VOTRE PORTE-MONNAIE AU RAYON X 16/12/2009 à 19h13

Charlie, buraliste à Paris, 4700 euros les bons mois

Zineb Dryef | Journaliste Rue89


Dans un bar-tabac (Audrey Cerdan/Rue89)

Parce qu'il ne déclare pas un tiers de ses recettes, Charlie préfère rester anonyme. Il tient un bar-tabac plutôt rudimentaire dans un quartier résidentiel parisien. Ce n'est pas l'affaire du siècle, mais elle roule. S'il est incapable de donner une estimation de ce qu'il gagne tous les mois, Charlie sait que ce n'est pas mal :

« Je vais au restaurant une fois par semaine et je prends deux semaines de vacances par an. Sinon, je suis plutôt économe, limite radin. Il y a une partie de l'argent que je gagne que je ne déclare pas parce que c'est le seul moyen de s'en sortir ! »

Avertissement : les sommes indiquées sont approximatives, tant les recettes du buraliste sont variables d'un mois à l'autre. Selon Charlie, les chiffres reproduits ici correspondent à un « bon » mois d'activité.

1

Bénéfices déclarés : environ 8 000 euros par mois

En 2005, Charlie achète un fond de commerce bar-tabac-loto à 110 000 euros. Au bout de deux ans, il se lance également dans le PMU : « Ça attire des clients et ils consomment plus au bar. »

  • PMU : 900 euros mensuels environ

Les clients de Charlie parient sur des sommes allant de 1,5 à 50 euros. Le buraliste touche une commission de 1,6% sur son chiffre d'affaires. Commission qui peut passer à 1,9% si le chiffre d'affaire est supéreur à 90 000 euros.

« C'est un revenu très variable mais je me débrouille assez bien. Il suffit parfois d'un bon client pour toucher plus de 1 000 euros mensuels. En moyenne, je gagne environ 900 euros. »

  • Loto : 2 500 euros mensuels environ

La Française des jeux reverse une commission de 5% aux buralistes sur l'ensemble des ventes réalisées sur les jeux de grattage et de tirage :

  • Les blocs de jeux de grattage (Tac-o-Tac, Morpion, Banco, Dédé...) d'une valeur de 150 euros sont vendus 142,50 euros aux professionnels.
  • Pour les jeux de tirage et de pronostics, un prélèvement bancaire est directement effectué sur les comptes professionnels des buralistes, compte exonéré de frais bancaires :

« Si je vends 100 euros de jeux et que je rembourse 30 euros aux gagnants, la Française des jeux prélève 66,50 euros de mon compte. C'est très variable là aussi. Les semaines de foot, il y a beaucoup de monde donc beaucoup d'argent. Le reste du temps, c'est plus calme. »

  • Tabac : 700 euros mensuels environ

Situé en zone résidentielle, le bureau de tabac de Charlie est assez peu fréquenté. Il dispose d'un stock de marchandise de 30 000 euros. Il touche une commission de 6,125% des ventes :

« Il y a des tabacs qui ont 500 000 euros de cigarettes en stock, je suis un tout petit débit à coté. »

  • Bar : 3 800 euros mensuels

Charlie estime gagner environ 150 euros par jours. « Que du bénéf ! »

  • Cartes téléphoniques : 90 euros mensuels

Comme pour les autres produits, Charliet touche une commission (3%) sur les cartes téléphoniques vendues. Avec à peu près 100 euros de cartes vendues par jour, il gagne environ 90 euros par mois.

D'un mois à l'autre, ces dépenses sont très variables. Au total, Charlie déclare 55 000 euros de bénéfices par an. Il n'a aucun salarié mais un membre de sa famille travaille - au black - dans le café. Une part des gains lui est reversée.

2

Dépenses : 4 500 euros par mois

  • Loyer : 1 200 euros mensuels

Lorsqu'il achète le fonds de commerce, Charlie réalise ce qu'il estime être une « très bonne affaire ». La location mensuelle du bar (60 mètres2) et d'un appartement situé à l'étage du dessus lui revient à 1200 euros par mois.

  • Crédit : 1 200 euros mensuels

Charlie rembourse tous les mois le crédit contracté pour l'achat de son fond de commerce.

  • Boissons : 700 euros mensuels

Sur les 700 euros consacrés aux boissons, Charlie dépense 200 euros en café :

« C'est le plus gros bénéfice pour moi. Un kilo coûte environ 10 euros et permet de faire 140 expressos à 1,10 euro. »

  • Electricité, eau, gaz : 300 euros mensuels

Si elles semblent élevées aux yeux d'un particulier, Charlie confirme qu'elles correspondent aux dépenses « normales » d'un cafetier.

  • Sécurité : 150 euros mensuels

Après avoir installé des rideaux de fer pour un coût de 7 000 euros, Charlie a fait sécuriser son magasin avec un système d'alarme et de vidéosurveillance pour plus de 3 000 euros. Une partie des travaux (30% pour Charlie) a été prise en charge par l'Etat.

Une subvention sécurité, versée par les douanes françaises, permet aux buralistes de faire prendre en charge par l'État une partie de leurs travaux de sécurité.

  • Urssaf : 2 000 euros par trimestre

En tant que travailleur indépendant, Charlie relève du régime social qui leur est propre.

  • Taxe professionnelle : 1 700 euros par an

La taxe professionnelle est due chaque année par les professionnels non salariés.

  • Taxe sur les enseignes : 300 euros par an

La taxe locale sur la publicité extérieure (TPLE) depuis 2009 les anciennes taxes sur les affiches, réclames et enseignes lumineuses (TSA) et la taxe sur les emplacements publicitaires fixes (TSE).

  • Droits Sacem : 400 euros par an

Les professionnels qui diffusent de la musique ou possèdent une télévision (donc de la musique) versent une redevance annuelle à la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), société de gestion des droits d'auteur.

  • Assurance : 1 000 euros par an

Charlie est affilié à la Mutedef, la Mutuelle des Débitants de Tabac de France, créée en 1985 par des buralistes.

3

Le black, un « truc de bon commerçant » : 1 250 euros par mois

« Je ne peux pas gagner ma vie avec le PMU ou les cigarettes, il faut tout déclarer, tu ne peux pas tricher. Un bon commerçant, si ça ne fait pas de black, c'est comme s'il travaillait pour rien.

Moi, j'investis dans un appartement. Sans le black, je ne pourrais pas. Ça me permet aussi de faire tourner le bar. Sur 150 euros gagnés, je déclare pas 50 euros, mais je les réinvestis dans du café.

Faut pas se mentir, tous les restaurateurs font ça. C'est un métier très dur. Je n'ai pas de vie à part le café. Quand j'ai débuté, je voulais surtout sortir du salariat, ça ne m'a rien apporté de bosser pour d'autres pendant des années.

Maintenant, je travaille deux fois plus depuis que je n'ai plus de patron, mais je sais que je vais avoir une grande affaire un jour. J'aimerais ouvrir un restaurant, comme mon père. Quand tu es salarié, tu n'avances pas. »

Photo : dans un bar-tabac (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • fantome de la nuit
    • Posté à 20h46 le 16/12/2009

    Je n'ai pas très bien compris comment il fait pour ne pas déclarer 1/3 de ses revenus... Il sous-estime dans sa déclaration ce qu'il perçoit au comptoir, ou quoi ?

  • a déménagé le 30 août 2010
    • Posté à 21h13 le 16/12/2009

    Énervant cette manière de justifier son travail au noir... Il le fait, qu'il assume.

    Si ça tourne aussi mal que ça ,je veux bien lui racheter son fonds de commerce je me contenterais largement de ses 8000-4500= 3500 euros...

  • Homer555
    • Posté à 21h29 le 16/12/2009

    Exactement

    1/ Vous achetez un fut de bière
    2/ Vous servez 300 bières (99% des paiements en liquide car c'est un bar)
    3/ Vous ne déclarez pas ces ventes (dans votre stock théorique vous avez un fut plein)
    4/ Vous rachetez un autre fut en le payant avec le liquide gagné avec le premier fut et servez de nouveau 300 bières.
    5/ Ainsi de suite tant qu'on veut...
    6/ Vous déclarez un achat de fut à 300€ et en cas de contrôle vous montrez que vous n'avez qu'un fut et qu'une facture. Le seul truc louche, c'est la lenteur pour vendre cette bière.

  • jyeden
    jyeden répond à babs80
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 06h47 le 17/12/2009
    • Internaute
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    je parlais d'amortissement pour le début de l'article
    car le journaliste de rue89 présente le remboursement de l'emprunt pour acheter le fond comme une charge
    hors dans ce remboursement il y a une partie qui constitue le capital emprunté
    (au bout de l'emprunt le cafetier sera propriétaire de son fond)
    bien qu'il ne s'agisse pas d'amortissement au sens propre (un fond de commerce ne s'amortit pas en comptabilité) ce n'est pas véritablement une charge

    pout le black, on parle aussi d'un salarié (enfin employé) au black
    donc le benef du patron c'est
    recette non déclarée
    moins le salaire non déclaré

    ce genre de petits commerçants qui sont les premiers à raler contre la pression fiscale (parce qu'ils sont encaisseurs de fait de la tva) fraude trois fois
    -une fois au niveau de la tva (recettes non déclarées)
    -une fois au niveau de l'impot sur le revenu et de la csg (bénéfices minorés puisque recettes non déclarées)
    -une fois au niveau des cotisations sociales (puisque leurs cotisation sociales propres sont calculées en fonction du bénéfice minoré)
    certains fraudent encore une fois de plus en percevant des prestations sociales indues

    c'est le fond de clientèle de l'ump et du fn