter le mouchoir rouge d'un vote extrémiste.

Alors que les grands chefs de fil de la restauration, Daguin en tête, juraient aux restaurateurs que la baisse de la TVA régleraient tous les problèmes, cette mesure n'a fait que les mettre en lumière.

L'accord sur les salaires qui pourraient être signé prochainement ne réglera en rien les difficultés auxquelles la restauration doit faire face pour se moderniser et retrouver son rôle d'exemplarité auprès de nos concitoyens.

La tenue des vrais Etats généraux de la restauration trouve encore ici toute sa raison d'être. La première réunion se déroulera le 26 janvier 2010. Participez à cette initiative citoyenne en venant contribuer à élaborer la cuisine de vos enfants.

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  • lancetre
    • Posté à 18h32 le 15/12/2009
    • Internaute

    Coût du cadeau fait aux patrons de bistrots (et à eux seuls, ni les salariés, ni les clients n'en voient la couleur) : TROIS MILLE MILLIONS D'EUROS chaque année.

    Revalorisation du SMIC horaire : QUATRE CENTIMES de l'heure, à compter du premier janvier.

  • pmithrandir
    pmithrandir
    Developpeur
    • Posté à 20h30 le 15/12/2009
    • Internaute
      Developpeur

    J'avais aussi tiqué sur ces fast food...

    De mémoire, il me semblait qu'il changeait le prix HT pour avoir le même prix TTC a emporter et sur place...

    Ont ils des politiques différentes en fonction du fast food ?

    Pour les promesses de campagnes, j'en ai plus que marre de cette excuse.. comme si les gens l'avaient élu sur son programme... que personne n'a lu ou presque. Dailleur, comme dis mon grand père, il est pas sensé incarné a lui tout seul tout un programme, c'est les députés qui sont sensé les faire et les voter les lois... Lui il est la pour tenir les rênes et donner une direction, pas plus.

  • Xavier Denamur
    Xavier Denamur répond à OralH
    Auteur(e) de l'article Restaurateur
    • Posté à 03h24 le 17/12/2009
    • Internaute
      Restaurateur

    Pourquoi le Président parle de Burger King plutôt que de Quick ?
    Tout simplement parce que Quick c'est à nous. Le bras financier de l'Etat couramment appelé CDC, a acheté 300% de son chiffre d'affaires Quick à Albert Frère en 2007. Quel restaurateur aurait payé une affaire plus de 100% de son CA ? Peu. Alors que valorisé à 200 millions d'euros, le fabricant de burger belge sera acheté 850 millions d'euros par la Caisse des Dépôts dont ce n'est pas dans sa vocation à faire de tel investissement. Quick dont Jean Paul Brayer le PDG est Président du puissant SNARR (Syndicat National de l'Alimentation et de Restauration Rapide) qui refuse comme Mac Do d'accorder une petite contrepartie financière pour les salariés de la branche suite à la baisse de la TVA . Avec un chiffres d'affaire d'environ3 milliards, Mac Do qui ne pratiquait que 50% de vente sur place (soyons « généreux ») va empocher dans cette affaire 200 millions d'euros. Bien sûr, Mac Do France s'arrangera pour rester déficitaire alors que la maison mère croule sous le pognon aux USA...
    Dans ma branche, les brasseries des Frères Blanc (propriété de la CDC) et Flo (propriété d'Albert Frères dont l'ancien PDG s'appelle étrangement Jean Paul Brayer) tout comme le groupe Accor dont la CDC est actionnaire et représenté par le GNC ont refusé de signer hier l'avenant N°6 qui fut paraphé par l'intersyndicale et des petits syndicats d'indépendants.
    Les gros en profitent mais ne veulent rien lâcher sauf à leurs actionnaires...

  • spacemadi
    • Posté à 11h05 le 18/12/2009

    Très bon article. Merci ! Je n'ai jamais compris pourquoi on voulait toujours tirer les choses vers le bas, effectivement pourquoi accorder 5,5% à tout le monde au lieu de remettre les pendules à l'heure pour les fast food ! ! ? ! ! C'est vraiment une vision court-termiste et clientéliste, le budget de l'Etat s'en souviendra longtemps et ce sont encore les politiques sociales qui vont en prendre un coût pour équilibrer la balance. C'est désolant.