L'édito 15/12/2009 à 16h40

Pourquoi cette obsession de Sarkozy avec l'Allemagne ?

Pascal Riché | Redchef Rue89


Lors de sa conférence de presse, lundi, Nicolas Sarkozy a fait plusieurs fois allusion à l'Allemagne, « notre plus grand ami et concurrent » (« notre plus grand » s''appliquant aussi à « concurrent »). Pourquoi s'obstine-t-on à parler de l'Allemagne comme de notre « concurrent », plus de 50 ans après la naissance de la communauté européenne ?

Parce que l'Europe n'existe pas encore dans les têtes des dirigeants français. La région Rhône Alpes parle-t-elle de l'Ile-de-France comme d'une concurrente ? Les hommes politiques allemands parlent-ils de « notre plus grand concurrent, la France » ?

Tantôt l'Allemagne est citée comme étalon de comparaison, voire comme modèle. Lorsque l'Allemagne prend la même initiative que la France, c'est forcément un gage de qualité. Surtout quand l'Allemagne arrive après la France ! Nicolas Sarkozy ou ses ministres ont ainsi récemment cité en exemple l'Allemagne sur plusieurs dossiers :

  • Le contrôle des déficits publics
  • L'investissement (la France doit « rattraper son retard » par rapport aux Allemands)
  • Le taux de prélèvement obligatoires (« En 2007, la dépense publique représentait 52% du PIB contre 43 % en Allemagne... voilà la situation dont j'ai hérité »)
  • A tort, la mise en place du bouclier fiscal que Nicolas Sarkozy n'a pas « inventé »
  • La baisse de la TVA sur les restaurants (à tort encore : elle est encore à 19% en Allemagne)
  • La création des « campus universitaires d'excellence » inspirée de l'exemple allemand, selon Valérie Pécresse
  • etc.

Tantôt l'Allemagne devient celle qu'on a « battue ». Le 1er décembre 2009, à Toulon, Sarkozy se félicitait ainsi d'avoir une baisse de l'activité moins prononcée que celle de l'Allemagne :

« Quant à nos amis Allemands, c'est très simple : la récession est deux fois plus importante qu'en France. »

Dans le même discours, il revenait ainsi sur la création du « médiateur du Crédit » :

« Cela ne devait pas être une si mauvaise idée puisque Madame Merkel vient de décider aujourd'hui même de doter l'Allemagne d'un médiateur du Crédit. Je me réjouis que l'Allemagne prenne la même décision que nous, mais nous l'avions prise l'année dernière. »

Un problème personnel avec l'Allemagne ?

Sarkozy va bien plus loin que ses prédécesseurs dans l'insistance sur une rivalité avec l'Allemagne. Pendant la campagne électorale, il avait déjà affiché un esprit bien peu amical, lorsqu'il avait déclaré dans un discours prononcé à Nice, à l'adresse des « adeptes de la repentance » :

« Je suis de ceux qui pensent que la France n'a pas à rougir de son histoire. Elle n'a pas commis de génocide. Elle n'a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l'homme et elle est le pays du monde qui s'est le plus battu pour la liberté. » (Voir la vidéo)

Génocide d'un côté, droits de l'homme de l'autre : on ne saurait être plus caricatural. D'où vient cette relation si difficile avec les Allemands ? Dans le livre qu'elle a consacré au candidat Sarkozy (« L'Aube, le soir ou la nuit »), Yasmina Reza raconte que quand elle lui fait remarquer qu'il se sent visiblement mieux à Séville qu'à Oslo, il rétorque bizarrement : « Je suis terrorisé moi à Berlin ! Et à Francfort aussi ! »

Le spectre des guerres passées

Certes, après avoir commencé son mandat en tournant le dos à l'Allemagne, Nicolas Sarkozy a peu à peu retissé des liens avec la chancelière Angela Merkel, comprenant que l'Europe passait forcément par l'axe franco-allemand. Mais on sentait, en l'écoutant lundi lors de sa conférence de presse, que le rival continue de l'emporter sur l'ami.

Nicolas Sarkozy porte en lui l'un des poisons du débat politique Français, celui qui fait de l'Allemagne la puissance devant laquelle il ne faut surtout pas « capituler ». Une rémanence du désastre de 1940, qui pollue le discours public depuis des décennies.

Il n'est pas rare d'entendre dans le discours politique des allusions à l'occupation : de « l'anti-France » dénoncée par Pierre Bérégovoy, qui visait alors ceux qui voulaient dévaluer le franc face au mark au « Munich social » fustigé par Philippe Séguin, en passant par la plus burlesque glorification, par Christian Estrosi, du débat sur l'identité nationale aux vertus prétendument antinazies.

Nicolas Sarkozy, qui s'autoproclamait homme de la rupture, aurait pu être celui qui tournerait enfin la page du « complexe allemand » des hommes politiques français. Il faudra visiblement attendre, pour cela, un(e) prochain(e) président(e).

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  • enfumage
    • Posté à 17h03 le 15/12/2009

    Bien sur que Sarkozy est l'antithèse de tout ce qui fait la réputation de l » Allemagne la rigueur et le dialogue social . les milieux politiques allemands ne savent toujours pas comment composer avec celui qu'ils ont surnommé le lapin Duracell tant l'agitation du personnage leur semble tourner dans le vide . Bien sur il y a la facade des rencontres amicales ! avec Angela mais derrière ... après une période attentiste c'est plutot la franche rigolade sur Nicolas Napoléon et sa cour .... la comparaison avec Louis de Funès très connu en Allemagne restant quand meme la référence « spectacle “ du personnage ...

  • A déménagé le 16-01-2012
    • Posté à 17h08 le 15/12/2009
    • Internaute
      non connue

    Vous savez, en province, les personnes âgées désignent encore les Allemands en disant les boches(et que je réprouve totalement) ; ne croyez vous pas que les ambigüités des discours de NS s'appliquent à ne pas froisser cet électorat là ?

  • Compte supprimé le 3 janvier 2
    • Posté à 17h35 le 15/12/2009

    De Gaulle rêvait d'une fusion entre la France et l'Allemagne, mais la gauche, qui a tjr une propension irrésistible à l'erreur, ne voulait pas en entendre parler. Personnellement ce sont les différences hénaurmes qui existent entre l'esprit français et l'esprit allemand qui m'ont toujours stupéfié. J'ai lu et relu l'ouvrage capital de l'historien Tacite sur les « Moeurs des Germains » et cela me passionne tjr. Deux pays si proches et pourtant si différents ! C'est là un grand mystère ! Deux pays concurrents et complémentaires... Que Sarkozy soit un peu effrayé est plutôt rassurant...

  • ecor1
    ecor1 répond à enfumage
    sur le fil
    • Posté à 17h44 le 15/12/2009
    • Internaute
      sur le fil

    Il y aussi le fait que l'Allemagne par plein d'aspect est comparable à la France : taille, population, situation géographique et meme avant l'an 800 on était un seul et meme pays. Du coup quand on voit que l'Allemagne est le premier exportateur mondial devant les USA, la Chine et le Japon, et que leur balance du commerce extérieur et béneficiare à +175 milliards d'euros (-45 milliards pour la France) (année 2007), n'importe quel abruti, pour peut qu'il sache lire, peut se dire que les Allemands doivent faire quelque chose que les Francais ne font pas, ou l'inverse...Ca doit etre pour ca que l'Allemagne nous sert de référence, parce qu'en terme de dynamisme de l'économie et en particulier au niveau de l'exportation de biens, ce pays de 80 millions d'habitants met à l'amende le milliard et des brouettes de chinois ou les USA et ses 350 millions de yankees....mais quel est leur secret de leur force ? ? ? la saucisse ? la bière ?

  • theshadedcucumber
    • Posté à 18h39 le 15/12/2009

    Je ne comprend pas vraiment le sens de votre article. L'Allemagne a toujours (depuis 50 ans hein, avant c'était plus compliqué) été un partenaire, un allié, mais également un concurrent de la France. Et tous les dirigeants politiques français ont toujours cité l'Allemagne comme un exemple à suivre... ou pas, selon les sujets.

    Sarkozy n'est pas le premier, et ne sera pas le dernier à le faire.

    Concernant le sujet de la baisse de la TVA, c'est vrai que c'était une grosse intox de Sarkozy... mais pas tant que ça en fait : l'Allemagne a certes abandonné l'idée (pourtant fortement envisagée) de réduire son taux de TVA sur la restauration, mais elle a choisi de réduire (à 7%) son taux de TVA sur l'hôtellerie... est-ce un meilleur choix ! ?

  • vol19
    • Posté à 19h45 le 15/12/2009
    • Internaute

    Sur le même thème et références dans le titre sur Médiapart Mathieu Magnaudeix note aussi que les arguments de Nicolas Sakozy à propos du bouclier fiscal allemand est faux, (pas de bouclier fiscal en allemagne) pas plus de la suppression de la Tva dans la restauration, mensonge éhonté ou mauvaise information. C'est grave dans les deux cas.
    Les rapports Franco-allemands sur le temps long ont fait l'objet de nombreux travaux et montrent des relations fluctuantes, compliquées entre « celui qui veut être aimé et l'autre qui voudrait être pris au sérieux » pour reprendre l'ancienne interprète des sommets franco-allemands de Miterrand. Historiquement... la France est encore « Frankreich » outreRhin, a partagé un même roi, un même empire, et de l » autre l'unité allemande s'est faite contre les invasions napoléoniennes .... ce qui se retrouve dans les représentations imaginaires ou quelque part la France reste quelque part associée dans les profondeurs de l'imaginaire à une autruche, un volatile inconséquent par rapport à l'aigle allemands... même si l'on « peut vivre comme Dieu en France »... Enfin géographiquement l » Allemagne est elle davantage tournée vers l'Atlantique ou vers l'Est les grandes pleines d'Europe Centrale. Bref, ce sont là des contradictions qui affectent la confiance ou l'intérêt de la coopération, la perception de la crédibilité des interlocuteurs outre toutes les différences liées à la vision différente du poids du contrat(parole) en rapport au politique et au statut et au fond historiquement à l'empreinte différente dans la société du modèle social de l'aristocratie en France par rapport à celui du modèle social bourgeois et provincial en allemagne. Toutes ces variations affectent considérablement cette perception de coopération/concurrence d'autant plus que les responsables à la tête des deux pays sont comme jamais des caricatures l'un par rapport à l'autre des deux modèles culturels.
    En plus l'utilisation du modèle de l'efficacité allemande est un vieux thème dans les milieux économiques, là ou les français devraient prendre de la graine.... de là à mentir pour faire passer la pillule politique ce n'est du coup « pas digne de la confiance » vieux cliché allemand des français... et que notre cher Président fait tout pour confirmer.
    oui, encore un post sérieux et chiant sur rue89...