Tribune 13/12/2009 à 16h00

L'autosatisfaction déplacée de Baudouin Prot, de BNP-Paribas

Pierre Polard | ConvictionsPolitiques.midiblogs.com

Baudouin Prot, PDG de BNP-Paribas et président de la Fédération bancaire française, était récemment l'invité de la matinale de France Inter. On sentait une pointe d'agacement dans ses réponses aux questions (plutôt maladroites, d'ailleurs) de Nicolas Demorand. Comme s'il trouvait incongru que l'on puisse s'interroger sur le fonctionnement des banques françaises. (Voir la vidéo)

On peut résumer son propos en cinq points :

  • Les banques françaises ont été plus prudentes que leurs homologues européennes et anglo-saxonnes.

  • Elles jouent plutôt bien leur rôle de financement de l'économie.

  • Le remboursement des fonds prêtés par l'Etat aux banques a rapporté à ce dernier 2 milliards d'€.

  • BNP-Paribas est la banque française la plus vertueuse. Elle n'a jamais été impliquée dans les subprimes et a renoncé aux paradis fiscaux.

  • Circulez, y'a rien à voir !

BNP-Paris dispose de 189 filiales dans les paradis fiscaux

On pourrait faire remarquer plusieurs choses à Mr Prot : tout d'abord, on pourrait lui rafraîchir la mémoire en lui rappelant qu'au tout début de la crise des subprimes, en juin 2007, BNP-Paribas a dû fermer trois de ses fonds impossibles à valoriser du fait de la crise du marché hypothécaire américain. Cet épisode avait entraîné de forts remous sur les marchés...

Selon Baudouin Prot, BNP-Paribas aurait donc tourné la page des paradis fiscaux en fermant ses implantations au Panama et aux Bahamas. Selon une étude menée en avril 2009 par Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives Economiques et spécialiste des paradis fiscaux, BNP-Paribas disposait à l'époque de 189 filiales présentes dans des paradis fiscaux, soit 23% du nombre total de sociétés du groupe. Cela lui permettait d'être de loin le champion français en la matière.

Quant au fameux plan de soutien des banques qui a rapporté 2 milliards d'euros à l'Etat, il aurait pu (dû ? ) lui rapporter plus de 3 fois plus si l'Etat était rentré au capital des banques au moment où le cours de leurs actions était au plus bas. Mais Baudouin Prot oublie de dire qu'à l'époque, un certain Prot Baudouin avait conseillé l'Elysée pour la conception de ce plan de sauvetage !

Non, les banques ne financent pas correctement l'économie

Enfin, et c'est peut-être le point le plus important, dire que les banques jouent bien leur rôle de financement de l'économie relève d'une auto-satisfaction quelque peu déplacée... En effet, les dernières statistiques de la Banque de France font le constat suivant :

« En octobre, le taux de croissance des crédits au secteur privé non financier (y compris les encours titrisés) diminue à nouveau en rythme annuel (...) mais poursuit sa remontée en données trimestrielles annualisées (...). La contraction des crédits aux sociétés non financières s'amplifie (...), alors que la progression des crédits consentis aux ménages continue à peu près au même rythme (...).

La baisse des encours des crédits de trésorerie aux sociétés non financières s'accentue (...) tandis que le ralentissement des crédits à l'investissement (...) et des autres crédits se poursuit (...).

Le taux de croissance des crédits à l'habitat consentis aux ménages fléchit encore très légèrement (...) et celui des crédits de trésorerie devient négatif (...). En revanche, la progression des autres crédits s'accentue quelque peu (...).

La contraction des crédits à la clientèle financière se poursuit (...). »

L'encours de crédit augmente peut-être globalement (du fait des crédit aux particuliers, notamment les prêts immobiliers), mais cela masque la contraction du crédit aux entreprises et notamment les crédits de trésorerie à très court terme (en baisse de 16%), très utiles pour faire face aux difficultés en période de crise.

Il est vrai que pour les banques, la crise est finie et notamment pour BNP-Paribas qui a réalisé un résultat net de 4,5 milliards d'euros sur les 9 premiers mois de 2009.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 17h02 le 13/12/2009
    • Internaute
      non connue

    Je me souviens de cette matinale, et je souscris aux impressions de l'auteur.
    Pour être honnête, précisons que France Inter, comme d'autres médias, n'ont que très rarement la visite de banquiers. Il y a comme un black-out médiatique complet de ceux-ci depuis la crise. Et de ce point de vue, Baudouin Prot aura au moins eu le mérite de briser le silence.

    Mais on restait largement sur sa faim : aucune réponse sur le fond, et le martellement continu du message : « c'est pas nous, et nous on a des super résultats ».

    Depuis 1 mois, j'ai reçu pas moins de 5 appels téléphoniques d'une agence BNP qui s'installe dans mon quartier, plus les propositions de placements de ma banque (étant chômeur, je les calme vite fait), ce qui n'apporte visiblement pas la preuve que tout va si bien que ça, dans le secteur Bancaire.

    Ces méthodes de vendeurs d'encyclopédie montrent bien que le botox médiatique cache de bien sourdes douleurs...

  • un homme dans la foule
    • Posté à 18h41 le 13/12/2009

    Avec des lectures aussi superficielles, on fait des commenaires un peu à l'emporte pièce : A priori, le propos de l'auteur est ironique.

    Bien évidemment la crise n'est pas fini, et tout le monde le sait à commencer par les banquiers et les pouvoirs publics. tout le discours ambiant sur la reprise, c'est pour rassurer le brave citoyen et assurer leur confiance, car c'est la condition sine qua non d'une vrai reprise.
    Mais en interne les banques se demandent comment elles vont étaler le provisionnement de leurs engagements douteux. Le FMi publie des études sur le montant des créances qui restent à provisionner.
    Il existe des tas de motifs pour une rechute : un effet dit de deuxième tours pour les banques, c'est à dire qu'elles auront des problèmes pour assurer le recouvrement de leurs prêts classiques à l'économie du fait des faillites et des défauts d'entreprises, ou bien des faillites en chaîne d'états surendettés ( le Grèce ? )
    et d'autres motifs encore...
    Au contraire, je crois que la gauche à le bon corpus théorique pour analyser cette crise, ses causes et ses conséquence. Si elle s'organise bien, elle peut assurer un retour de balancier en sa faveur dans la décenie qui vient (après tant d'année de vaches maigres, un sympathisant de gauche, fut il modéré a le droit de rêver...)

  • Vatech
    • Posté à 19h17 le 13/12/2009

    Faut arreter un peu là ! J'écoute l'interview et je vois juste des questions mal posées voire erronées, des attaques franchement limite (dire qu'on dégraisse quand on supprime 750 petits postes de rien du tout dans un univers de 200000 personnes...). BNPP rachète Fortis et ne vire personne ! ! Moi je trouve que c'est plutot pas mal d'un point de vue social. Non ? Quand on voit le gouvernement qui supprime en masse les postes d'enseignants, entre autres..

    J'ai l'impression qu'on manipule un peu les medias en montrant les banques comme des grands méchants alros que l'Etats dégraisse en douce...
    Les banques françaises sont un des rares succès du pays depuis quelques années, il ne faut pas l'oublier.

  • A déménagé le 19-12-2011
    • Posté à 19h35 le 13/12/2009

    « Quant au fameux plan de soutien des banques qui a rapporté 2 milliards d'euros à l'Etat, il aurait pu (dû ? ) lui rapporter plus de 3 fois plus si l'Etat était rentré au capital des banques au moment où le cours de leurs actions était au plus bas. »

    N'empêche, ne boudons pas notre plaisir. L'Etat s'est fait 2Mds. Pouvez-vous confirmer ce chiffre ?

    Quant à savoir si l'Etat aurait pu se faire plus en devenant actionnaire, c'est un débat qui a maintes fois été abordé dans les médias. En substance, il est facile aujourd'hui, donc a posteriori, d'affirmer cela et de se poser en donneur de leçons. Mais fin 2008, c'était un risque financier bien plus important pour l'Etat de devenir actionnaire d'établissements dont nul ne savait s'ils n'allaient pas sur le chemin de la faillite.

    L'Etat a bien peu justifié à l'époque son choix comme je viens de le faire car, dans le même temps, il ne pouvait pas exprimer publiquement ses doutes au risque d'engendrer une panique auprès des clients, et du coup, précipiter peut-être la faillite de ces établissements précisément. Le message ne pouvait donc qu'être : « nos banques sont solides mais nous allons leur prêter de l'argent ».

  • vol19
    • Posté à 19h38 le 13/12/2009
    • Internaute

    Sa voix a dérapé un peu sur la question de la valorisation des actifs de la banque. Des bénéfices certes, mais qu'en est-il si certains actifs sont largement surévalués ? ....

    A un moment, il a évoqué sa défaveur envers le projet d'augmentation des ratios bancaires, ce qui amenerait à réduire la rentabilité de celle-ci vis à vis des investisseurs. il sera intéressant de voir comment le gouvernement va se positionner sur cette question dans l'avenir... ?