A la une 14/12/2009 à 18h39

Rachida Dati au parlement européen : « Je n'en peux plus »

Julien Martin | Ex-Rue89

Filmée par M6 en pleine conversation avec une amie, cette confidence sur sa lassitude de son mandat européen confirme le malaise et les ambitions de l’élue. Décryptage.




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Tout le monde s’en doutait, maintenant tout le monde le sait. Honnie de la Sarkozie et débarquée sans ménagement du gouvernement, Rachida Dati a trouvé dans le parlement européen un moyen de patienter en attendant mieux.

La confirmation est venue dimanche de l’émission « 66 Minutes » de M6. Suivie au mois de septembre dans les travées de l’hémicycle de Strasbourg, l’eurodéputée, éloignée de la caméra pour répondre au téléphone à une amie, oublie le micro-cravate qu’elle a sur elle :

« Là, tu sais où je suis ? Je suis à ma place, et je ne sais pas si tu entends derrière, je suis dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg, là. Je n’en peux plus, je n’en peux plus ! Je pense qu’il va y avoir un drame avant que je finisse mon mandat, là.

Je suis obligée de rester là, de faire la maline, parce qu’il y a juste un peu de presse et, d’autre part, il y a l’élection de Barroso... Oui, oui, il va être élu, mais si tu veux, quand tu es à Strasbourg, on voit si tu votes ou pas. Sinon, ça veut dire que tu n’étais pas là... » (Ecouter le son)

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Rachida Dati au Parlement européen (M6)

« Ce ne sont pas des propos volés »

Dans le même reportage, on la voit éclater de rire, cette fois face caméra, à la découverte de son planning. « Elle ne semble pas enchantée », commente M6, lorsqu’elle apprend une réunion à venir sur « les perspectives de la septième législature ».

Contacté par Rue89, son entourage tente de contenir la polémique. Ne reniant pas ses propos, mais insistant sur le fait qu’elle travaille réellement :

« Il n’y a pas de réaction particulière à avoir. Ironie du sort, elle est justement en ce moment à Strasbourg. Ce ne sont pas des propos volés, elle avait simplement oublié qu’elle portait un micro-cravate. Mais ce ne sont pas non plus des paroles publiques, ça reste une conversation privée avec une copine sur le ton de la plaisanterie. »

C’est sur Europe 1, ce mardi midi, que l’intéressée est sortie de son silence pour se justifier. Elle « trouve un peu lamentable qu’on ait retranscrit une conversation privée avec une amie » et assure que ses propos « ne concernaient pas l’enthousiasme européen, ni [son] activité au parlement européen » :

« Reprenez bien mes propos. A aucun moment je n’émets une réticence, ou un rejet du parlement européen. C’était une conversation sur la vie de tous les jours et sur ma présence au Parlement.

C’était à la rentrée, je venais d’arriver au parlement européen. Quand je suis arrivée ici, j’ai été suivie. Il y avait un intérêt pour les journalistes à voir si j’y étais vraiment. Je peux aussi éprouver un certain agacement. Je suis aussi humaine. » (Ecouter le son)

« Quand tu es à Strasbourg, on voit si tu votes ou pas »

Rachida Dati a en tout cas bien compris le fonctionnement de l’Europarlement : « Quand tu es à Strasbourg, on voit si tu votes ou pas. Sinon, ça veut dire que tu n’étais pas là. » Raison pour laquelle, afin d’évaluer le travail effectif des parlementaires sortants avant les européennes de juin, Rue89 n’avait pas pris en compte la présence en séance : l’indicateur est faussé car largement basé sur la présence lors des votes, qui est plus importante qu’en temps normal.

Déjà, lors de la campagne électorale, son cafouillage sur l’énergie et le nucléaire en plein meeting, suivi d’une phrase incompréhensible sur l’ingérence de l’Europe dans les affaires nationales avait fait le tour des médias, fin avril, révélant son peu d’aisance sur ces questions. (Ecouter le son)

Elle « pense » déjà aux législatives de 2012

Celle qui est toujours maire du VIIe arrondissement de Paris n’a jamais fait mystère qu’elle avait d’autres ambitions que d’aller jusqu’au bout de son mandat européen. Le 15 septembre, au micro de RTL, elle jugeait « naturel » d’envisager une candidature aux élections législatives françaises de 2012 :

« Ça paraît pour moi naturel en étant maire du VIIe, très impliquée dans cet arrondissement, en ayant tenu mes engagements de campagne. Je suis élue jusqu’en 2014, donc j’ai encore beaucoup de travail à faire pour les habitants du VIIe arrondissement. On verra en 2012. Mais bien sûr que ça j’y pense. » (Voir la vidéo)

Et comme une ambition en cache souvent une autre : elle a multiplié les rendez-vous dès le début de son mandat européen pour marcher sur la mairie de Paris en 2014. Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy au mois de juillet. Puis un message laissé sur le portable de François Fillon, autre personnalité dont le nom circule pour concourir dans la capitale, et rapporté le 20 juillet par Le Parisien :

« Cher François, je voulais te dire que la mairie m’intéresse beaucoup. Il y a de grandes chances que je me présente. D’autant que la dernière fois tu m’avais dit que tu n’étais pas partant. Discutons-en. »

Son propre cabinet de conseil depuis fin juin

Pour écarter définitivement tout risque d’ennui d’ici 2012 ou 2014, l’ex-Garde des Sceaux a même créé fin juin son propre cabinet de conseil, baptisé « La Bourdonnais Consultants », qui a pour objet « en France et dans tous les pays, le conseil en stratégie, la réalisation d’études, la participation et l’organisation de colloques et de conférences ».

Le désintérêt de Rachida Dati pour la chose européenne n’est toutefois pas relevé par tout le monde. Pour avoir un autre son de cloche, il fallait lire ce samedi Le Figaro Magazine, qui lui consacrait un article bien moins dérangeant que le reportage de M6 :

« Elle l’avait dit en arrivant : “On ne m’a pas forcée à venir.” Et, depuis ses débuts, il y a cinq mois au Parlement de Strasbourg, Rachida Dati a eu à cœur de prouver son engagement européen. Assidue en séance plénière, multipliant les interventions, l’ex-Garde des Sceaux s’attache à faire mentir ceux qui la voyaient surtout en exil loin de la place Vendôme. »

► Mis à jour la dernière fois le 15/12/2009 à 15h05, après la justification de Rachida Dati.

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  • lancetre
    • Posté à 18h56 le 14/12/2009
    • Internaute 18658

    Rappelons seulement :

    1) qu’elle a été élue, ce qui signifie que des milliers de personnes, en toute connaissance de cause, car on ne la découvre pas, ont voté pour elle.

    2) qu’elle perçoit pour ce « job » sept mille euros mensuels de salaire net, tous frais payés.

    On a les élus qu’on mérite...

  • Hemenate
    • Posté à 19h19 le 14/12/2009
    • Internaute 856

    Et donc à la Une de rue89 on a une conversation téléphonique volée, donc privée, de Rachida Dati...

    Bref, du journalisme du plus bas étage qui soit, qui n’aura bien entendu aucune honte à enchaîner sur un article critiquant la peopolisation du politique, ou la mise en place de caméra de surveillance.

    La cohérence d’une ligne éditoriale est désormais un luxe.

    Faites ce que je dis, pas ce que je fais...

    PS : Simple question déontologique pour la rédaction si elle venait à passer par là :
    La diffusion, ou non, de cette « information » a-t-elle ne serait-ce que posé question ?

  • lioe
    lioe
    berlin
    • Posté à 19h54 le 14/12/2009
    • Internaute 6423
      berlin

    Bonsoir

    Même si le contenu ne contient pas d´informations explosives, il est assez révélateur du fonctionnement de l´Union Européenne.
    D abord sur sa composition, tous les députés Européens sont ou des punis, envoyé dans un placard de luxe pour appuyer sur des boutons, ou des politiques en fin de carrière qui ont des CV long épais comme un livre de poche, qui nous gratifient de temps en temps d´un article qui occupe les journalistes pendant deux jours.

    Ensuite sur son fonctionnement, l UE n´est qu une énorme machine qui n a de démocratique que le nom, devenu complètement illisible pour le citoyen Européen, étouffé par la technocratie.

    Cette « pauvre » Dati n´est qu´un échantillon de ce panier de crabes. Elle a essayé de prendre à gauche, à droite, maintenant elle prend partout ou elle peut prendre (Smain).

    7000 Euro, belle punition tout de même !

  • balala
    • Posté à 21h18 le 14/12/2009
    • Internaute 3552

    C’est malheureusement assez représentatifs des députés européens français tous partis confondus.
    On a tendance à envoyer à Strasbourg comme on envoyait dans les mines de sel ceux dont on veut se débarrasser, ou comme on leur offrait un ensemble de cheminée pour leur retraite quand on voulait les honorer.
    Les quelques députés français qui s’impliquent vraiment sont sûrs de se faire débarquer par les instances de leur parti aux élections suivantes pour être remplacés par un gêneur ou quelqu’un à qui on doit un fromage ;
    Cela est très particulier à la France et explique largement sa perte d’influence et sa représentativité réelle, très inférieure à ce qu’elle devrait avoir en réalité.
    Si l’on regarde le travail des députés allemand, anglais, italiens, portugais, ou des nouveaux pays, la différence saute aux yeux... tant pis pour nous !

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 21h37 le 14/12/2009
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Ce petit rapprt d’espionnage nous montre deux choses.
    D’une part la médiatisation est tellement omniprésente qu’il est difficile de masquer ses véritables sentiments.
    D’autre part cette même médiatisation fait apparaites les politiques pour ce qu’ils sont : des animateurs, des petites - ou grandes - vedettes mis en avant, à un moment donné, le temps d’une campagne, par des partis et de l’argent, qui sont de fait souvent incompétents dans nombre de domaines.
    Qui ne se souvient de l’inénarrable Douste-Blazy ?

  • Pascal Riché
    Pascal Riché répond à Hemenate
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 00h17 le 15/12/2009
      éditeur
    • Journaliste 7
      Cofondateur

    @ Hemenate
    Bien-sûr, que nous nous sommes posé la question !

    Mais nous avons estimé que nous ne sommes pas ici dans un cas de « vie privée » : Dati est dans son cadre de travail, suivie par des caméras. Elle porte un micro. Elle n’évoque pas sa vie privée au téléphone, mais son mandat.

    Ce qu’elle dit contient une information qui n’est pas sans intérêt. Elle dit explicitement que le travail pour lequel elle a été élue l’ennuie. C’est, il nous a semblé, un élément intéressant, au moins pour ses électeurs, et pour quiconque s’intéresse au fonctionnement du Parlement européen.

    Enfin, répondez si vous le pouvez à ces trois questions :

    1) quand Devedjian est filmé en train de traiter de salope Comparini, dans une conversation qu’il croit privée, mais qui est filmée, faut-il garder ces images sous le coude ?

    2) Quand Hortefeux fait une blague raciste, faut-il étouffer l’affaire ?

    3) Quand Sarkozy se lâche sur le plateau de France3, avant l’interview : fallait-il enterrer les images ?

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