tribune 12/12/2009 à 12h19

Copenhague 2009 : qui sont vraiment les climato-sceptiques ?

Books"


« The glory of the sky » (Kevindooley/Flickr)

Le vilain néologisme « climato-sceptique », qu’on écrira bientôt « climatosceptique » sans trait d’union, fait désormais la manchette des moins mauvais journaux. Comme tous les mots véhiculant des idées chargées d’émotion, il prête à malentendu.

Pour simplifier, je dirais qu’il existe quatre catégories de climatosceptiques :

  • Il y a ceux qui sont payés ou instrumentalisés par les compagnies pétrolières, gazières, charbonnières et autres grandes entreprises ayant intérêt à calmer le jeu, avec la complicité passive ou active des Etats qui leur sont liés.
  • Il y a ceux, citoyens ordinaires, que leur bon sens porte à douter (à tort ou à raison) et à penser que la planète connaît peut-être des priorités plus urgentes que le global warming.
  • Il y a les climatologues qui en toute bonne foi pensent que le beau consensus présenté par ce machin nommé Giec ou IPCC, sorte d’ONU de la science climatique, masque trop de failles et d’insuffisances pour justifier ce bruit et cette fureur.
  • Et puis il y a ceux, les plus rares et les plus intéressants, qui, scientifiques de haut niveau sans être climatologues à part entière, formulent des objections relevant à la fois de l’épistémologie (science de la science) et de la psychologie individuelle et collective.

L’un de ces derniers est le physicien américain Freeman Dyson. Au soir de sa vie, cet immense esprit, qui fut l’un des grands physiciens de son temps et, incidemment, l’un des premiers à modéliser le climat, écologiste convaincu, s’est résolu à élever la voix.

Vers un refroidissement pendant les vingt prochaines années ?

Le dernier numéro de Books, encore en vente pour une dizaine de jours, présente le portrait magistral de cet éléphant de la science et du combat « citoyen » (autre néologisme). Il y exprime les vraies raisons de douter. Ces raisons sont profondes. Elles tiennent pour l’essentiel à deux types d’arguments :

Le premier relève de l’épistémologie. Simplifions-le en essayant de ne pas en dénaturer l’esprit. Il consiste à dire qu’en dépit des progrès réalisés ces trente dernières années, les climatologues savent pertinemment qu’ils ne connaissent pas toutes les variables à prendre en compte pour modéliser l’évolution du climat, et, à plus forte raison, qu’ils ne savent pas comment pondérer celles qu’ils connaissent.

Un exemple entre mille ou davantage : révisant les observations faites sur la circulation des eaux océaniques, une équipe de climatologues sérieux a prévu en 2008 une stabilisation de la moyenne des températures à la surface du globe au cours des dix prochaines années.

Par la force des choses, cette prédiction n’a pas été prise en compte dans le dernier rapport du Giec, sur lequel repose le fameux consensus à propos du réchauffement climatique, puisque ce rapport date de 2007.

L’été dernier, la même équipe a fait savoir que son point de vue avait évolué : elle pense désormais que nous allons assister à un refroidissement global au cours des vingt prochaines années. Peut-être a-t-elle raison, peut-être pas. Nul ne le sait.

L’essentiel est dans cette question : qu’est-ce donc qu’une équation dans laquelle le nombre de variables est inconnu et dans laquelle les variables connues ne peuvent être affectées d’aucun coefficient crédible ?

Contrairement à Socrate, les climatologues ne savent pas qu’ils ne savent pas

Ce type de soupçon ne remet pas forcément en cause la thèse principale selon laquelle nous sommes confrontés à la menace d’un réchauffement planétaire substantiel, mais en bonne rigueur scientifique, cette thèse n’est pas vérifiée.

Pour dire les choses autrement, le point de vue développé par Dyson est que les climatologues auteurs et défenseurs du « consensus » en savent beaucoup moins qu’ils le prétendent.

L’attitude de Dyson est typiquement socratique : vous dites que vous savez, vous prétendez savoir, mais en réalité vous ne savez pas.

Ici Dyson quitte l’épistémologie stricto sensu pour faire valoir des arguments de nature psychologique. Sous la forme d’un syllogisme, cela donne : c’est un vieux penchant de l’homme que de prétendre savoir alors qu’il ne sait pas vraiment. Or, les experts sont aussi des hommes. Ils ne sont donc pas exempts de ce penchant.

Il y a même de bonnes raisons de penser que beaucoup de climatologues ont intérêt à survaloriser ce qu’ils savent. Il est de leur intérêt objectif de surestimer un risque, car c’est une façon bien répertoriée d’attirer l’attention à la fois des médias et des bailleurs de fonds. Surtout si la majorité des chercheurs participent de cette attitude.

Pour un scientifique, aller à contre-courant, c’est prendre un risque

Aller à contre-courant, dans le monde de la recherche scientifique comme ailleurs, c’est prendre un risque personnel, celui d’être plus souvent barré par les comités éditoriaux des revues scientifiques, d’avoir plus de difficulté à décrocher des crédits et, au bout du compte, de compromettre sa carrière.

Cela ne veut pas dire que beaucoup de chercheurs modifient consciemment les résultats de leurs travaux pour aller dans sens du vent, mais il ne fait guère de doute que beaucoup le font inconsciemment. D’autant qu’ils y sont poussés par un autre facteur, également souligné par Dyson : l’adhésion idéologique.

A la grande époque du communisme, il était mal vu, dans les milieux intellectuels, de mettre en avant les faits susceptibles de porter atteinte à la vulgate. Il en va de même à la grande époque de l’écologisme, qui est la nôtre.

Le message de Dyson n’est pas seulement de nous inviter à prendre nos distances à l’égard des professionnels de la rhétorique climatique.

Il est aussi de nous inviter à engager une réflexion qui est à peu près complètement absente des débats actuels : où peut-on raisonnablement situer le risque dans la hiérarchie des dangers que nous avons à prendre en compte ? Pour ne prendre qu’un exemple, la question du climat est plus médiatique que celle de la pauvreté, mais en quoi serait-elle plus urgente ?

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Books
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  • jula
    jula
    cnrs
    • Posté à 12h42 le 12/12/2009
    • Internaute 40818
      cnrs

    L’auteur de l’article a oublié une catégorie :
    - Ceux qui voient dans la religion du réchauffement une nouvelle attaque à la liberté. Qui reconnaissent, que les communistes révolutionnaires d’hier sont devenus les de prêtres d’anti-réchauffement d’aujourd’hui. Pour eux, le prétexte n’est pas important, ce qui est important c’est la volonté de changer le monde.

  • zaichonok
    zaichonok
    bobo bio
    • Posté à 13h51 le 12/12/2009
    • Internaute 61156
      bobo bio

    Le fait est que c’est très rhétorique, mais pas très scientifique.
    A ce titre d’ailleurs, certains passages me dérangent :

    pourquoi ce besoin de comparer l’écologie au communisme (ou au nazisme, comme l’a fait Courtillot) ? ça décrédibilise un peu les arguments d’avant qui sont meilleurs.

    Dire que, contrairement à Socrate, ils ne savent pas qu’ils en savent rien, c’est plus que léger. Je vous rappelle que la conclusion du GIEC n’a jamais été formulé comme assertion, mais comme « il y a 90% de chances que le réchauffement soit d’origine anthropique ». Ils ont conscience de travailler sur des modèles, ils ont conscience des choses qu’il reste à creuser, à fouiller, des données manquantes.. la démarche est rigoureuse, si des médias s’agitent derrière en sont-ils reponsables ?

    Il n’empêche, je ne comprends pas l’argument qui résume ça à « donc ils ne savent rien ? » ...
    Dans l’état actuel des connaissances, il y a 90% de chances qu’on soit responsable de ce qui se passe. ça n’est pas rien, c’est même beaucoup. Si je vous dis il y a 90% de chances que vous alliez dans le mur, est-ce que vous allez freiner, au cas où, ou continuer comme si de rien n’était ?

    l’autre point un peu énervant, c’est que ces angles d’attaque très rhétoriques sont tenus en dehors de tout cadre scientifique. Dire qu’il y a mille, ou davantage, exemples d’études qui iraient à contresens des prévisions du GIEC, c’est juste faux, ou citez en ne serait-ce qu’une dizaine. il y en a surement ceci dit (ça serait bien de citer plus explicitement l’étude dont vous parlez par contre qu’on se fasse notre idée dessus) ; et il y en aura d’autres. Le fait est que jusqu’ici il y a eu beaucoup d’effets d’annonces sur de soit disant étude qui remettaient les résultats en questions, mais que ça n’a jamais tenu l’analyse de la communauté scientifique. Et, au sein d’une communauté de 5000 chercheurs, il y a aura toujours des ânes pour ne pas respecter le sérieux scientifique nécessaires d’ailleurs. Réduire le sérieux de toute la communauté à ces quelques ânes serait quand meme aussi malhonnête que réduire les sceptiques à Allègre...

    pour finir, voici ce que Dyson et Hansen disent l’un de l’autre, ça me parait intéressant quand meme pour situer l’intervention de Dyson dans son contexte et la relativiser par rapport à ses connaissances sur le domaine :

    Dyson : « Il n’est pas exclu que Hansen ait raison. S’il disait vraiment n’importe quoi, il ne serait pas là où il est aujourd’hui. Mais Hansen a fait d’une question scientifique une véritable idéologie. C’est un homme très persuasif et il a l’air de tout savoir. Il a tous les diplômes, alors que je n’en ai aucun, pas même un doctorat. Il a publié des centaines d’articles sur le sujet, pas moi. Du point de vue du public, il a toutes les qualifications requises pour s’exprimer sur la question, pas moi. Mais je le fais quand même parce que j’estime que c’est mon droit. Je pense que j’ai une vision plus large du problème. Je pense que ma carrière ne dépend pas de cette question, alors que la sienne, oui. Je ne prétends pas être un expert du climat. Je pense que c’est davantage une question de bon sens que d’expertise. »

    Hansen : « J’ai d’autres chats à fouetter, Dyson ne sait pas de quoi il parle », répond-il. Dans un courrier électronique, il ajoute que ses craintes vis-à-vis du réchauffement climatique ne sont pas uniquement fondées sur des simulations et que, s’il respecte « l’ouverture d’esprit » de Dyson, celui-ci « devrait d’abord faire ses classes sur le sujet avant de spéculer sur un phénomène affectant l’humanité tout entière et toute forme de vie sur la planète »

    source : Lien

  • Stix
    Stix répond à guiwtrust
    • Posté à 14h23 le 12/12/2009
    • Internaute 15510

    C’est certain qu’il y a une cruelle partialité. Mais ce n’est pas un prétexte pour ne rien faire sur le dérèglement climatique et se réfugier dans la négation stérile comme beaucoup le font. Je pense que le débat sur le climat, puisqu’il s’affronte aux mêmes causes que celles de la pauvreté amène à la re-pensée du problème sous un angle plus large.

    Je ne dis pas qu’il faut que Copenhague soit un « succès » au sens médiatique, ce qui voudrait dire le succès des plus riches. Il faut que ce soit un succès au sens de « secouer le Monde ». Je vois que les pays pauvres s’y défendent avec acharnement, bravo, qu’ils le fassent avec véhémence et sans trop de compromis. Le monde ne peut se passer d’eux et au final c’est eux qui forceront les pays riches à prendre des mesures efficaces.

  • Kris.m
    • Posté à 14h30 le 12/12/2009
    • Internaute 20003

    Ce Monsieur prouve enfin qu’on peut être militant tout en gardant sa lucidité scientifique.

    D’ailleurs, on peut s’étonner que la majorité ( ?) des (vrais) écologistes se prêtent a cet emballement, alors que question environnements, il y a des urgences bien plus grande et a (bien) plus court termes.

    Qu’il n’y ait pas grand monde non plus qui n’ait analysé le fait que la réduction du CO2 n’est envisagée qu’au moyen de « nouvelles technologies » quasiment monopolisées par les pays riches, et que l’idée, c’est de leurs filer des sous pour qu’ils luttent contre le réchauffement... en nous achetant ces technologies.

    Cela ne veut pas dire qu’il y a complot d’ailleurs.
    Le GIEC ne parle pas de « dérèglement climatique » mais de réchauffement, et de 90 % de « chances » (Scientifiquement, ça ne veut rien dire d’autre qu’un « consensus » entre les scientifiques du GIEC...).
    Par contre, coté politique, pour les « pays riches » ultra-dépendant d’énergie, pour l’instant majoritairement issue de ressources fossiles, c’est du gagnant-gagnant. En lançant une grande lutte contre le CO2 (et donc contre les énergies fossiles) ils « partagent » le coût de la transition avec les pays « pauvres » tout en étant moins dépendant vis a vis des pays producteurs (Il n’y a pas que l’Arabie Saoudite) et de leurs situations géo-politique.
    C’est pourquoi c’est l’Europe qui est en pointe, car la plus sensible depuis plus longtemps a ses problèmes de dépendance énergétique (Les Américains sont bien plus partagés parce que bien moins dépendant et un peu en retard coté énergie « verte »... et nucleaire).

    Quant une hypothese scientifique non vérifiée sert de base a des raisonnements politiques, je doute qu’il puisse en sortir quelque chose de bon.