A debattre 13/12/2009 à 15h41

Mauvais sondages pour Royal : de la « trash politique » ?

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Ségolène Royal en juin 2008 (Audrey Cerdan/Rue89)

Ségolène Royal goûte décidément très peu les sondages... surtout quand ils lui sont défavorables.

Lorsque, tout récemment, un sondage LH2 pour France Bleu la donnait en tête des présidents de région les plus connus, avec 85% des habitants de sa région qui la citaient spontanément, loin devant tous ses homologues, on n’a pas entendu la patronne de Poitou-Charentes trouver que la question n’avait pas de sens.

Mais lorsqu’un autre sondage BVA pour la matinale de Canal+ intitulé « L’opinion des Français à l’égard de Ségolène Royale » (sic) concluait que « les trois quarts des Français et sept sympathisants de gauche sur dix pensent qu’elle constitue d’avantage un handicap plutôt qu’un atout pour son parti », là, son équipe crie haro.

Une réaction qui intervient alors même qu’elle était ostensiblement absente, ce samedi, de la convention nationale où plus de 500 délégués du parti ont ratifié les listes socialistes pour les élections régionales.

Son équipe avait déjà vivement réagi en avril à un sondage Ifop pour Paris Match après que l’ex-candidate à la présidentielle a demandé pardon pour le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy. Une déclaration qui avait été jugée « injustifiée » par 56% des personnes interrogées.

« Campagne agressive et personnelle »

Cette fois, elle semble être passée de la critique à la menace. Vendredi, Guillaume Garot, député-maire de Laval, avait dénoncé dans un communiqué la « trash politique », estimant :

« Sous couvert de rigueur scientifique, [ce sondage] n’a pas d’autres objectifs que de continuer la campagne agressive et personnelle contre Ségolène Royal. »

Et samedi soir, le même Guillaume Garot annonçait qu’il saisissait la commission des sondages :

« Il s’agit de faire la clarté sur ce sondage qui ne me paraît pas conforme aux exigences de la loi ni de la déontologie. La formulation des questions relève d’un curieux parti pris. Nous flirtons avec la manipulation de l’opinion. »

Or, pour notre blogueur Docteur Panel :

« Il faudrait vraiment qu’il y ait erreur méthodologique énorme pour que la commission des sondages sanctionne.
Ce sont des sages qui ne se prononcent que rarement sur des questions
biaisées. Par définition un sondage est biaisé puisqu’il suggère une
réponse. »

Un résumé du sondeur en forme d’éditorial

D’ailleurs, le résumé de Gaël Sliman, de BVA, ne se gêne pas pour interpréter les résultats du sondage, avec un ton qui frôle l’éditorial :

« Nul ne meurt jamais en politique. Heureusement que nous connaissons cette règle, sans cela il aurait été bien tentant de tirer des conclusions définitives de la terrible photographie de l’Opinion (sic) prise aujourd’hui. »

Puis, il termine en donnant des conseils de communication à l’ancienne candidate à la présidentielle :

« Tâcher de se faire oublier en étant moins présente dans les médias nationaux, regagner largement en Poitou-Charentes et croiser les doigts pour que le PS, lui, perde quelques régions clés.

Telles sont sans doute les conditions qui permettraient à Ségolène Royal de conserver une chance de revenir dans le jeu pour les prochaines primaires socialistes de 2011. Certes ce n’est pas gagné, mais nul ne meurt jamais en politique. »

« Des questions qui enferment dans des réponses préétablies »

L’équipe de Ségolène Royal, sur le site Retablirlaverite.org, met en cause la méthode du sondage, réalisé sur internet, avec un panel de sondés très consommateurs de web. Dr Panel confirme cette faiblesse,

« mais les autres sondages ont les mêmes difficultés, puisque les gens sont plus difficilement joignables à leur domicile, il est moins évident de reconstituer la population française en général. »

Au-delà, c’est l’ensemble des questions posées qui déplaît aux proches de la présidente de Poitou-Charentes :

« Des questions fermées, caricaturales, qui enferment obligatoirement les personnes interrogées dans des réponses pré-établies. Plus fort encore : l’une des questions propose même l’élimination de Ségolène Royal de la vie politique et démocratique. »

Ils oublient que pour faire un bon sondage, il vaut mieux que les questions soient « fermées » (sinon, on appelle ça une étude qualitative, et c’est une autre histoire).

Que doit faire Ségolène Royal si elle quitte le PS ?

Pour Dr Panel, Ségolène Royal a un rapport
« défensif » aux sondages « qui prouve qu’elle y attache beaucoup
d’importance » :

« Si on peut trouver que les sondages ont pris, en général,
une place malsaine dans la vie politique, en court-circuitant les médias, il n’est pas
intelligent de les attaquer en particulier lorsqu’ils vous visent. »

Et l’ancienne candidate à la présidentielle pourrait même avoir intérêt à regarder ce que disent les sondés. Car la question posée par BVA est loin d’être hors sujet :

« Et si Ségolène Royal quittait le parti socialiste, devrait-elle plutôt...

  • arrêter la politique (45%)
  • créer un nouveau parti politique (35%)
  • rejoindre les Verts (5%)
  • rejoindre le Modem (14%)
  • ne sait pas (1%) »

Faut-il y voir, en creux, un
encouragement à fonder son propre parti ?

Ce qu’elle est peut-être déjà en train de préparer. On la dit sur le terrain, à Copenhague la semaine prochaine pour présenter la voiture à bas coûts d’Heuliez. Elle est en tous cas loin des socialistes et cela pose questions...

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  • ApollonduRéverbère
    • Posté à 16h17 le 13/12/2009
    • Internaute 15757

    Les questions posées dans cet article sont oiseuses.
    Ce qui serait intéressant, en revanche, incontestablement, serait de savoir qui a commandé ce sondage.
    Ensuite, les questions posées par le sondagier sont l’exact reflet des réactions de l’électorat, aussi bien de gauche que de droite. Les résultats sont aussi assez remarquables, des gens lui conservent leur confiance. Elle n’est donc pas totalement à sec (ironie).
    Revers de la médaille, pour n’avoir pas su comprendre que les Français sont à bout, elle finit en relégation.
    Enfin, qui sème le vent récolte la tempête, et si on meurt aussi en politique.

  • alaixih
    • Posté à 16h52 le 13/12/2009
    • Internaute 19775

    Je suis pour ma part certain que royal a été désignée comme meilleure candidate a la présidentielle via les sondages pour favoriser une candidature sans avenir.....

    D’ou l’intérêt d’avoir pour nicolas sarkozy des liens avec les instituts de sondage.

    Je pense pour ma part que moins un homme politique est présent sur la scène politique plus il est populaire. Ségolène Royal en étant tout le temps présente va finir par lasser les gens... Et se griller toute seule surtout qu’elle fait tout son possible pour semer la merde dans son propre parti. Et moi à titre personnel cela ne me donne pas du tout envie de la soutenir....

    Royal c’est trop.

  • massa
    massa
    professeur
    • Posté à 17h19 le 13/12/2009
    • Expert 49706
      professeur

    A VOIR aussi :

    Lien

    Ainsi, Ségolène Royal a bien gardé ce contact privilégié avec les citoyens (oserais-je dire « le peuple » ?), n’en déplaise aux bobos ! ! !
    C’est ce que ne lui pardonnent pas les éléphants du PS et autres apparatchiks !

  • Laurent-Weppe
    • Posté à 17h50 le 13/12/2009
    • Internaute 32921

    « L’équipe de Ségolène Royal, sur le site Retablirlaverite.org, met en cause la méthode du sondage, réalisé sur internet, avec un panel de sondés très consommateurs de web. Dr Panel confirme cette faiblesse, »

    suivi de :

    « mais les autres sondages ont les mêmes difficultés, puisque les gens sont plus difficilement joignables à leur domicile, il est moins évident de reconstituer la population française en général »

    Un beau jour j’ai eu la visite d’un sondeur de la Sofres : il s’était présentait à la porte de mon appartement dans mon immeuble, et avait visiblement pour job de sonder les personnes à leur domicile, à l’ancienne, en frappant aux portes. L’objet du sondage était très large : il y eu de la politique (française et internationale), des médias, de la consommation, et le sondage en question demanda pratiquement une heure à être réalisé.

    Il n’est pas étonnant qu’un tel sondage ai porté sur des sujets divers : on paye quelqu’un qui dans la journée aura le temps de sonder 6-8 personnes : en d’autres termes, si vous voulez sonder en peu de temps suffisamment de monde pour avoir une « photographie » correcte de l’opinion, il faut être en mesure d’organiser une logistique lourde et coûteuse, et par conséquent, il est assez logique que la Sofres ne se soit pas contentée de payer quelqu’un pour me demander chez moi mon avis sur un seul politicien : la procédure serait trop chère pour être rentable.

    Or, là, on a droit à un sondage BVA qui porte sur une seule personalité politique : il est clair qu’un tel sondage n’est pas très rentable et que l’institut qui a pris la commande va chercher à le produire pour pas cher, quitte à gagner du temps et de l’argent en se basant sur « un panel de sondés très consommateurs de web » (et je rajouterai : plus prompts que la moyenne à répéter au quart de tour le dernier mème à la mode tout en se proclamant intellectuellement supérieurs à ladite moyenne) plutôt que sur une procédure laborieuse et coûteuse.

    On peut (et on doit) critiquer le type de réponse proposées : tout indique un sondage bâclé où plusieurs postulats sont imposés d’office au sondé (par exemple l’idée que Royal « s’oppose régulièrement à la direction » de son parti : est-il criminel de penser que les différents -très médiatisés- entre Royal et la direction du PS restent beaucoup plus minces que les différents entre Royal et la direction de l’UMP et que cette « opposition régulière » ne vaut que pour ceux qui confondent courants de pensée et guerres tribales ?), mais le premier biais, c’est que les médias sont devenus de tels consommateurs de sondages qu’ils demandent leur quota de chiffres avec le petit symbole % sans vraiment chercher à vérifier la qualité du produit, à tel point qu’on finira tôt ou tard par trouver l’équivalent français des sondages Fox New qui « sondent » 120% de la population US